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Histoire de la médecine


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Sommaire

 Les médecines de l'Antiquité
 Spiritualité et médecine du Moyen Age
 La médecine de la Renaissance
 La révolution biologique du XVIIe siècle
 La médecine du XVIIIe siècle
 La médecine au XIXe siècle
 La médecine du XXe siècle

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Hippocrate fixa les règles de l'éthique et de la déontologie médicales, avec notamment la prestation du "Serment".


Etroitement lié à la culture et au développement des sociétés, l'«art de guérir» s'est confondu, pendant des millénaires, avec le merveilleux, les croyances dans le surnaturel, la magie, les religions et les pratiques rituelles. L'histoire de cette discipline est aussi celle des épidémies, des instruments, du diagnostic, de la santé publique, de la réflexion scientifique et des thérapeutiques.

La médecine moderne remonte au milieu du XIX e  siècle, période pendant laquelle les sciences fondamentales ont considérablement fait progresser la connaissance médicale grâce, notamment, au perfectionnement des moyens d'investigation du corps humain.


Les médecines de l'Antiquité
On distingue trois époques, dont certaines se chevauchent: celle des médecines dites «primitives», celle de l'ère hippocratique et celle de l'ère galénique.  

Les médecines primitives  
La médecine chinoise
Le premier grand traité médical chinois, le Neijing, est attribué au souverain mythique Huangdi, surnommé l'Empereur jaune et né vers 2700 av. J.-C. Pourtant, selon certaines indications qu'il porte lui-même, cet ouvrage, aussi appelé Huangdi suwen, aurait été compilé entre le V
e et le III e  siècle av. J.-C. Les wou (sorciers) et les yi (médecins) recourent à l'acupuncture, aux plantes et aux moxas (moyens de réchauffer l'intérieur du corps en certains points d'acupuncture). Au cours des siècles, cette médecine s'est enrichie pour nous parvenir dans son intégralité au XX e  siècle.  

La médecine indienne
Contemporaine de la médecine chinoise, elle est dominée par deux médecins, Charaka (I
er  siècle apr. J.-C.) et Suçruta (IV e  siècle apr. J.-C.), qui rédigent chacun un traité - les plus anciens recueils (samshita) conservés - de médecine traditionnelle, fondée sur l'analogie entre le macrocosme (l'Univers) et le microcosme (l'homme).  

La médecine mésopotamienne
Inspirée par la magie et empreinte d'empirisme, cette médecine est mentionnée dans le code d'Hammourabi (XVIII
e  siècle av. J.-C.), qui en règle la pratique, les barèmes d'invalidité et les honoraires. De nombreuses tablettes d'argile retrouvées à Ninive, à Babylone ou à Assour permettent de mieux comprendre la pratique médicale des médecins akkadiens; ceux-ci avaient le plus souvent recours à l'hépatoscopie (lecture des oracles dans le foie d'animaux sacrifiés) pour désigner le dieu, ou le mauvais esprit, responsable des diverses maladies. La thérapeutique associe offrandes, sacrifices, incantations, mais aussi «médecine naturelle» comprenant l'art des pansements, la réduction de fractures, des prescriptions pharmacologiques et la confection de remèdes à partir de plantes et d'ingrédients divers.  

La médecine égyptienne
Elle s'étend sur près de 3000 ans. L'étude des papyrus médicaux et l'examen scientifique des momies ont permis de bien connaître la pratique médicale dans l'Egypte ancienne, mais aussi de déterminer la nature des maladies qui pouvaient affecter les Egyptiens (bilharziose, pathologies cardio-vasculaires, maladies rhumatologiques et endocriniennes). Malgré l'omniprésence des divinités, comme Imhotep, le dieu guérisseur, les Egyptiens parviennent à rationaliser la médecine en classant les maladies par «spécialités»: ainsi, le papyrus de Kahoun (2000 av. J.-C.) concerne la gynécologie et l'art vétérinaire; le papyrus Ebers (XVII
e dynastie) contient plusieurs centaines d'entités pathologiques et de prescriptions; le papyrus Edwin-Smith (XVIII e dynastie), ancêtre des traités de traumatologie, comporte des notions d'anatomie et de chirurgie; le papyrus Chester-Beatty N o 6 (époque ramesside) est consacré à la proctologie.  Malgré la pratique de l'embaumement et de l'éviscération, les Egyptiens ont une connaissance rudimentaire de l'anatomie et désignent d'un même terme tous les conduits creux. En revanche, ils excellent en ophtalmologie: ils opèrent des cataractes. Et ils savent soigner de nombreuses ophtalmies liées aux tempêtes de sable et aux parasitoses.  

