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L'économie mondiale


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Sommaire

 L'évolution de l'économie mondiale
 Economie mondiale et globalisation financière
 Commerce et économie mondiale
 Le tiers-monde dans l'économie mondiale
 Le nouveau paradigme de l'économie mondiale

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Les accords de Bretton Woods
Ils furent signés le 22 juillet 1944 entre 44 nations Alliées. Ils ont dessiné les grandes lignes du système financier international de l'après-guerre.

Le concept d'économie mondiale se distingue de celui d'économie internationale - limité aux relations économiques avec l'extérieur et qui ne fait que compléter le concept d'Etat-nation - en ce qu'il ne prend pas seulement en compte les flux de main-d'œuvre, de techniques et de moyens de paiement à travers les frontières, mais aussi les structures productives internes, en tant que parties intégrantes du système économique mondial.

 

Le développement de l'économie mondiale est un phénomène qui a pris de l'envergure au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Tout d'abord caractérisée par l'hégémonie américaine et la puissance du dollar, l'économie mondiale est aujourd'hui marquée par la globalisation financière et la croissance du commerce mondial.


L'évolution de l'économie mondiale

Dans le développement de l'économie mondiale au XXe siècle, on peut distinguer quatre phases : le libéralisme, qui prend fin en 1914 ; la phase des conflits et de l'autarcie (1914-1950) ; l'âge d'or de la croissance rapide (1950-1973) ; le ralentissement de la croissance et l'accélération de l'inflation, depuis 1973.

 

Le libéralisme de la fin du XIXe siècle et du début du XXe a mené à l'exacerbation des antagonismes entre les nations ; il a ainsi préparé le terrain non seulement pour les ruptures commerciales et financières (1929-1932) au sein de l'économie mondiale, mais également pour le glissement vers les politiques d'autarcie des années 1930. Les politiques keynésiennes de l'après-guerre et le fordisme ont mené les formes productives à leur propre dépassement.

 

Dans le contexte de la guerre froide, l'évolution économique et sociale internationale s'est développée dans le cadre de la logique des blocs et a fait des Etats-Unis le principal acteur de l'économie mondiale.

 

L'économie mondiale et l'hégémonie américaine

Lors des accords de Bretton Woods (1944), les Etats-Unis avaient choisi de dominer le système mondial de l'extérieur, en imposant leur propre monnaie comme monnaie internationale. Pour contrer leur hémorragie financière, les Etats-Unis imposent alors des contrôles aux exportations de capitaux et des taxes d'égalisation pour les rendements plus élevés du marché européen (1968). Ils créent aussi de nouveaux instruments permettant de rapatrier des créances étrangères sans passer par la conversion en dollars, tel le système du crédit croisé entre banques centrales (swap). C'est dans le cadre de ces mesures que se situe la décision de la non-convertibilité du dollar et l'abandon des règles de Bretton Woods (1973). Les Etats-Unis, pour se défendre face aux forces économiques qu'ils avaient contribué à mettre en place, abandonnent leurs obligations internationales, dévaluent le dollar et invitent les autres pays à laisser flotter librement leurs monnaies.

 

L'économie mondiale et le retrait américain

L'incontrôlabilité a mené au désengagement américain, et ce dernier a pérennisé un phénomène qui, au départ, n'était que conjoncturel : un excédent de liquidités internationales en dehors des garanties interétatiques, et cela dans un contexte marqué par le fléchissement des taux de croissance et la montée des prix.

