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Statue du Bouddha Amida assis L’une des principales divinités du bouddhisme d’Extrême-Orient. Bois doré. Japon, daté de 1679. © Musée d’ethnographie de Genève
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Fondé en Inde du Nord au VIe siècle av. J.-C. par un membre de la famille des Gautama, dans la tribu des Sakya, le bouddhisme est l'une des grandes religions du monde.
Contemporaine de l'avènement d'une société hiérarchisée en castes et fortement nourrie des croyances hindouistes, la doctrine du Bouddha s'articule autour du thème de la souffrance et des moyens de s'en affranchir. Si l'art bouddhique est chargé d'un symbolisme très précis, c'est qu'il sert délibérément de support à l'enseignement de la doctrine et à la méditation du fidèle.
Lorsque apparaît le bouddhisme, dans le prolongement du brahmanisme, l'Inde subit une transformation sociale et une crise religieuse: d'une part le développement d'une société aryenne cloisonnée, supplantant les anciennes structures tribales, d'autre part la naissance de courants religieux s'écartant de l'hindouisme. Après avoir essaimé en Inde durant plusieurs siècles, le bouddhisme a éveillé l'Extrême-Orient à une philosophie religieuse et à une éthique originales.
L'enseignement du Bouddha
La doctrine du Bouddha repose sur
l'idée que la souffrance est inséparable de
l'existence. Bien qu'il professe une vision
foncièrement pessimiste, le bouddhisme affirme que le savoir
et la morale permettent d'échapper au cycle des
renaissances et d'entrer dans un état de pureté
absolue, le nirvana.
Les quatre «nobles
vérités» sont déjà résumées
dans le tout premier sermon de Bénarès :
1. La première vérité
fait de la douleur la compagne de la vie, car aucune
félicité n'est durable. Le moi est
éphémère, puisque tout être meurt pour
renaître dans un autre corps, qui souffrira et
renaîtra à son tour - c'est le samsara
brahmanique, ou cycle des réincarnations. Ce cycle est
régi par le karma, résultat des bonnes et mauvaises
actions passées.
2. La deuxième vérité
est que la douleur naît de la «soif» de vivre,
des désirs et des passions, autant de sources qui
alimentent la convoitise, la jalousie, la haine et
l'erreur.
3. La troisième vérité
découle des précédentes: si l'on supprime la
cause, on annule son effet. Ainsi, si l'on éteint les
désirs, on annihile la souffrance.
4. La quatrième vérité
est la morale du bouddhisme, la «Voie des huit
vertus». Elle recommande la méditation pure, le
savoir, la vérité et le bien, elle conduit au
nirvana, à l'extinction des désirs, à
l'état suprême de non-existence, de
non-réincarnation, à l'absorption de
l'être par l'énergie cosmique.
Le nirvana, qui n'est pas
immédiatement accessible, est un état qui échappe
à la fatalité du devenir et au cycle sans cesse repris
des vies nouvelles.
Les écoles de pensée bouddhique
Le Bouddha n'a laissé aucun écrit. Retransmises oralement par ses fidèles, ses paroles furent réunies dans des textes sacrés (sutra). Divers conciles bouddhiques eurent lieu entre le Ve et le Ier siècle av. J.-C.; un premier schisme, vers 450, précède l'apparition de nombreuses écoles de philosophie bouddhique.
Le Hinayana La première des trois plus importantes écoles est le Hinayana (le Petit Véhicule, celui qu'on emprunte pour accéder au nirvana); elle est particulièrement répandue au Sri Lanka, en Birmanie et en Thaïlande. Divisée en plusieurs sectes, elle ne reconnaît pas au Bouddha une nature divine et réserve la voie du nirvana aux seuls religieux armés d'une morale stricte. Sa doctrine est tout entière contenue dans un texte canonique, le Tripitaka.
