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Représentation de Jésus-Christ Monastère de Sainte-Catherine au Sinaï (XVIe siècle)
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La naissance du christianisme
L'une des principales religions du monde, le christianisme, professe, comme le judaïsme et l'islam, la foi en un Dieu unique. Par cette référence, il cherche à investir la vie humaine de valeurs et offre un salut. Il constitue une religion révélée à la fois dans les Ecritures et dans la personne de Jésus-Christ.
L'activité de Jésus - prophète et réformateur religieux qui prêche de l'an 27 à l'an 30 de notre ère en Palestine - marque le début du christianisme. A cette époque, la Palestine appartient à Rome et se distingue par sa religion, le judaïsme, qui a un statut particulier dans l'Empire en raison de sa foi en un Dieu unique (monothéisme). L'occupation étrangère est fortement ressentie dans le pays, où le pouvoir politique local est de plus en plus amoindri et partagé.
Les fils d'Hérode, le dernier roi juif, lui-même inféodé à Rome, sont sous le contrôle d'un préfet romain dépendant du légat de la province de Syrie. Les impôts sont lourds et la déstabilisation sociale et politique s'accompagne d'une agitation religieuse. Le judaïsme est partagé en plusieurs courants, mais les pratiques religieuses et le rôle du Temple de Jérusalem sont des éléments communs aux courants dominants.
Après les conquêtes d' Alexandre au IV e siècle av. J.-C., la rencontre des mondes grec et oriental a produit une culture qui est devenue celle de tout le Bassin méditerranéen: l'hellénisme fut adopté avec sa langue (le grec) par l'Empire romain. Mais sa visée assimilatrice et les compromissions religieuses et politiques avec le pouvoir dominant provoquent des mouvements de protestation à l'intérieur du judaïsme, qui s'appuient souvent sur l'attente fébrile d'un messie envoyé par Dieu pour rétablir la justice et la paix.
Les courants de renouveau du judaïsme sont multiples. Ils peuvent être teintés de nationalisme (comme le mouvement zélote) ou axés sur la protestation religieuse (comme le mouvement des esséniens, vivant en communautés dans le désert). L'un d'eux est celui de Jean le Baptiste, qui prêche et baptise loin des centres importants. Son baptême assume le rôle (pardon des péchés) que le judaïsme orthodoxe attribue aux sacrifices offerts dans le Temple de Jérusalem.
L'activité de Jésus et le judaïsme Jésus, à la suite de Jean-Baptiste, annonce la venue imminente du règne et du jugement de Dieu. Comme lui, il annonce le règne de Dieu. Mais il se sépare du Baptiste en ceci qu'il insiste sur l'amour plus que sur la colère de Dieu.
Le témoignage principal sur la vie historique de Jésus, qui était de Nazareth, en Galilée, où il commença son ministère, est celui des Evangiles. Or ces livres ne sont pas des biographies, mais des interprétations de sa vie dans une perspective catéchétique. Néanmoins, il est établi avec une relative certitude que Jésus a été un prédicateur itinérant, qui a réuni des disciples autour de lui, enseigné et opéré des guérisons. Il a voulu susciter une réforme du judaïsme en annonçant la proximité de Dieu, en proposant une autre manière de comprendre sa volonté que celle offerte par la Loi juive et en désacralisant l'institution du Temple. Sur ces deux derniers points il a suscité l'opposition des chefs religieux, ce qui a conduit à son exécution sous la forme du supplice romain de la croix. Après sa mort, ses disciples se sont réunis autour de la foi en sa résurrection, qui l'authentifie comme le véritable envoyé de Dieu. Ainsi naît le mouvement de Jésus, qui est, à son origine, un mouvement de renouveau à l'intérieur du judaïsme.