 

Les conséquences des chocs pétroliers

Les chocs pétroliers (1973 et 1979), au lieu de corriger le déséquilibre entre les capitaux rebelles et la contraction de l'investissement, l'ont en fait aggravé : le recyclage des pétrodollars (dollars placés à court terme par les pays exportateurs de pétrole) a relevé le taux de l'épargne mondiale, sans élargir pour autant les possibilités de placement rentable. Les économies occidentales ont fait baisser leur régime de fonctionnement pour économiser de l'énergie, ce qui a entraîné un gonflement encore plus important de la masse des liquidités incontrôlables en mal de placement. L'affaiblissement de la devise américaine et la faiblesse des taux d'intérêt ont par la suite incité à l'endettement de nouveaux agents : les États occidentaux, pour financer leurs déficits aggravés par le ralentissement de l'activité économique ; les nouveaux pays industriels (NPI) ; les pays de l'Est. La dette internationale s'est donc accumulée comme une solution conjoncturelle au problème de l'excédent structurel des liquidités incontrôlables par les Etats ou les institutions internationales. Or, à travers les revirements erratiques de la politique des États-Unis, on relève une constante : le souci de rejeter sur leurs partenaires les frais de leur manque d'ajustement, ainsi que ceux de l'ajustement de l'économie mondiale.

 

Le contrôle de la masse monétaire

Lorsque, en 1979, la FED (la Federal Reserve, soit la banque centrale des États-Unis) se met à appliquer une politique de contrôle de la masse monétaire et de hausse des taux d'intérêt, il s'ensuit des explosions financières en série : d'abord dans les pays du tiers-monde, et notamment les NPI (Mexique et Brésil), ensuite dans les pays de l'Est lourdement endettés, et enfin dans les autres États débiteurs. Le taux d'endettement autorisé se trouve dès lors d'autant plus limité que le rapport de la dette à la croissance du PIB est plus important du fait de la récessivité de l'économie mondiale. De surcroît, la croissance des pays endettés est considérablement freinée par l'essor des formes néoprotectionnistes et des barrières non tarifaires réduisant le commerce en provenance de ces pays. Ainsi, franchement encouragés à s'endetter jusqu'à l'aube des années 1980, ces pays ont-ils vu par la suite se refermer les marchés sur lesquels ils comptaient exporter pour rembourser leurs dettes. Les débiteurs ont donc été particulièrement chargés dans les années 1980, du fait de la désinflation, des politiques de renforcement du taux de change dans les pays créanciers et de la hausse des taux d'intérêt réels. Ces éléments ont non seulement fait perdre à la dette son rôle moteur dans la croissance des pays débiteurs, mais encore ont entraîné une contraction de l'espace mondial du capital.


Economie mondiale et globalisation financière

L'intégration financière internationale dans la dernière décennie du XXe siècle résulte du ralentissement prolongé (depuis les années 1970) de l'économie mondiale, de la politique monétaire américaine – visant à reporter sur ses partenaires le coût de son refus d'ajustement interne – et de la généralisation des politiques d'appréciation du taux de change monétaire.

 

Le rôle des taux de change

Le désengagement américain de 1973, qui a laissé à découvert les liquidités internationales, a mené par défaut à l'autonomie des marchés financiers. Les politiques de désinflation, appliquées depuis 1979 aux Etats-Unis et aussitôt généralisées en Europe, bien que conçues pour assainir les situations monétaires internes, ont en fait contribué plus encore à l'émancipation des marchés financiers par rapport aux États et à leur globalisation face aux systèmes productifs nationaux. La désinflation rapide a renforcé la fonction de la monnaie comme moyen de réserve, et cela indépendamment de la convertibilité ou de la référence à un système monétaire quelconque. Ainsi l'absence de système monétaire international a-t-elle été compensée dans les années 1980 par des politiques de taux de change soutenus. Cependant, dans le cadre d'un système monétaire international, il existe non seulement des règles de gestion et de fonctionnement, mais aussi un principe de solidarité financière en ce qui concerne les coûts des ajustements nécessaires. Dans le non-système monétaire international actuel, en revanche, chaque pays affronte seul sa propre situation, sans appui institutionnel, et les règles de gestion sont remplacées par des automatismes concernant la stabilité du taux de change. Le théorème de l'époque est : «Sans stabilité monétaire, pas de réponse de l'investissement.» Toutefois, on a pu vérifier que le soutien aux taux de change par des moyens monétaires est loin de faciliter la reprise de l'activité économique.

