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Platon Premier grand penseur du monde occidental, il a abordé la plupart des domaines qui constituent encore aujourd'hui la discipline philosophique, qu'il a définie comme la recherche de la vérité et l'enquête rationnelle.
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Les origines
Au début du VI
e
siècle av. J.-C., en
Grèce, plus
précisément à Milet, en Ionie - ancienne
colonie grecque d'Asie Mineure -, des hommes,
réservant aux dieux seuls la qualité de
«sages», se déclarèrent
philosophes,
c'est-à-dire simplement «amis» de la sagesse.
Selon une ancienne tradition, c'est
Pythagore qui
aurait forgé le mot philosophos pour désigner ceux qui
s'intéressaient non pas aux événements et aux
apparences, mais au principe de toute chose.
Le premier d'entre eux,
Thalès de
Milet (vers 625-547 av. J.-C.), n'a rien écrit.
On sait seulement que, pour lui, l'élément premier
de la nature était l'eau, tandis que, pour Anaximandre,
c'était l'infini, pour Anaximène l'air, et
pour Héraclite le feu. En fait, dès sa naissance, la
philosophie s'est présentée, en opposition avec les
mythes cosmogoniques de l'origine du monde, comme la science
ou la connaissance vraie de la Nature. Et c'est cette
connaissance qui devait permettre à l'homme de se tenir
sagement à sa vraie place, entre les dieux et les animaux,
au sein des éléments naturels.
Dans cette même perspective, la
philosophie sera conçue très tôt comme une
activité spécifique visant à procurer à ses
adeptes le salut par la sagesse. Que faut-il entendre par cette
sagesse (sophia), que les Latins nommeront sapientia? «Selon
la définition des anciens philosophes, dira
Cicéron,
c'est la science (ou connaissance exacte et approfondie) des
choses divines et humaines, ainsi que des principes sur lesquels
elles reposent.» Or nulle autre activité, dans la
cité des hommes, n'affiche un projet aussi ambitieux.
Dès lors, philosophes et non-philosophes s'accordent
implicitement sur cette idée que si la philosophie est
possible, si elle n'est pas un vain mot, elle doit faire du
philosophe un être qui a quelque rapport avec
l'intelligence divine.
C'est pourquoi, dès leur
apparition, les philosophes feront l'objet de railleries, de
procès et de condamnations à la mesure de leur projet.
Un certain hermétisme poétique enveloppe toutefois la
hardiesse des premières conceptions philosophiques du monde.
Il caractérise en particulier le langage des
présocratiques de la fin du VI
e
siècle av. J.-C.:
pour
Héraclite
d'Ephèse, dit l'Obscur (Skoteïnos), la loi
éternelle de la Nature est celle de «l'unité
des contraires». Pour ce philosophe du devenir,
«
tout s'écoule
» (panta rheï). Pour
Parménide d'Elée, au contraire, «seul
l'Être est absolu, un, immobile, éternel».
Pour Empédocle d'Agrigente, enfin, c'est la discorde
qui a rompu l'unité primitive et engendré le monde,
avec ses quatre éléments: l'air, le feu, puis
l'eau et la terre. De telles épopées, dont il ne
nous reste d'ailleurs que des fragments, sont encore à
mi-chemin de la poésie et de la métaphysique, ce qui
permet à ces penseurs d'exprimer, sans crainte de
représailles, leur vision grandiose de la Nature.
En revanche, avec le procès et la
mort de
Socrate,
en 399 av. J.-C., les rapports entre la philosophie,
d'une part, et le pouvoir politique et religieux, d'autre
part, se sont établis, dès le début, sous le signe
d'une concurrence ouverte ou d'une rivalité en
profondeur et, en tout cas, d'une tension permanente.