L'ère hippocratique
À partir du V
e  siècle av. J.-C., les Grecs élaborent différents systèmes philosophiques pour expliquer la survenue des maladies. Jusqu'au XIX e  siècle, les systèmes helléniques influenceront la pensée et la pratique médicale en Occident.  

Hippocrate de Cos
En Grèce, l'exercice de la médecine est régi par des familles de médecins, les Asclépiades, qui se veulent de lointaines descendances d'Asclépios, fils d'Apollon et dieu de la Médecine dont la légende situe la naissance en Thessalie, où il fut élevé par le centaure Chiron.  

L'école de Cos
Les écoles médicales les plus célèbres se trouvent à Rhodes, Cnide, Crotone, Agrigente (Sicile) et, surtout, à Cos. Hippocrate le Grand, le plus connu d'une lignée de médecins ayant exercé dans l'île de Cos, fonde une école médicale dont les élèves rédigent le Corpus Hippocraticum, immense œuvre médicale comprenant près de 72 livres écrits en langue ionienne.  

Pour la première fois en médecine, les interprétations magico-religieuses font place à une théorie philosophique de la maladie. Pourtant, si les médecins de l'école de Cos appréhendent bien la symptomatologie, ils n'innovent guère dans l'identification des entités cliniques: la fièvre, par exemple, continue d'être considérée comme une maladie à part entière et non comme un symptôme.   De plus, la théorie des humeurs privilégie la recherche du pronostic et de la conduite thérapeutique au détriment du diagnostic et de la connaissance anatomique - à cette époque, nerfs et tendons sont confondus. Hippocrate attribue la survenue de maladies à une altération des humeurs compromettant l'équilibre du corps humain. Il admet que l'organisme lutte contre la maladie et insiste donc sur la nécessité de bien observer le patient, voire de procéder à un examen clinique, tout au long des différents stades évolutifs de son affection pathologique. Enfin, l'œuvre d'Hippocrate fixe les règles de l'éthique et de la déontologie médicales, avec notamment la prestation du Serment.  

L'école médicale de Cnide 
A la même époque, l'école de Cnide, rivale de celle de Cos et dont le chef de file est Chrysippe (IVe siècle av. J.-C.), rédige les Sentences cnidiennes - dont un extrait seulement a été conservé par Galien -, qui classent les maladies selon les organes affectés. A Cnide, le souci de pragmatisme l'emporte souvent sur les théories médico-philosophiques de l'école de Cos.  

L'école médicale d'Alexandrie
A partir du IV e siècle av. J.-C., Alexandrie devient la capitale intellectuelle de la Grèce. Ptolémée Ier Sôtêr réalise la synthèse entre les connaissances médicales grecques et orientales, il autorise les dissections et fait édifier la grande bibliothèque. Erasistrate de Céos et Hérophile de Chalcédoine, de l'école de médecine d'Alexandrie, distinguent les artères des veines, découvrent les nerfs sensitifs et moteurs, décrivent les circonvolutions cérébrales et les valvules cardiaques, rattachent les diverses fonctions intellectuelles au cerveau et mettent en évidence le système lymphatique. Leurs découvertes anatomiques et physiologiques n'influenceront pas la pratique médicale, qui est entièrement soumise aux théories d'Aristote, maître de l'anatomie comparée et dont la pensée dominera la médecine jusqu'au XVII e siècle. Pour Aristote, le cœur, organe central de la circulation, est le foyer de la chaleur animale, le siège de l'âme et de la pensée, les poumons et le cerveau servant uniquement à le rafraîchir.