 

La financiérisation

Une monnaie plus solide que l'économie non seulement élève la préférence pour la liquidité aux dépens de l'investissement, mais aussi s'autonomise rapidement par rapport à son institut d'émission (banque centrale) et glisse plus facilement vers l'espace incontrôlable de la globalisation. La généralisation des politiques de taux de change soutenus a ainsi donné lieu à une série de phénomènes : la financiérisation de l'épargne (le fait qu'elle se tourne plus volontiers vers les liquidités que vers l'investissement à long terme), le ralentissement dans la formation du capital, l'accroissement de la mobilité des flux financiers. Et, tandis que la croissante intégration des économies nationales entraîne une division des tâches plus poussée et provoque des diversifications productives plus profondes à l'échelle du monde, la globalisation des marchés financiers agit dans le sens du ralentissement et de la polarisation des investissements internationaux. Par ailleurs, le soutien des taux de change, impliquant le tassement du revenu, finit par accroître la propension à consommer, et donc par réduire d'autant celle à épargner et à investir. Cela explique, au moins partiellement, la croissante pénurie d'épargne qui marque l'économie mondiale depuis les années 1980, et encore plus dans les années 1990. Les taux d'intérêt réels restent élevés pour attirer l'épargne, mais celle-ci ne cesse de se contracter, parce qu'en fait elle ne dépend pas du taux d'intérêt mais du revenu, lequel ralentit précisément à cause de la hausse des taux.

 

La déréglementation des marchés

Les effets de la progression de la déréglementation, de la libéralisation et de la globalisation financière sont désormais considérables sur la division internationale du travail. Mais, contrairement aux attentes, cette mondialisation est loin d'assurer un nouvel élan à l'investissement international. À présent, les flux totaux d'investissement direct à l'étranger ne représentent, pour les pays de l'OCDE, que 5,3 % de leurs recettes provenant de l'exportation et 0,93 % de leur PNB. L'insuffisance de l'investissement est encore aggravée du fait de la polarisation croissante des placements : la CEE reçoit 50 % des investissements internationaux totaux ; les États-Unis captent 60 % des investissements européens et 50 % des investissements japonais à l'étranger. Malgré tout, dans les pays de l'OCDE, la formation nette de capital en pourcentage du PIB reste, au début des années 1990, inférieure de 40 % au niveau qu'elle avait atteint au cours de la période 1960-1974. Dans les pays en voie de développement (PVD), la situation se révèle préoccupante : les apports nets de ressources extérieures sont négatifs depuis 1985 pour l'ensemble des PVD, ce qui signifie que le tiers-monde procure aux pays occidentaux un financement net de 30 à 40 milliards de dollars par an. Pour de vastes régions de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Asie, la globalisation se confond, depuis le début des années 1980, avec les processus de fuite de capitaux sur le plan financier et de décapitalisation nette sur le plan productif.

 

La globalisation de la finance apparaît donc comme un facteur de contraction de l'espace économique mondial, et d'accentuation des disparités et des situations antagoniques. Les créanciers reprennent en main le contrôle de l'économie mondiale, surtout par les taux d'intérêt et la désinflation, mais la stabilisation qu'ils imposent crée plus de problèmes qu'elle n'en résout, et surtout, sur le long terme, elle exacerbe les incompatibilités et disjonctions dans les relations internationales.


Commerce et économie mondiale

Le commerce mondial a connu depuis les chocs pétroliers des années 1970 des taux de croissance qui ont, malgré leur diminution, dépassé la croissance mondiale. Sans pouvoir vraiment dire s'il est effet ou cause de la croissance, le commerce mondial est sans aucun doute relié à celle-ci. Parallèlement aux analyses en termes de croissance, l'analyse du commerce mondial révèle la tendance à la libéralisation de l'économie mondiale. Cette tendance s'est caractérisée au cours des différents rounds de négociation du GATT qui ont donné naissance en 1995 à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui définira et fera appliquer les règles du commerce international. Mais si la libéralisation de l'économie mondiale, marquée par le projet d'un ordre économique multilatéral, semble être inéluctable, elle rencontre néanmoins trois types de problèmes.