Les disciples de Jésus se regroupent d'abord à Jérusalem, où ils annoncent l'Evangile, la «bonne nouvelle» que Dieu s'est manifesté dans la personne de Jésus: le Messie (ou Christ) attendu. Parmi ceux qui s'intègrent à leur groupe se trouvent des Juifs qui ont vécu à l'extérieur de la Palestine et qui sont ouverts à la culture grecque et à son universalisme. Les disciples de Jésus venant de ce judaïsme hellénistique sont plus critiques à l'égard des institutions juives que ceux venant du judaïsme palestinien.
Les Juifs hellénisants provoquent des affrontements avec les chefs religieux et sont persécutés. Obligés de fuir, ils transmettent le contenu de la prédication de Jésus aux marges de la Palestine, en particulier dans des villes où les populations sont très mêlées, notamment à Antioche (Syrie), où se trouvent une diaspora juive et des adeptes de diverses religions orientales. Des non-Juifs sont convaincus par leur prédication et constituent avec des Juifs un groupe de disciples du Christ Jésus.
Le mouvement de Jésus dépasse alors les frontières du judaïsme. Il accepte, en effet, des membres qui n'appartiennent pas au peuple de Dieu, ne portent pas la marque de leur appartenance au peuple juif (la circoncision) et n'obéissent pas aux réglementations juives (par exemple, sur le pur et l'impur). A Antioche, on donne aux adeptes de Jésus, le Christ, le nom de chrétiens. La rupture est consommée, le christianisme est né.
Les premières communautés chrétiennes
Si la foi en la résurrection de
Jésus, l'homme de Nazareth crucifié par les Romains
mais toujours vivant et présent parmi les hommes, est au
fondement du christianisme, la signification de cette présence
ainsi que le sens de la vie et de la mission de Jésus donnent
lieu, dès l'origine, à des interprétations
diverses.
Pour les adeptes de l'un des
courants du christianisme primitif, qui se retrouvent pour la
prière, le baptême des fidèles et le repas commun,
Jésus est avant tout le Messie annoncé, dont on attend
le retour. Pour ceux d'un courant proche, la foi
chrétienne est avant tout une obéissance nouvelle, une
fidélité au message de Jésus et à sa
réinterprétation de la Loi juive. Différent des
deux précédents, un autre courant, dont le centre est
Jérusalem, voit en Jésus le Juge de la fin des temps,
qui envoie son Esprit à ses disciples. Quittant famille et
biens, ceux-ci deviennent des prédicateurs itinérants;
vivant dans l'attente de la fin du monde et pratiquant des
actes de guérison, ils évangélisent la Palestine
et la Syrie. Pour leur part, les chrétiens issus du
judaïsme hellénistique orientent leur prédication
vers les milieux non juifs. D'Antioche, leur quartier
général, ils partent en mission pour porter en
Méditerranée orientale leur confession de foi, qui
donne la priorité à la croix et à la
résurrection de Jésus pour le salut des hommes. Un
dernier courant, mal connu, est celui du mouvement johannique,
qui débute sans doute en Asie Mineure.
Chacun de ces courants a ses personnages
emblématiques. Dans le cercle relativement large de
disciples (hommes et femmes) qui entoure Jésus, notamment
dans le groupe des Douze choisis comme apôtres
(«envoyés»), c'est Pierre qui se détache.
Après la mort de Jésus, ses proches acquièrent
aussi de l'influence: Jacques deviendra le chef de la
communauté de Jérusalem après le départ de
Pierre pour Rome. Les hellénistes sont représentés
par Paul. Avec Pierre, il est l'une des deux grandes figures
des origines.
De la campagne palestinienne aux villes
de l'Empire
La prédication de Jésus lui-même atteint un
monde palestinien encore très paysan. Puis le mouvement de
Jésus s'étend à la Syrie-Palestine et à
ses villes. Le christianisme naissant dépasse vite les
frontières de religion et d'origine nationale, profitant
de ce qui fait la force de l'Empire romain: ses routes
terrestres et maritimes de la Méditerranée, sa langue
de culture et d'administration. Il se propage dans les vastes
marchés de biens culturels et religieux que sont les villes.
La prédication chrétienne y bénéficie de
l'attrait qu'exercent le monothéisme juif et la
haute qualité de sa morale.