Les écoles médicales de Rome
En conquérant la Grèce, les Romains adopteront la médecine grecque dans son intégralité. À partir du Ier siècle av. J.-C., les médecins de l'école d'Alexandrie se rendent à Rome, où ils se regroupent en d'autres écoles, sortes de «sectes» rivales possédant chacune sa doctrine spécifique.   Les atomistes, conduits par Asclépiade de Bithynie (124-40), s'opposent à la doctrine humorale d'Hippocrate et considèrent le corps humain comme un ensemble d'«atomes» s'échangeant à travers des «pores»; la mauvaise disposition de ces atomes déterminerait la fièvre, l'inflammation ou les douleurs.  

L'école des méthodistes, esquissée par Thémison de Laodicée, prend son essor, au Ier siècle apr. J.-C., avec Soranos d'Ephèse, disciple d'Asclépiade, qui approfondit et schématise la doctrine des atomes. D'autres écoles sont fondées à Rome: les empiristes - par opposition aux dogmatistes - cherchent à déterminer les symptômes sans se préoccuper des causes; les pneumatistes, école dogmatiste fondée par Athénée d'Attalia, assimilent toute maladie à une altération du pneuma, principe vital unique; les éclectistes se démarquent des précédents vers 90 sur l'instigation d'Agathon de Sparte.   Aux I er et II e siècles de notre ère, certains érudits se sont distingués par la qualité de leurs écrits médicaux: Dioscoride en pharmacologie, Arétée de Cappadoce - qui n'a appartenu à aucune école - en pneumologie et en physiopathologie, Rufus d'Ephèse en psychiatrie et en anatomie, Soranos d'Ephèse en gynécologie-obstétrique et en pédiatrie.  

Enfin, Celse tente, dans un véritable traité méthodique, De re medica, la première classification rationnelle des maladies en inventant la notion de syndrome (regroupement de symptômes pour définir une maladie) et en différenciant les maladies générales des maladies localisées à un organe. Celse, comme Galien, rejette les doctrines et les dogmes, il fait confiance à l'expérience.  

L'ère galénique
Claude Galien est, après Hippocrate, le deuxième grand médecin de l'Antiquité. L'influence de son œuvre s'étend sur quinze siècles et couvre tout le Moyen Age. Sur les 500 ouvrages qu'il a rédigés, seuls 83 nous sont parvenus, notamment ceux qui concernent l'anatomie, la pathologie et la physiologie. D'origine grecque, il exerce à Rome et s'attache à fonder un nouveau système associant la théorie des humeurs d'Hippocrate, les données objectives de l'anatomie et celles de la physiologie.  

Chirurgien des gladiateurs, il pratique par ailleurs des dissections sur les animaux et transpose ses observations anatomiques à l'homme. Malgré quelques découvertes physiologiques importantes (rôles du diaphragme, du cerveau et de la moelle), ses observations anatomiques comportent de nombreuses erreurs quant au nombre de vertèbres, à la formation du sang dans le foie, à la circulation d'air dans les artères ou à la communication cardiaque interventriculaire.  

Pour Galien, le sang est animé d'un va-et-vient dans les veines et s'unit au pneuma dans le cœur. Le système galénique se veut rationnel et tente de définir pour chaque maladie la cause, l'organe lésé et la nature de l'affection (l'humeur responsable). Galien est aussi un grand thérapeute, qui a laissé la pharmacopée dite «galénique».  


Spiritualité et médecine du Moyen Age
Après l'effondrement de l'Empire romain d'Occident, l'enseignement de la médecine n'est plus dispensé, les écrits des auteurs antiques sont perdus ou dispersés, et la pratique devient le domaine réservé des moines. L'Eglise s'approprie entièrement la pratique médicale, interdit les dissections sous peine d'excommunication, attribue le nom d'un saint à la plupart des maladies, instaure l'application des reliques comme thérapeutique et refuse que le corps humain soit exploré, craignant de troubler l'ordre divin.  