Philosophie et religion
Loin de s'ignorer, la philosophie et
la religion, ces
deux grandes productions de la pensée et de l'histoire
humaines, n'ont cessé de se mesurer l'une à
l'autre, s'affrontant avec des armes différentes
(raison et révélation), sur un même champ de
bataille, infiniment vaste: celui des choses divines et humaines,
et des principes qui les fondent ou les maintiennent. De sorte
qu'aux divers moments de l'histoire il y a toujours eu,
entre philosophie et religion, conflit ouvert ou latent, ou
attraction réciproque, voire dissolution intégrale de
l'une des deux dans l'autre.
Ainsi, la religion, bien avant de se
présenter, avec
Thomas
d'Aquin (1225-1274), comme la seule philosophie
absolument vraie, commence par repousser et condamner toute
«philosophie» pour cause d'impiété ou
d'hérésie, comme elle le fit dans la Grèce
antique dès le V
e
siècle av. J.-C. En
effet, ce siècle fut marqué par une série de
procès en hérésie uniques dans l'histoire
athénienne. Le refus de croire au surnaturel ayant
été considéré comme un délit, la plupart
des maîtres de la pensée grecque d'alors, dont la
réflexion portait sur la Nature, furent bannis ou
obligés de fuir.
L'impiété d'Anaxagore
de Clazomènes fut accusé d'impiété et
condamné à mort pour avoir soutenu que le Soleil
était une masse incandescente. Apprenant sa condamnation, il
répondit que «depuis longtemps déjà, la
Nature l'avait condamné à mort, ainsi que ses
juges». Cependant, sauvé par
Périclès,
qui était son disciple, il paya une amende et dut
s'exiler.
L'impiété de Protagoras
d'Abdère
Protagoras d'Abdère, illustre sophiste contre qui
Platon
écrivit un dialogue (Protagoras), fut accusé à son
tour d'impiété et chassé d'Athènes
pour avoir dit que «des dieux, je ne peux savoir ni
s'ils existent, ni s'ils n'existent pas, ni quel
pourrait bien être leur aspect», et pour avoir
écrit cette formule mémorable: «L'homme est la
mesure de toutes choses, de celles qui sont, en tant qu'elles
sont, de celles qui ne sont pas, en tant qu'elles ne sont
pas.»
L'impiété de Diagoras de
Mélos
Diagoras de Mélos, autre sophiste, ayant commis un
parjure qui resta impuni, tourna en dérision le culte des
dieux. Sa tête fut mise à prix, et il dut chercher
refuge à Corinthe, où il finit ses jours. Comme on lui
montrait, en faveur de la Providence, les nombreuses offrandes
faites aux dieux par des navigateurs réchappés de
naufrages, il rétorqua: «Que serait-ce si tous ceux qui
ont péri avaient apporté les leurs!»
Le procès de Socrate
Quant au plus illustre de tous,
Socrate, son
procès revêt une signification philosophique exemplaire.
Un certain Mélétos, homme de paille du puissant Anytos,
déposa contre le philosophe, alors âgé de soixante
et onze ans, la plainte suivante: «Socrate est coupable de ne
pas reconnaître comme dieux les dieux de la cité et
d'en introduire de nouveaux; il est coupable aussi de corrompre
la jeunesse. La peine demandée est la mort.»
Déclaré coupable par 281 voix contre 220, mais
invité à fixer lui-même sa peine, Socrate -
maître en ironie - demanda que la cité lui
rendît les honneurs dus aux héros, ou, à
défaut, lui infligeât une faible amende. Il fut alors
condamné à boire la ciguë.
La sagesse socratique
La philosophie est ainsi née, avec la
mort de Socrate, sous le signe de la suspicion. Elle a
été condamnée par les pouvoirs en place, censés
juger au nom de la société. Pourtant, Socrate a
gagné son procès en appel, mais aussi celui de la
philosophie. En effet, le succès ultérieur de cette
figure déconcertante, dont les paroles ne cessent de nous
tenir en éveil, atteste que Socrate représentait mieux
que ses juges l'avenir de la pensée.