 

Le néoprotectionnisme dans l'économie mondiale

Le néoprotectionnisme dans l'économie mondiale prend trois formes principales. La première, la plus ancienne, est l'augmentation des barrières douanières, qu'elles soient tarifaires ou non. La deuxième s'exprime au travers du bilatéralisme. La troisième est la création de zones de libre-échange du type Union européenne qui constituent une régionalisation de l'économie mondiale.

 

Le protectionnisme classique

La libéralisation des échanges à travers les négociations internationales – celles du Dillon Round (1961-1962), du Kennedy Round (1962-1968) et du Tokyo Round (1973-1980) – a permis d'avancer substantiellement dans la voie du désarmement tarifaire. Cependant, des taux de protection effectifs ne cessent de contrer cette action dans les pays occidentaux, depuis le milieu des années 1970, notamment par l'essor des formes néoprotectionnistes non tarifaires. Ce phénomène est imputable à la persistante récession mondiale, tandis que, dans la période antérieure, une forte croissance lançait le commerce indépendamment des tarifs. Les nouvelles formes de protection indirecte concernent non seulement les secteurs de pointe ou stratégiques, mais également des secteurs traditionnels menacés. Au cours des années 1970 et 1980, le taux des importations soumises aux mesures tarifaires s'est accru de 20 % aux États-Unis, de 40 % au Japon et de 60 % dans la CEE (selon des estimations de la Banque mondiale). En 1990, dans les pays de l'OCDE 21 % des importations venant des pays du tiers-monde étaient soumises à des protections non tarifaires ; 27 % des importations de même origine l'étaient dans la CEE.

 

Le bilatéralisme

Illustré surtout par le Trade Bill américain de 1988, il permet des réglementations bilatérales, accordant des préférences ou imposant des sanctions, dans l'ignorance du cadre du GATT. Parfois, les préférences sont associées aux sanctions : c'est le cas des accords bilatéraux d'autolimitation, en vertu desquels les exportateurs acceptent de limiter volontairement leurs activités vers les pays industriels, en échange de quoi ils obtiennent des garanties pour la poursuite de leurs flux commerciaux. Le système du GATT lui-même, au lieu de constituer un véritable cadre, suscite des négociations bilatérales. La prolifération de ce type d'accords signifie que, malgré la libéralisation avancée sur le plan formel, le commerce mondial devient un commerce dirigé, comme le déplore Milton Friedman, et que les marchés se fragmentent, suivant le produit, l'exportateur, la technologie et la situation du pays d'accueil. Les différends commerciaux de notre époque ne sont réglés ni par le laisser-faire ni par la «main invisible» des marchés, mais par des accords interétatiques, en vertu de pressions politiques et suivant une forte diversité de critères, ce qui ne peut que renforcer les entorses au principe de la multilatéralité.

 

Economie mondiale et émergence des régionalismes

Après le bilatéralisme et le néoprotectionnisme, l'essor récent des unions économiques régionales constitue un nouvel élément dans la problématique de la construction d'un nouvel ordre mondial. Ces regroupements à base régionale apparaissent dans une période particulièrement marquée par la récessivité et la recherche de palliatifs par l'internationalisation. À la base de tout accord interétatique se trouve la tendance de la réalité économique elle-même vers les regroupements, qui visent à réduire les risques et à renforcer la stabilité des cadres macroéconomiques. Or la nouvelle intégration par le voisinage, en rationalisant les relations intérieures aux groupements, rend les échanges avec l'extérieur plus aléatoires. À ce jour, près de 80 accords régionaux ont été notifiés au GATT.