Aux Ve et VIe  siècles, Constantinople a remplacé Alexandrie, et quelques rares médecins émergent par leurs écrits: Oribase rédige une Collection médicale en 70 volumes, sorte de compilation du savoir médical de l'époque; Alexandre de Tralles compose un traité de pathologie interne en 12 livres; Paul d'Egine résume sa pratique chirurgicale et obstétricale dans un abrégé de médecine en 7 volumes. Ces trois auteurs sont étudiés jusqu'au XVIII e  siècle par les étudiants de la faculté de médecine de Paris.

Plusieurs événements expliquent le renouveau progressif de la médecine à la fin du Moyen Age: la fondation des universités médiévales; la traduction de l'arabe au latin, par les médecins juifs et les chrétiens de Syrie, des traités « perdus » des auteurs de l'Antiquité; l'implantation d'établissements hospitaliers pour accueillir lépreux, pestiférés et malades mentaux; enfin, l'émergence des médecins arabes, dont les œuvres originales constituent la seule innovation médicale au Moyen Age.

Les écoles arabes
Dès le IX
e  siècle, les brillantes écoles arabes d'Andalousie, de Perse, du Caire et de Bagdad traduisent les commentaires médicaux hippocratico-galéniques. Les auteurs arabes apportent de nombreuses observations complémentaires en chirurgie, ophtalmologie, pharmacopée et physiologie. A Bagdad, le chirurgien Rhazès, clinicien exceptionnel, est le premier à décrire certaines maladies éruptives, comme la variole et la rougeole. Avicenne, surnommé le «Prince des médecins», est l'auteur de 150 ouvrages, dont le célèbre Canon de la médecine , poème de 1300 vers traduit de l'arabe au latin par Gérard de Crémone et considéré jusqu'au XVII e  siècle comme l'ouvrage médical de référence. A Cordoue, Abulcasis rédige l'un des plus remarquables traités de chirurgie du Moyen Age, et le médecin juif Moïse Maimonide, exilé au Caire, est célèbre pour son Traité de l'asthme. A Séville, Avenzoar s'intéresse à la thérapeutique et aux affections cérébrales, tandis que son élève Averroès signale que la variole ne récidive jamais.  

Les universités médiévales
La fondation d'universités dans tout l'Occident chrétien allait stimuler les échanges avec le monde musulman et créer les conditions d'un renouveau général du savoir. Au X
e  siècle, la ville de Salerne a déjà son école de médecine. La notoriété de cette première université médicale attire de nombreux praticiens juifs, venus du monde musulman, et des maîtres lombards, qui rédigent collectivement le Régime salernitain.  

L'enseignement reste fidèle à la tradition gréco-latine, et des médecins voyageurs comme Constantin l'Africain traduisent de l'arabe au latin des textes de Galien, d'Hippocrate et des auteurs arabes, avec parfois, il est vrai, des pertes sémantiques considérables ou des contresens importants.  On doit à une sage-femme, Trotula (XIe  siècle), une œuvre d'obstétrique, Des maladies des femmes avant, pendant et après les couches. A partir du XIe  siècle, les maîtres salernitains fondent des universités à Bologne (seconde moitié du XIIe  siècle), à Montpellier (l'enseignement y débute en 1137, mais les statuts sont établis en 1220) et dans toute l'Europe: à Padoue, Paris, Salamanque, Oxford, Cambridge ou Valladolid.  

Tous les grands médecins du XIIe et du XIIIe  siècle ont étudié à Salerne et sont formés dans la tradition galénique: Gilles de Corbeil, auteur d'un traité sur les urines, Arnaud de Villeneuve, le chirurgien Henry de Mondeville et Guy de Chauliac figurent parmi les auteurs chrétiens les plus célèbres de cette époque. Pendant tout le Moyen Age, le savoir médical ne progresse pas, car Hippocrate, Galien, Aristote et Avicenne demeurent les références absolues d'une médecine qui vit dans la hantise de l'hérésie et des persécutions religieuses.  