Dans les grandes villes de l'Empire,
où vivent des communautés juives, les missionnaires
proposent d'abord leur message dans le cadre des synagogues.
Les sympathisants du judaïsme (appelés les
«craignant Dieu») sont attirés par cette
prédication qui rompt avec un particularisme de type
national. Mais l'insuccès du christianisme auprès
des Juifs eux-mêmes fait que la nouvelle religion se
répand de plus en plus dans un contexte où elle est
confrontée aux modes de pensée religieux et
philosophiques du monde hellénisé.
Fort abondantes au I
er
siècle, les religions de
salut provenant de l'Orient offrent une expérience
mystique et un espoir dans l'au-delà à ceux qui
s'y initient, tout en restant tolérantes entre elles. Le
christianisme, qui se trouve dans une situation de concurrence
religieuse intense, se démarque par le fait qu'il
propose un salut faisant l'objet d'une annonce publique
(donc non réservé à des initiés) et qu'il
refuse toute coexistence avec d'autres religions, toute forme
de syncrétisme.
L'Empire
romain laisse libre cours à cette profusion de
religions, mais il impose une idéologie unitaire, qui est le
culte de l'empereur. Dans ce contexte syncrétiste
où un nouveau culte peut s'ajouter à un autre, le
judaïsme - affirmant qu'il y a un seul Dieu,
l'unique objet de l'adoration humaine - observe un
monothéisme strict et bénéficie d'une
reconnaissance de cette conception particulière. Les
chrétiens, également monothéistes,
bénéficient d'abord du même statut que les
Juifs, dispensés par la loi romaine du culte de
l'empereur. Mais lorsque leur appartenance à une autre
religion apparaît clairement, ils se trouvent
fragilisés. De la seconde moitié du
Ier siècle au IIe siècle, ils subissent de la
part du pouvoir impérial des persécutions ponctuelles,
puis de plus en plus fréquentes et systématiques au
IIIe siècle et au début du IV
e
siècle.
Des communautés disparates
L'expansion du christianisme s'organise autour de
deux pôles: les prédicateurs itinérants et les
groupes de sympathisants sédentaires que les premiers
laissent après leur passage. Peu à peu se constituent
des communautés locales qui prennent le nom d'Eglise
(ecclesia, «assemblée convoquée», une
institution typique de la cité grecque). Le terme va prendre
une double signification: celle du groupe de croyants qui se
rassemblent en un lieu donné, et celle de l'ensemble des
croyants qui, dans leur totalité, constituent l'Eglise
du Christ. Ne possédant pas de bâtiment propre, les
Eglises réunissent dans des maisons particulières des
gens d'origine sociale très variée (esclaves,
hommes libres, classes montantes, petit peuple), à
l'image des groupes qui entouraient Jésus en Palestine.
Ces communautés sont le plus souvent
composées de chrétiens d'origine païenne
(pagano-chrétiens) et de chrétiens d'origine juive
(judéo-chrétiens) ou provenant de cercles proches. Cette
disparité ne tarde pas à créer des problèmes:
les chrétiens d'origine juive, attachés à leur
identité et à leur appartenance au peuple choisi par
Dieu, sont réticents à prendre les repas, en particulier
l'eucharistie (le partage du pain et du vin, par lequel se
constitue la communion des croyants et leur lien avec Dieu) en
commun avec les chrétiens d'origine païenne, qui
ignorent leurs préceptes alimentaires. Très tôt se
pose la question de savoir s'il faut passer par le
judaïsme pour pouvoir bénéficier de l'Evangile
du Christ Jésus, s'il faut s'intégrer d'abord
au peuple de Dieu par la marque d'appartenance de la
circoncision et la pratique des réglementations juives pour
bénéficer de la grâce (pardon gratuit) de Dieu. La
conviction de l'apôtre Paul, le principal artisan de
l'ouverture sans condition de l'Evangile aux païens,
l'a emporté, non sans avoir entraîné des
débats et des conflits.
