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Temple calviniste à Lyon en 1564
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L'une des trois branches principales
du
christianisme, le
protestantisme est né au XVI
e
siècle d'une rupture interne
à la chrétienté occidentale. A la différence de
l'Eglise
catholique, dont l'unité est liée à sa
structure hiérarchique, il est constitué, dès ses
origines, d'un ensemble d'Eglises exprimant des
sensibilités religieuses, voire nationales, différentes.
Les quelque 400 millions de protestants recensés dans le monde
participent à de nombreux mouvements et collaborent à
diverses œuvres.
Le schisme luthérien
La naissance du protestantisme est
intervenue en 1520-1521: après avoir vainement tenté
d'obtenir de lui qu'il reconnaisse ses «erreurs»,
Rome somma Luther, dans la bulle Exsurge Domine (15 juin 1520) de
Léon X, de se rétracter, puis, devant un nouveau
refus du moine (qui avait brûlé la bulle), le rebelle et
ses partisans furent excommuniés (bulle Decet romanum
pontificem, 3 janvier 1521). A la diète de Worms en avril
1521, Luther, se référant à sa «conscience
captive de la Parole de Dieu», réclama
«d'être convaincu par le témoignage de
l'Ecriture» et récusa «l'infaillibilité
du pape et celle des conciles». L'autorité de la
Bible était donc invoquée comme supérieure à
toute hiérarchie ecclésiastique, qu'elle se manifeste
à travers un chef unique (le pape) ou une instance
collégiale (le concile).
En 1526, à la première diète
de Spire, les partisans de
Luther obtiennent
une relative tolérance au sein de l'Empire germanique.
Cela leur est retiré trois ans plus tard à la seconde
diète de Spire (avril 1529). Cinq princes et les
représentants de quatorze villes libres élèvent
alors une «protestation» contre les décisions
prises: «Nous protestons devant Dieu, ainsi que devant tous
les Hommes, que nous ne consentons ni n'adhérons au
décret proposé dans toutes les choses qui sont contraires
à Dieu, à sa sainte Parole, à notre bonne
conscience, au salut de nos âmes.» Cette protestation
solennelle est à l'origine du terme de
«protestant».
Le protestantisme se caractérise
dès lors par une pluralité d'Eglises. D'abord ces
Eglises prendront, la plupart du temps, un caractère national
(ainsi avec la création, en 1559, des Eglises
réformées de France). Ensuite, elles n'auront pas
forcément le même mode d'organisation, ni des
références théologiques (symbolisées par des
«confessions de foi») tout à fait identiques. Une
partie de l'Allemagne et l'ensemble de la Scandinavie
deviennent «luthériens».
Mais le luthéranisme - marqué
autant par Luther que par son disciple Philipp Melanchthon -
n'est qu'une des formes du protestantisme. En Suisse,
à Zurich,
Ulrich Zwingli
(1484-1531) a remplacé en 1524 la messe par un culte dominical
centré sur la prédication et dont la liturgie est plus
dépouillée qu'elle ne le sera dans le protestantisme
luthérien.
En 1536, le protestantisme prend un
souffle nouveau avec le passage à
la Réforme de
la ville de Genève, où va s'exercer le
ministère de
Jean Calvin
(1509-1564), un Français chassé de son pays. Sous cette
forme, la religion protestante progresse notamment en
Suisse
romande, en France et aux Pays-Bas. Les confessions de foi
helvétique postérieure et écossaise (1560), celles
de La Rochelle (1571) et de Westminster (1646), etc, se rattachent
à la théologie de Calvin. Les 39 articles qui
définissent la foi de l'Eglise d'Angleterre sont
également largement d'inspiration calviniste. Mais
l'anglicanisme - qui donnera naissance aux Etats-Unis
d'Amérique à l'Eglise épiscopalienne -
représente un protestantisme tempéré qui n'a
modifié que partiellement (et plus ou moins suivant les
tendances) le cadre ecclésiastique issu du catholicisme.
Les principales Eglises issues de la Réforme
L'anglicanisme, le baptisme, le
luthéranisme, le presbytérianisme et la tradition
réformée, qui récusent unanimement certains aspects
du catholicisme, se caractérisent par des conceptions
doctrinales et des usages liturgiques particuliers.
L'anglicanisme
Cette forme tempérée de protestantisme a encore
aujourd'hui comme base doctrinale les 39 articles
d'orientation calviniste: pour les anglicans, l'Ecriture
est l'autorité unique en matière de foi, le
baptême et la Cène sont les deux sacrements, et il
n'existe aucune obligation de célibat
ecclésiastique. Des éléments catholicisants
subsistent cependant dans la liturgie et le principe
épiscopal est maintenu.
Différents courants existent dans les
Eglises anglicanes:
- le courant
High Church
(appelé aussi anglo-catholicisme),
qui valorise la tradition de l'Eglise ancienne, insiste sur
l'importance de l'épiscopat et de la succession
apostolique, défend les ornements liturgiques et, d'une
manière générale, les usages (comme la
célébration de l'eucharistie le dos tourné
à l'assistance) qui rapprochent l'anglicanisme du
catholicisme;
- le courant
Low Church
, qui insiste, au contraire, sur le fait
que l'anglicanisme est issu de la Réforme. Il défend
une conception plus fonctionnelle de l'épiscopat et
souhaite une liturgie simple, dépouillée. Il se
méfie souvent des tentatives de rapprochement avec Rome.