 

Les principales zones de l'économie mondiale

Outre l'Union européenne, qui constitue l'exemple pionnier et le plus avancé en la matière, on relève, entre autres, le Mercosur, qui comprend quatre pays de l'Amérique du Sud, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), le Marché commun des Caraïbes, l'Association latino-américaine d'intégration, l'Accord de rapprochement économique entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande, l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui rassemble le Canada, les États-Unis et le Mexique. Ces associations, qui mettent en œuvre des systèmes de préférences comportant des degrés variables de réciprocité, ne peuvent qu'exercer des effets discriminatoires sur les flux du commerce mondial. Les principes de non-discrimination et de multilatéralité risquent d'en subir le contrecoup.

 

L'importance des régionalismes dans l'économie

Pour l'instant, l'interrogation porte sur la question du détournement possible des courants d'échanges auquel peuvent donner lieu les unions douanières. L'OCDE relève que les échanges intrazones ont été accélérés au cours des années 1980-1990, tandis que les échanges extrazones marquaient des retards – les premiers passant de 37 % des flux mondiaux en 1967 à 42 % en 1989. À la fin de la décennie, 75 % des exportations canadiennes étaient destinées aux États-Unis et 67 % des importations américaines venaient du Canada. En Europe, les deux tiers des exportations des pays de l'Union européenne sont réalisés au sein du commerce communautaire, et la place de l'Union dans le commerce mondial paraît constante au cours des vingt dernières années. Si l'on fait abstraction du commerce intrazone, la part de l'Europe dans les flux mondiaux diminue : 15,3 % des exportations mondiales en 1967 ; 12,3 % en 1989. Le seul commerce extrazone en expansion est celui des exportations japonaises et asiatiques du bassin du Pacifique qui, de 9,1 % des exportations mondiales en 1967, passait à 17,8 % en 1989.

 

Les risques du régionalisme économique

La relance du fait régional pose ainsi la question de la concertation internationale des politiques économiques et monétaires, mais aussi celle d'une gestion polycentrique du système mondial. Comme le souligne l'économiste américain Fred Bergsten, la création de zones de stabilité régionale risque en fait d'accroître l'instabilité du système mondial. Aussi bien dans l'expérience historique que dans la théorie des jeux, la configuration tripolaire (Amérique du Nord, Europe, Pacifique) constitue le cas le plus instable. Chaque pôle craint que les deux autres ne s'allient contre lui. Ce syndrome fait monter les tensions : le protectionnisme aux États-Unis, le régionalisme en Europe. La fin de la période de la guerre froide et de la bipolarité semble renforcer les «faucons du commerce» aux États-Unis, le rêve des «guerres économiques» au Japon et le patriotisme de zone en Europe. Dans ces conditions, une direction polycentrique et concertée ne sera possible que si chacun des pôles abandonne les formes de gestion non coopérative, pour se reconnaître enfin comme partie intégrante du système économique mondial.


Le tiers-monde dans l'économie mondiale

Les pays du tiers-monde sont aujourd'hui les victimes exemplaires du comportement incontrôlé et contradictoire des pays industriels. Ils ont pu suivre des politiques expansives d'endettement au cours des années 1970, mais leur développement fut bloqué dans les années 1980 par la récession mondiale, les «cures» d'austérité et le néoprotectionnisme des pays créanciers. La politique expansive des PVD fut jugée «agressive», et sanctionnée comme telle. Le ralentissement de la croissance entraîna l'explosion de la dette au cours des années 1980.

 

L'avenir du tiers-monde dans l'économie mondiale

Malgré la récession persistante entretenue par le remboursement de sa dette envers les pays industrialisés, le tiers-monde ne perd pas son importance dans l'économie mondiale. Son potentiel démographique le place en première position pour l'avenir. Le poids démographique relatif des pays occidentaux ne cesse de diminuer, tandis que celui des pays en voie de développement croît irrésistiblement : 0,4 % par an en Europe, contre 3,2 % en Afrique. De 17 % en 1990, les pays occidentaux passeront à 13 % de la population mondiale en 2015, tandis que la population africaine doublera en vingt-cinq ans. A long terme, le facteur démographique peut se révéler déterminant pour la localisation du dynamisme économique, surtout dans la perspective du vieillissement de la population qui s'annonce en Europe et au Japon.