Les Ecritures chrétiennes
Les textes religieux de
référence des premiers adeptes de Jésus sont ceux du
judaïsme: les livres qu'ils ont appelés ensuite
l'Ancien Testament, dans lequel ils puisent des
éléments qui, à leurs yeux, annoncent la venue de
Jésus-Christ et révèlent le sens de sa mission. Mais
ces textes ne leur permettent pas de se situer par rapport à
la société et aux religions d'origine, ou de
régler les divergences à l'intérieur des
communautés et entre les prédicateurs
itinérants.
Pour aider les Eglises,
l'apôtre Paul rédige, entre 50 et 60 après
J.-C., un certain nombre de lettres qui, rassemblées,
forment un recueil, dont chaque communauté peut avoir un
exemplaire. Ces lettres et les Evangiles, composés entre 70
et la fin du Ier siècle, sont utilisés pour la
catéchèse (enseignement) et les lectures au cours des
assemblées. La production d'écrits chrétiens
continue tout au long du IIe siècle pour ne plus tarir.
Vers le milieu du II
e
siècle apparaît la
nécessité d'établir une sélection parmi les
écrits pour conserver une fidélité à
l'origine en même temps qu'un lien entre les Eglises
qui occupent un espace de plus en plus vaste, ce qui favorise le
développement de traditions indépendantes. Au milieu du
IV
e
siècle, une liste unique est
fixée: elle contient les écrits qui forment le Nouveau
Testament.
Dieu: Père, Fils et Saint-Esprit
Les premières communautés
chrétiennes donnent de nombreux titres à Jésus, dont
les plus importants sont «Seigneur», «Fils de
Dieu» et «Christ». Pour les chrétiens
d'origine païenne, le titre de Christ n'était pas
chargé du même sens que dans le monde juif; il a
très vite pris une valeur propre et, joint à Jésus,
a formé un nom double. Dans l'appellation de
Jésus-Christ, Jésus renvoie à la vie et à la
mort de l'homme de Nazareth, et Christ à la mission et
à la dignité particulières reconnues à
Jésus dans la foi en sa résurrection. La relation entre
Dieu et Jésus-Christ constitue l'originalité de la
foi chrétienne.
Jésus-Christ est celui qui
révèle de façon particulière la volonté
et l'œuvre de salut de Dieu. Dans les textes de
l'Ancien Testament, Dieu est le créateur du monde, celui
qui nomme et fait exister les êtres et les choses, qui
permet la vie en manifestant des exigences à
l'égard des hommes. Ce Dieu est aussi un Dieu de
dialogue, un Dieu personnel, dont l'histoire se confond avec
celle de l'humanité. Pour la théologie
chrétienne, l'être humain n'a accès à
Dieu que par Jésus-Christ, qui en est la face livrée au
monde. La relation unique et profonde de Dieu et du Christ se
traduit dans les termes de Père et de Fils.
Dieu un en trois personnes
Après la mort de Jésus, la foi en sa
résurrection affirme la victoire de Dieu sur la mort comme
un don de vie malgré la mort et au-delà d'elle, en
même temps qu'elle garantit une autre forme de
présence de Jésus-Christ. Celle-ci se manifeste en
particulier par le Saint-Esprit, qui est à la fois un
consolateur et un soutien. Il remet en mémoire et permet de
comprendre les paroles du Christ, et inspire ainsi la vie des
croyants. Les diverses modalités de la présence de Dieu
et de sa relation avec l'homme ont été l'objet
d'une intense réflexion dans les Eglises primitives.
Les débats ont d'abord
porté sur la christologie: il s'agissait d'expliquer
comment Jésus-Christ peut être à la fois homme et
Dieu, et comment le Dieu unique peut être à la fois
Père, Fils et Saint-Esprit. Les credo anciens, comme le
symbole des Apôtres (III
e
siècle), ont essayé de
fixer les grandes lignes de la foi en développant la
relation entre Dieu et Jésus-Christ. Mais des dissensions
eurent vite lieu et, lorsque le christianisme devint la religion
de l'Empire au début du IV
e
siècle, les empereurs
convoquèrent des conciles dits
«œcuméniques», chargés de formuler les
dogmes de l'Eglise dans son universalité. La doctrine
trinitaire - qui affirme que Dieu est un en trois personnes
- est un de ces dogmes reconnus par toutes les Eglises.