Marqué par le puritanisme au XVII
e
siècle, puis par un mouvement,
le Réveil, au XIX
e
siècle, le courant Low Church
insiste particulièrement sur l'autorité des textes
bibliques;
- le courant
Broad Church
, qui est proche sur certains points du
courant Low Church (notamment, leur conception du ministère
est identique), mais il interprète la Bible de façon
libérale et veut accompagner théologiquement la
modernité.
L'Eglise d'Angleterre est la
plus importante des Eglises anglicanes, également
présentes en
Afrique du Sud
(l'évêque sud-africain noir Desmond Tutu a
reçu le prix Nobel de la paix en 1984), en
Australie, au
Canada, aux Etats-Unis d'Amérique (sous le nom de
Protestant Episcopal Church) et en Nouvelle-Zélande.
Le baptisme
Dès le XVI
e
siècle, des groupes
minoritaires, voire pourchassés à l'intérieur
même du protestantisme, refusaient le baptême des
enfants et estimaient que ce sacrement devait être lié
à une démarche consciente de conversion. Dans cette
perspective, l'Eglise est l'assemblée locale des
fidèles ayant reçu le baptême à
l'âge adulte. Ce baptême s'effectue
aujourd'hui par immersion.
Les baptistes insistent sur
l'autorité de la Bible et sur l'importance du
maintien des principales doctrines chrétiennes dans une
société sécularisée. Ils n'ont pas
d'instances dirigeantes supralocales, même s'ils
peuvent se regrouper sous une forme fédérative. Du
baptisme est né, au début de ce siècle, le
pentecôtisme, pour lequel, grâce au baptême de
l'Esprit, Dieu accorde des dons promis dans la Bible: une
puissance qui guérit les maladies et qui transforme la vie
des gens.
Les baptistes constituent le groupe
protestant le plus important aux Etats-Unis d'Amérique
(parmi les baptistes sont à signaler Martin Luther King et
les anciens présidents Jimmy Carter et Bill Clinton), et ils
sont présents dans de nombreux autres pays.
Le luthéranisme
La confession de foi la plus importante du
luthéranisme est la Confession d'Augsbourg (1530),
rédigée par Philip Melanchthon (1497-1560). On y trouve
les affirmations centrales du protestantisme: autorité
souveraine de la Bible, salut par la grâce, sacerdoce
universel des croyants, etc.
Les Eglises luthériennes
confièrent aux princes l'organisation des Eglises et un
certain rôle de surveillance. La doctrine des «deux
règnes» (le spirituel et le temporel) insiste sur
l'autonomie du temporel et ses responsabilités propres
en ce qui concerne l'ici-bas. Elle fut facteur de
sécularisation et de modernité, mais elle aboutit
souvent, au cours de l'histoire, à une attitude
plutôt passive des luthériens face aux pouvoirs
politiques.
La foi des luthériens donne une
place à la sensibilité: l'intérêt
pédagogique des images est, en général, admis, et
une grande place est faite aux cantiques. Le principal sujet de
débat entre luthériens et réformés a
porté sur le sacrement de la Cène: pour les
luthériens, le pain et le vin ne se transforment pas en
substance du Christ, comme dans la doctrine catholique
(transsubstantiation), ils sont véritablement corps et sang
du Christ (à la différence de la doctrine
réformée). C'est ce que l'on appelle la
consubstantiation. On trouve, d'autre part, dans le
luthéranisme actuel, une tendance proche de la High Church
anglicane. Les luthériens sont majoritaires en Allemagne et
en Scandinavie. Mais il existe aussi des Eglises
luthériennes en France, aux Etats-Unis d'Amérique
et dans plusieurs pays d'Afrique.
Le presbytérianisme et la tradition
réformée
Les presbytériens représentent une lignée
issue de
Jean Calvin (le
premier terme est anglo-saxon, le second est en usage en Europe
occidentale). Les confessions de foi des Eglises
presbytériennes et réformées ont souvent
revêtu un caractère national, comme en témoignent
la Confession d'Ecosse, la Confession helvétique, la
Confession de La Rochelle (pour la France). Les doctrines
principales de ces Eglises sont identiques à celles des
Eglises luthériennes, mais elles considèrent que, lors
de la Cène, la présence réelle du Christ dans les
éléments du pain et du vin est d'ordre spirituel:
elle s'opère par le Saint-Esprit et non par une
transformation du pain et du vin.
Le calvinisme
se distingue également par son
insistance sur la gloire de Dieu, qui s'est traduite au
XVI
e
siècle par la croyance en la
«prédestination» de chaque être humain au
«salut» ou à la «damnation». Ce fut alors
un facteur d'affranchissement à l'égard d'un
pouvoir qui s'affirmait de droit divin: le destin religieux
était entre les mains de Dieu seul. Mais l'expression
donnée à cette croyance fut contestée à partir
du XVII
e
siècle (notamment par la
tendance arminienne) et, aujourd'hui, une majorité de
réformés croient que le salut est offert à tous les
êtres humains, ce qui assouplit cette doctrine.
Affirmant que tout doit concourir à
la gloire de Dieu, le calvinisme favorisa l'esprit
d'entreprise, la conduite méthodique, l'ardeur au
travail. Il développa un état d'esprit
démocratique, notamment par son organisation interne, qui
consiste en une succession d'instances collégiales, du
local au national, et qui associe laïcs et pasteurs dans le
gouvernement des Eglises. Cependant, la propension de certains de
ses membres à se prendre pour le «peuple élu»
entraîna un certain mépris racial (notamment à
l'égard des Indiens d'Amérique du Nord), voire
des pratiques de discrimination (Afrique du Sud).
On trouve des Eglises réformées
dans d'autres régions du monde anglo-saxon (en Ecosse, par
exemple), en Hongrie, en Suisse, en France et dans le tiers-monde.
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