Le Mahayana Appelé aussi Grand Véhicule, le Mahayana est la deuxième école influente; elle gagna le nord de l'Inde, le Tibet, la Mongolie, la Chine, la Corée, le Japon et une partie de l'Asie du Sud-Est (Viêt-nam, Cambodge). Pour le Mahayana, bouddhisme métaphysique, la sainteté n'est pas seulement un idéal de perfection personnelle, mais un moyen d'aider l'individu à atteindre cet état grâce à l'appui de sages «éveillés».
Comme le Bouddha, ceux-ci renoncent temporairement (ou définitivement) à entrer au nirvana pour aider les autres hommes à connaître l'Illumination. Ainsi cette religion prévoit-elle le salut pour tous. Son panthéon est peuplé de divinités (les bodhisattvas ), qui sont plus proches des fidèles que le Bouddha. Devenu religion populaire, le Mahayana abandonne la conception athée du bouddhisme et procède à une sorte de déification du Bouddha, à qui il attribue un aspect humain, divin et cosmique (doctrine des trois corps). Le Mahayana se distingue par la stature exceptionnelle de ses philosophes et de ses penseurs religieux: Nagarjuna, vers 100 apr. J.-C., Asanga, au V e siècle, le poète Shantideva, au VII e siècle.
En Chine et au Japon, l'école mahayaniste s'est compartimentée en de nombreuses sectes dont la plus connue est le zen (ou chan). Leurs adeptes, qui méditent sur des textes sacrés et mènent une vie ascétique, s'appliquent à vider leur esprit à la fois du temps et de l'espace, pour mieux parvenir à l'Illumination bouddhique. Ainsi les écoles zen (méditation) pratiquent des activités favorisant la concentration (cérémonie du thé, tir à l'arc, judo, jardinage, poésie, peinture).
L'école lamaïque L'école du tantra, particulièrement développée au Tibet et en Mongolie, est issue du Mahayana et reprend divers aspects de l' hindouisme, longtemps évincé par l'hétérodoxie bouddhique. Ses écrits sacrés (tantra) s'apparentent à des ouvrages de pratique rituelle, voire même de magie (récitation de syllabes sacrées, exercices de yoga disposant le corps et l'esprit à des pouvoirs surnaturels). La philosophie tantrique est axée sur l'examen du cosmos et de ses multiples facettes. Le dalaï-lama, dignitaire religieux du Tibet, est considéré par le tantra comme la réincarnation du Bouddha.
Les moines
Constituées après la disparition
du Bouddha et peu à peu enrichies de rites et de
cérémonials, les communautés monastiques ont acquis
une immense influence spirituelle et morale au sein des populations
extrême-orientales.
Les adeptes du bouddhisme qui
désirent entrer dans la vie monastique sont consacrés
par une double ordination. Le novice, âgé d'au
moins seize ans, s'engage à respecter dix interdits: ne
pas tuer, ni voler, ni forniquer, ni mentir, ni ingurgiter des
boissons fortes, ni manger aux heures interdites, ni danser et
chanter ou assister à des spectacles, ni s'embellir, ni
utiliser un lit ou un siège confortable, ni recevoir de
l'or ou de l'argent. Au terme d'une instruction plus
ou moins longue, le novice subit une seconde ordination,
après avoir passé un examen. Toutefois, il est libre de
partir à tout moment.
Les moines ordonnés, occupés
par les prières, les études, les rituels de confession
et les cérémonies religieuses, participent
également à l'instruction des enfants, aux
cérémonies (mariages, crémations), et parfois
à des activités plus terre à terre (irrigation,
agriculture). Ils vivent donc à proximité des
laïcs.
L'un des concepts clés du
bouddhisme est le don. Les laïcs offrent aux moines la
nourriture quotidienne et, lors des fêtes saisonnières,
des robes neuves. Ils portent des fleurs et de l'encens aux
images du Bouddha et des bodhisattvas du panthéon mahayaniste.