Elle ne se trouve pas exprimée comme telle dans le Nouveau
Testament, mais s'appuie sur son témoignage. La
Trinité indique que Dieu est en lui-même une structure
de dialogue et qu'il renferme un mystère et une
liberté.
Suivant leurs sensibilités
religieuses et leur histoire propre, les Eglises chrétiennes
accordent une fonction et une place différentes aux
manifestations de Dieu. Cela est vrai en particulier pour le
Saint-Esprit. Mais elles s'appuient toutes sur les
définitions des premiers grands conciles des IV
e
et V
e
siècles.
Les Eglises chrétiennes dans l'histoire
La vie des Eglises locales prend corps
dans le culte, l'enseignement, l'évangélisation
et les œuvres de solidarité. Très tôt, les
cultes chrétiens sont célébrés le dimanche,
jour de la résurrection du Christ. Ils comportent une liturgie
(une confession de foi et des chants) et la lecture de textes
bibliques, suivie éventuellement de commentaires. Le
baptême, qui marque l'entrée dans l'Eglise, et
l'eucharistie (appelée aussi Sainte Cène), qui
célèbre l'union des chrétiens avec
Jésus-Christ, sont les deux sacrements pratiqués dans les
Eglises primitives et communs à toutes les Eglises
chrétiennes. Un sacrement manifeste le don de Dieu, alors que
les sacrifices sont des dons offerts par les hommes à la
divinité.
Pour vivre dans la durée, les
Eglises reconnaissent en leur sein des services particuliers
appelés ministères. Au début du christianisme, ces
ministères sont peu institués et varient d'une
communauté à l'autre. Le Nouveau Testament fait
état de ministères de la parole (docteurs et
prophètes), de ministères d'ordre et de
gouvernement (anciens et épiscopes) et de ministères
d'assistance (diacres).
L'organisation des Eglises
Malgré les persécutions, le christianisme
connaît un essor rapide au Ier et au IIe siècle et
s'étend vers la partie occidentale de l'Empire,
où l'on parle latin. La multiplication des Eglises et
l'éloignement de la période des premiers
témoins (les Apôtres) conduisent à une
organisation dépassant l'échelon local. Il
s'agit de conserver la foi des origines dans une unité
visible. Les Eglises locales ont désormais à leur
tête un seul évêque, qui a autorité sur les
prêtres. Certains sièges épiscopaux sont
placés au-dessus des autres, mais dès le
Ier siècle le siège romain a primauté sur
tous. L'évêque est considéré comme un
père («papa»), qui va donner le titre
réservé à l'évêque de Rome (pape).
L'organisation des Eglises se modèle sur
l'organisation politique, administrative et économique
de la société, surtout en Occident, qui hérite du
juridisme latin.
Les Eglises et le pouvoir
politique
L'Empire romain, avec ses deux pôles -
l'occidental et l'oriental -, connaît des
failles dès le IIIe siècle. L'empereur
Constantin
autorise l'exercice du culte chrétien en 313. Le
christianisme
sera constitué en religion officielle à la fin du
IV
e
siècle. Après la
disparition de l'empire d'Occident, en 476,
l'Eglise latine s'affranchit de la tutelle de
Constantinople et supplée dans bien des cas le pouvoir
politique qui se désagrège. Au X
e
siècle, la christianisation
de l'Europe est achevée. Le pape devient le personnage
principal d'Occident, ajoutant un pouvoir temporel à son
pouvoir spirituel. En Orient, en revanche, l'Eglise grecque
dépend le plus souvent de l'empereur.