 

L'axe Nord-Sud de l'économie mondiale

Malgré leur potentiel, l'engagement de l'économie mondiale dans la récession au cours des années 1980 maintient présentement les pays du tiers-monde dans un régime de dégradation constante. Les aides de toute nature aux PVD, qui représentaient 0,38 % du PIB des pays industriels en 1980, ne sont plus que de 0,3 %. Et le bilan des flux nets montre que depuis 1985 le tiers-monde verse aux créanciers occidentaux un montant annuel net de 30 à 40 milliards de dollars. L'insolvabilité croissante des économies dans les trois continents implique l'effondrement de l'investissement et la diminution nette du revenu par habitant. Certes, la cause principale de l'impasse actuelle du tiers-monde n'est pas l'endettement en tant que tel, mais plutôt la disparition brutale des perspectives de croissance dynamique pour ses pays.

 

La dette s'alourdit à cause de l'impasse, non l'inverse. Au cours de la période récente, le tiers-monde a subi un quadruple choc : la détérioration des termes de l'échange ; la limitation de ses marchés extérieurs par suite de la montée du néoprotectionnisme dans les pays occidentaux ; la globalisation financière, qui implique la pénurie dans les financements internationaux et la hausse des taux d'intérêt ; la disqualification des modèles de développement. L'effondrement du modèle Nord-Sud de l'économie mondiale a aussi provoqué l'éclatement de la notion de «Sud», car certains pays du tiers-monde réussissent à trouver des créneaux porteurs : c'est le cas des nouveaux pays industriels (NPI) asiatiques ; toutefois, leurs performances devraient être nuancées, car ils dépendent largement de la délocalisation japonaise.


Le nouveau paradigme de l'économie mondiale

L'économie mondiale est en train de s'installer dans un nouveau paradigme technoéconomique. Il correspond à la flexibilisation de la production, suivant le rythme d'une demande incertaine et instable, et à la diversification de la gamme de l'offre. Les nouvelles capacités technologiques découlent en particulier des progrès de la microélectronique, de l'informatique, des nouveaux matériaux et des biotechnologies. Certains comparent même l'actuelle rupture technologique à celles qui virent l'introduction de la vapeur ou de l'électricité.

 

Economie mondiale et enjeu technologique

Schumpeter avait déjà expliqué comment l'innovation peut redonner un dynamisme au système économique en ouvrant de nouveaux créneaux d'accumulation dans un marché en saturation. Toutefois, le sens économique de l'innovation est lié aux politiques qui contribuent à sa diffusion. Pour assurer la santé de l'ordre économique mondial, il est capital non seulement de stimuler les flux d'innovations et de mutations, mais aussi de créer un cadre favorable aux redéploiements rapides. Les exemples du Japon et de la Corée du Sud montrent que la variable technologique détermine à présent la capacité d'insertion internationale. On reconnaît de nos jours l'importance de la capacité d'accès aux techniques, aux marchés, aux financements. Mais cet accès suppose déjà des critères de choix et des appuis multiples issus des politiques technologiques et de redéploiement. Le rôle des Etats est donc capital, tant pour le financement de la recherche et la définition de nouveaux créneaux d'accumulation que pour l'adaptation rapide des entreprises. A la fin des années 1990, le Japon consacrait plus de 3 % de son PIB aux dépenses de recherche fondamentale, les Etats-Unis se rapprochaient sensiblement de ce pourcentage et la moyenne pour les quinze pays de l'Union européenne se situait à un niveau inférieur à 2 % du PIB.


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