De leur côté, les moines font des offrandes sous forme de
sermons, de chants liturgiques, de prières pour les
défunts. En faisant des dons, l'individu obtient à
chaque fois des mérites et, grâce à un karma
favorable, peut espérer qu'il renaîtra dans une
existence meilleure, conduisant à l'Illumination.
Les grands textes du bouddhisme
Ce sont les moines qui, depuis environ 2'500 ans, conservent la doctrine, les textes sacrés et les récits transmis d'abord oralement par les fidèles, ainsi que les représentations artistiques de leur maître spirituel et des divinités.
Le Tripitaka («trois corbeilles» ou «trois trésors») fut rédigé en sanskrit, l'œuvre est divisée en trois parties: Vinaya (prescription de la vie monastique); Sutra (collection de prédications du Bouddha); Abhidharma (ensemble d'ouvrages métaphysiques et doctrinaux). Il s'agit de textes hinayanistes, dont la rédaction s'étend sur cinq siècles, à partir de 500 av. J.-C.
Le Saddharmapundarikasutra («Lotus de la bonne loi») fait partie du Tripitaka et constitue une conception mahayanique du sermon de Bouddha sur l'unicité des chemins du salut (vers 300 apr. J.-C.).
Ecrit par Nagarjuna, le Madhyamika est une œuvre doctrinale (IIIe siècle apr. J.-C.).
Le Milindapanha est un dialogue philosophique entre le souverain grec Milinda et le moine Nagasena (IIe siècle apr. J.-C.).
Les tantra sont des ouvrages d'ésotérisme (vers 350 apr. J.-C.).
Plusieurs contes et apologues évoquant les vies antérieures du Bouddha ont été regroupés dans le jataka (IVe siècle apr. J.-C.).
L'Avadana rassemble des apologues moraux (vers 200 apr. J.-C.).
Le Sutra est un recueil d'aphorismes (vers 400 apr. J.-C.).
Le bouddhisme aujourd'hui
Issu de la tradition brahmanique et de ses
principes essentiels, mais s'opposant au formalisme hindouiste,
le bouddhisme s'est imposé comme une religion de salut.
Sans se référer à un véritable Dieu, il
constitue une philosophie fondée sur une vision pessimiste de
l'existence. Mû par le désir de délivrer
l'humanité des luttes de pouvoir, de la haine, de la
persécution et du racisme, il reste proche des
préoccupations des laïcs. Il affirme avec force son
idéal de justice et de respect de l'homme,
n'hésitant pas à s'engager dans des conflits
politiques et sociaux: lors de la guerre du Viêt-nam, les
religieux soutenaient le mouvement pacifiste et les bouddhistes du
Tibet, qui reconnaissent toujours le dalaï-lama en exil,
continuent à protester contre l'annexion de leur pays par
la Chine.
Au cours de ce siècle, de nombreux
Etats asiatiques (Chine, Laos,
Cambodge,
Viêt-nam,
Corée du Nord, Mongolie) ont choisi la voie du socialisme
athée et entrepris l'éradication de toutes les
religions. La sécularisation forcée de
l'Extrême-Orient, ainsi que l'occidentalisation de
la région, semble, en effet, menacer le bouddhisme
millénaire. Toutefois, outre le Japon, la Corée du Sud,
Taiwan et la Birmanie, où le bouddhisme connaît une
grande vitalité, les Etats asiatiques qui avaient
adhéré au marxisme n'ont pu extirper
entièrement cette religion: dans certains pays de l'Asie
du Sud-Est, où le pouvoir s'efforce d'éviter
toute dissidence politique et religieuse, elle est souvent
traitée avec une neutralité bienveillante.
Si le bouddhisme a presque totalement
disparu en Inde après le XII
e
siècle, tout
l'Extrême-Orient reste profondément marqué par
son influence vieille de vingt siècles et toutes les cultures
et
civilisations
extrême-orientales continuent à s'inspirer de la
métaphysique et des valeurs morales de ce courant spirituel.
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