Apparu dès la constitution des
Eglises, le monachisme prend au début la forme du départ
au désert (ermites), puis celle de la vie communautaire
(cénobites). Alors que pendant la longue période de
relations ambiguës avec le pouvoir, les Eglises se sont
substituées à l'Etat défaillant (éducation,
santé), les ordres monastiques ont joué un rôle
important dans l'élaboration des
civilisations
orientales et occidentales.
Les séparations en branches différentes
Après la fin de l'empire
d'Occident, l'Orient et l'Occident ont des
échanges de plus en plus rares, et les divergences culturelles
et spirituelles s'accentuent. Les littératures
chrétiennes, en grec d'un côté, en latin de
l'autre, se développent séparément.
L'Orient, qui vit sous une unité politique (l'Empire
perdure jusqu'au milieu du XV
e
siècle), est moins
centralisateur au point de vue ecclésiastique que
l'Occident. Les quatre sièges épiscopaux
d'Orient, ou patriarcats, sont représentés par le
patriarche de Constantinople; ils reconnaissent une primauté
d'honneur à l'évêque de Rome.
Mais une rivalité d'influence
s'installe entre
Rome et
Constantinople.
De plus, les Orientaux reprochent aux Latins d'introduire des
nouveautés non justifiées (usage de l'hostie,
jeûnes, célibat des prêtres). La crise la plus
grave concerne le dogme de la Trinité. Au VI
e
siècle, à la formule
«le Saint-Esprit procède du Père», un concile
ajoute «et du Fils». Aux yeux des Orientaux, c'est
donner à l'Esprit un rôle secondaire et rompre
l'équilibre de la Trinité. A la fin du IX
e
siècle, il apparaît un
désaccord d'ordre institutionnel, lorsque la
papauté devient l'autorité centralisatrice des
Eglises chrétiennes. La rupture, qui était en germe
depuis longtemps, se concrétise en 1054, lorsque le
pape Léon IX excommunie le patriarche de Constantinople
et que celui-ci lui réplique de façon semblable.
L'Eglise d'Orient prend alors le nom d'Eglise
orthodoxe.
La Réforme européenne
Au XVI
e siècle, avec
la Renaissance,
l'humanisme,
des inventions comme
l'imprimerie,
et la découverte de l'Amérique, un désir de
changement se manifeste à l'égard de l'Eglise
d'Occident, ou Eglise romaine, marquée par les ambitions
temporelles de la papauté, le luxe du haut clergé et
l'ignorance dans laquelle est maintenu le peuple. Après
son excommunication en 1520, le moine allemand
Martin Luther
organise
la Réforme
sous la protection du prince de Saxe. Des mouvements
parallèles naissent en
Suisse et en
France, avec
Zwingli, puis
Calvin.
Malgré leurs vues communes sur la place de la Bible, le salut
gratuit et le rôle des laïcs, les réformateurs ne
fondent pas une Eglise unie face à l'Eglise romaine.
Les confessions chrétiennes
A partir du XVI
e
siècle, le christianisme
connaît donc trois grandes branches: le catholicisme,
l'orthodoxie et le protestantisme. Chacune des confessions
s'est développée en relation avec une culture
qu'elle a fécondée:
le catholicisme et
le protestantisme
ont marqué la culture occidentale;
l'orthodoxie,
le monde oriental et l'Europe de l'Est.
Le catholicisme
L'Eglise, qui avait son centre à Rome et a retenu le
terme de catholique (en grec, «universel») dès le
IV
e
siècle, au concile de Nicée
(325), est dotée d'une organisation centralisée et
hiérarchisée. Le pouvoir y est exercé par le pape et
les conciles œcuméniques. Le pape, à Rome, constitue
l'unité visible de l'Eglise. La médiation entre
Dieu et les fidèles est assurée par les autorités
religieuses, qui transmettent et gèrent le salut offert aux
êtres humains dans plusieurs domaines, notamment celui de
l'enseignement et celui de la distribution de la grâce. Un
autre élément de médiation est la messe, conçue
comme un sacrifice où se renouvelle le don de
Jésus-Christ sur la croix dans le sacrement de
l'eucharistie. Les sacrements, au nombre de sept,
nécessaires à la réception de la grâce, sont
dispensés par les prêtres. Une autre médiation
apparaît dans le culte de la Vierge Marie et dans celui des
saints.