La leçon de Socrate a été
recueillie et restituée par
Platon - son
élève - dans des dialogues qui gardent aujourd'hui
encore toute leur vigueur. Pourtant, la sagesse socratique est
philosophiquement paradoxale: c'est celle d'un homme qui,
reconnu comme la plus haute figure du philosophe, n'a
pourtant rien écrit et ne s'est jamais
présenté lui-même comme sage. Il s'est
contenté de débusquer, par ses questions,
l'ignorance de ses interlocuteurs, qui se montre à nu
derrière un langage sans rigueur et des pensées toutes
faites.
Socrate est - comme le dit l'oracle
-
le plus sage des
Grecs, parce qu'il sait qu'il ne sait rien, tandis
que les autres croient savoir. Ils ignorent surtout qu'ils
n'ont pas à recevoir la vérité de
quelqu'un d'autre. C'est ce qu'illustre, dans un
dialogue de Platon, le Ménon, le célèbre exemple
du petit esclave qui, sans avoir jamais étudié, trouve
tout seul la solution d'un problème de
géométrie, guidé seulement par les questions
opportunes de Socrate. En un temps qui séparait absolument
les Grecs des «Barbares» et les hommes libres des
esclaves, la sagesse socratique enseigne ainsi que la
vérité s'offre à tous, sans appartenir à
personne en particulier, fût-il Socrate. Car celui-ci
prétend seulement accoucher les esprits, comme sa mère
- la sage-femme Phénarète - accouchait les
corps.
Avec Socrate, la philosophie
«descendue du ciel sur la terre», comme dira
Cicéron, s'annonce donc, en premier lieu, comme le refus
de l'opinion et des préjugés auxquels le plus grand
nombre souscrit aveuglément, sans y avoir réfléchi.
De plus, les seules ressources humaines, telles qu'elles se
trouvent en chacun, doivent suffire pour nous guider sagement dans
nos recherches et nous procurer le salut. De tels principes,
caractéristiques d'un humanisme de la raison,
s'imposeront désormais à toute doctrine philosophique
digne de ce nom. Mais, avec la mort de Socrate, la philosophie est
loin d'avoir dit son dernier mot.
Le philosophe selon Platon
Platon va clore
les interrogations de son maître et couronner ses recherches
par une doctrine politique, fondée sur la contemplation du
Bien. La philosophie devient alors, au sein de la cité, une
activité séparée, réservée à ceux qui
auront opéré une conversion radicale de leur âme
vers la lumière céleste. Délivrés de la caverne
aux illusions, ils doivent s'élever jusqu'à
l'Idée du Bien, avant de redescendre dans la cité,
parmi leurs anciens compagnons de captivité, pour les
éclairer à leur tour.
La philosophie se définit ainsi
positivement comme une vocation élitiste de pédagogie
politique, et négativement par opposition aux activités
dont elle se distingue: celles des travailleurs, esclaves et
artisans, des marchands, des guerriers, des magistrats.
Activité spécifique de l'esprit, elle est
appelée à faire du philosophe le guide spirituel de la
cité. La philosophie voit alors s'ouvrir devant elle de
très vastes perspectives, dans deux directions: vers
l'Idée du Bien, qui l'éclaire comme le soleil,
et vers la cité (polis), dont elle inspire les lois et
règle les institutions.
Quant à la figure platonicienne du
philosophe, qui s'inspire encore de Socrate, elle se dessine
à son tour par opposition à son négatif: le
«non-philosophe», qui aime son corps (philosômatos),
les plaisirs (philèdonos), l'argent (philarguros), la
richesse (philochrèmatos), le pouvoir (philarchos) et les
honneurs (philotimos). Désormais, trois problèmes majeurs
- la subjectivité, l'objectivité et la
transcendance - vont fournir sinon les centres explicites
d'intérêt de la réflexion philosophique,
entièrement détachée des passions humaines, du moins
des passages obligés pour tous les systèmes à venir.
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