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La photographie des années 1980 à aujourd'hui


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Sommaire

 La fusion des genres
 La photographie mise en scène
 Le matériau photographique

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Donald Blumberg
"Le discour de Nixon" (1969)

Les tendances actuelles restent difficiles à résumer tant elles sont nombreuses et multiformes. Beaucoup de photographes se questionnent sur l'art photographique, refusant tout esthétisme ou pratiquant un second degré corrosif.


La fusion des genres

Les frontières entre la photographie et les autres arts devinrent, à partir des années 1960, extrêmement floues. Les peintres utilisaient alors la photographie de manière courante, et, très vite, celle-ci s'avéra un élément indissociable de mouvements comme le pop art (application à la peinture de l'objectivité photographique, intérêt pour les images stéréotypées de la mode ou de la publicité, reproduction des œuvres par sérigraphie), la «nouvelle figuration» (utilisation de photographies comme matériau inspirateur ou comme outil intervenant dans la conception d'une toile) puis, dans les années 1970, de l'hyperréalisme (photographies projetées sur un écran et reproduites ensuite à l'identique sur une toile).

 

Ce phénomène persiste dans les années 1970-1980 avec l'art conceptuel, dont l'intérêt se porte sur l'acte artistique à l'origine de l'œuvre plutôt que sur sa réalisation. La photographie devient alors l'unique moyen de perpétuer le souvenir d'une création vouée à disparaître. C'est le cas dans le body art («art corporel»), ainsi que dans le land art («art environnemental») ou la performance art («art événementiel»).

 

Relevant plus spécifiquement du domaine photographique et participant du même besoin de mélanger les genres, les œuvres de Bea Nettles et de Betty Hahn intègrent des coups de crayon, voire des matériaux a priori incongrus (tissu ou fil). Toujours dans le même registre, la peinture sur photographie constitue un genre nouveau qu'affectionnent de nombreux nouveaux talents. Donald Blumberg et Charles Gill, l'un photographe et l'autre peintre, s'associent et créent des œuvres communes. D'autres artistes, comme Gail Skoff, rehaussent leurs vues de couleurs à certains endroits ou élaborent des montages en trois dimensions, sortes de «photographies-sculptures».

 

Beaucoup de jeunes photographes s'interrogent aussi sur la valeur de la photographie et sur la notion d'art. Thomas Barrow barre ses tirages de griffures comme s'il s'agissait de clichés refusés. Chris Steele Perkins expose des pellicules rejetées. L'appel au hasard dans les clichés sans cadrage pris à la volée par Andreas Müller-Pohle pose en fait la même question, à savoir : Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ?


La photographie mise en scène

Le genre de la séquence, déjà illustré par Duane Michals, connaît des années 1970 à aujourd'hui des formes très variées dont ne se dégage aucune véritable esthétique ni tendances communes. Prolongeant cette thématique, des photographes mettent en scène des images chocs, où le «réel» se plie à des exigences précises afin d'exprimer l'idée qu'ils souhaitent communiquer.

 

Cette photographie ne reflète désormais plus le monde sensible, mais un sentiment ou un message fabriqué de toutes pièces. La nature morte, malléable à merci, devient l'un des sujets de choix des photographes d'avant-garde, qui disposent les objets à leur guise. Certains vont même jusqu'à peindre les motifs avant d'effectuer le cliché, renouvelant ainsi totalement le rapport peinture-photographie. D'autres adoptent de savantes mises en scène pour mettre en valeur des individus avec leur psychologie : Hosoe Eiko effectue ainsi une série de clichés autour de l'écrivain japonais Mishima, alors que Cindy Sherman et d'autres vont plus loin encore en se prenant eux-mêmes comme sujet.

 

La mise en scène est également un moyen d'exploration privilégié du corps humain. Citons par exemple les photographies de Holger Trülzsch, où le modèle vivant est peint et se confond avec le mur du studio, et les vues de Tom Drahos, qui se passe de modèles en fabriquant purement et simplement des marionnettes en pâte à modeler, qu'il photographie.


Le matériau photographique

Un autre élément essentiel de la photographie contemporaine concerne les recherches effectuées autour du matériau photographique lui-même. Le dérèglement des optiques permet de jouer avec les ressources expressives du flou ou du contraste, tandis que l'agrandissement démesuré des tirages fait apparaître le grain et donne aux clichés un caractère presque tactile. Enfin, une dernière tendance – sans doute plus anecdotique – concerne le rôle important accordé aux feuillages, si bien que la critique a parlé de «feuillagisme».

 

Le foisonnement du monde végétal et toute la complexité de plans que sa représentation induit avaient déjà intéressé des photographes comme Garry Winogrand. De jeunes photographes reprennent ce thème dans les années 1980 en l'enrichissant, manière efficace de régler définitivement leur compte aux tendances minimalistes et cérébrales des années 1970.


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