L'orthodoxie
Le contenu de la foi y remonte à la formulation des
premiers siècles. L'orthodoxie («l'opinion ou
la foi droite», en grec) s'en tient en effet aux dogmes
définis par les huit premiers conciles
œcuméniques. Fidèle aux origines, elle se
caractérise par une relation de collégialité entre
les Eglises, qui sont autocéphales et élisent leurs
propres chefs. Le patriarche de Constantinople (aujourd'hui
Istanbul) conserve une primauté d'honneur: il convoque
des conférences panorthodoxes, placées sous le signe
d'interdépendance des Eglises. Les prêtres
orthodoxes (mais non les moines) peuvent se marier.
Le
protestantisme
Le terme de protestant se réfère à un
événement historique: en 1529, les princes allemands
favorables à
la Réforme
protestèrent contre l'attitude de
Charles Quint,
qui exigeait la soumission de tous à Rome. Le protestantisme
connaît un grand morcellement ecclésiastique,
conséquence de son choix en faveur de la liberté de
conscience. Les Eglises protestantes ont en commun leur conception
de l'Eglise, le refus de médiations dans la gestion de la
grâce, et l'affirmation de la responsabilité
personnelle dans les choix éthiques. L'organisation
ecclésiastique est l'affaire des communautés, qui se
donnent des règles communes sur des bases démocratiques.
Le culte protestant se caractérise par l'importance
donnée à la parole (prédication) et par
l'administration de deux sacrements: le baptême et la
Cène. Les pasteurs sont mariés et, dans la
quasi-totalité des Eglises, les femmes ont accès aux
ministères. Le face-à-face de l'homme avec Dieu
supprime toutes les autres médiations, en particulier celle
d'une hiérarchie et d'un clergé.
Le christianisme à la fin du XXe siècle
Après que le christianisme fut devenu
la religion officielle de l'Empire gréco-romain, des
régimes de chrétienté se sont établis autour du
Bassin
méditerranéen
et dans le monde slave. Ainsi, pendant le Moyen Age
européen, l'Eglise catholique était le ciment de la
société, également organisée
hiérarchiquement, avec à sa tête le roi,
représentant de Dieu sur terre. La religion est alors la
source de la morale, la garante de l'ordre.
Quant à la théologie - la
première science -, elle délimite le champ du savoir et
tente de le contrôler. Des brèches s'opèrent
dès le XIII
e
siècle, qui
s'élargissent à
la Renaissance
jusqu'à fracturer le système au moment de
la
Réforme.
Au XVIII
e
siècle,
le mouvement des
Lumières accélère le processus. La raison
humaine, affranchie de la tutelle religieuse, va désormais
explorer tous les domaines de la réalité. Un état
d'esprit nouveau s'installe en Occident, entraînant
une libéralisation des mœurs et une réforme des
institutions. Le catholicisme y résiste de manière
frontale, alors que le protestantisme intègre davantage les
transformations de la pensée et de la vie
socio-économique.
Le mouvement des Lumières, dont
certains aspects étaient contenus en germe dans le
christianisme, est dirigé en grande partie contre les
Eglises.
Au XIX
e
siècle, la confrontation
continue et s'accentue avec l'apparition d'un
athéisme critique qui élabore de nouveaux systèmes
d'analyse du monde et de l'homme.
La religion ne fait plus la loi à la
science et devient elle-même objet de science. Au XX
e
siècle, les sociétés
européennes sont sécularisées et connaissent toutes
un processus de laïcisation. La sécularisation atteint la
culture, alors que la laïcisation concerne les institutions,
mais les deux phénomènes s'influencent mutuellement.
Par ailleurs, la sécularisation produit aussi un changement
à l'intérieur des Eglises (concile Vatican II).
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