La médecine de la Renaissance
Deux grands événements allaient marquer la Renaissance: l'invention de l'imprimerie et la découverte du Nouveau Monde (1492). L'«esprit renaissant», c'est avant tout la liberté de penser, l'indépendance d'esprit, le jugement individuel, le réveil de la culture et le rejet des systèmes hérités du Moyen Age.  
 En inventant les caractères mobiles métalliques, en 1455, Gutenberg donne au livre - et au savoir - un caractère universel. Le temps des manuscrits réservés aux seuls clercs ou aux bibliothèques universitaires est révolu: la connaissance médicale peut désormais sortir du cercle restreint des initiés. Le premier livre médical imprimé, à Mayence, en 1457, est un calendrier des purgations. Dès la fin du XV
e  siècle, les traités médicaux de Celse, Rhazès, Avicenne, Avenzoar sont imprimés et largement diffusés dans toute l'Europe. Il en est de même pour les grandes œuvres anatomophysiologiques des auteurs de la Renaissance.  

La découverte de l'Amérique
La découverte de l'Amérique apporte son lot d'épidémies nouvelles provoquées par des échanges microbiens mortels entre deux niches écologiques, celles des populations de l'Ancien et du Nouveau Monde, séparées depuis des millénaires. Lors de l'extraordinaire extension de la syphilis, Jérôme Fracastor annonce, vers 1546, la théorie des micro-organismes et de la contagion. L'«esprit renaissant» inscrit l'exploration du monde et celui du corps dans le même mouvement (découverte de l'organisation anatomique). Les médecins se mettent à considérer la santé comme un bien précieux, se démarquant ainsi des principes de l'Eglise, qui réduisait le corps à une enveloppe de l'âme. Paracelse marque la transition entre Moyen Age et Renaissance. Son œuvre médicale n'est pas d'une importance considérable, mais ses prises de position spectaculaires feront des émules: il refuse de rédiger ses ouvrages en latin et s'exprime en allemand; et surtout, fort de sa nomination comme médecin-chef de la ville de Bâle, il y brûle publiquement, en 1527, à la Saint-Jean, les œuvres d'Hippocrate, de Galien, d'Aristote et d'Avicenne pour marquer son mépris de la scolastique des Anciens.  

Anatomie et chirurgie au XVIe siècle
La première dissection publique est autorisée à Paris vers 1478, et l'«amphithéâtre anatomique» de la faculté de médecine de Padoue (créée en 1228) est inauguré en 1490. Léonard de Vinci dissèque une trentaine de cadavres et réalise de remarquables dessins, qui ne seront publiés qu'au XVIIe siècle. Si l'anatomie médiévale représentait l'homme en deux dimensions, sous la forme d'une «grenouille éclatée», désormais l'anatomie humaine est dynamique: on comprend le rôle des articulations, des insertions musculaires, des tendons; les coupes anatomiques effectuées permettent d'apprécier le relief, les volumes, les rapports anatomiques des organes entre eux.  

André Vésale crée une nomenclature des os, des muscles et des vaisseaux dans son célèbre ouvrage De humani corporis fabrica libri septem, paru à Bâle en 1543. À la suite de ceux de Vésale, de nombreux travaux bouleversent la connaissance anatomique: Charles Estienne décrit les veines et le système nerveux; Michel Servet, brûlé vif à Genève pour ses écrits théologiques, devine la circulation pulmonaire et nie la communication entre les deux ventricules du cœur; Gabriel Fallope décrit la corde du tympan, l'intestin grêle, les nerfs de l'œil et les vaisseaux cérébraux; Bartolomeo Eustachi, qui a donné son nom à la trompe de l'oreille, étudie les reins, la circulation lymphatique, les dents et les surrénales; enfin, André Césalpin pressent la circulation sanguine sans pouvoir toutefois en faire la démonstration.  

La chirurgie bénéficie des progrès de l'anatomie et, indirectement, du développement des armes à feu, qui occasionnent des plaies très délabrantes. Ambroise Paré, chirurgien de quatre rois de France, abandonne la cautérisation des plaies au fer rouge et préconise la ligature artérielle. En Allemagne, Fabrice de Hilden transforme la technique des amputations et le traitement des brûlures. La cure de hernie, l'extraction des calculs de la vessie et l'abaissement de la cataracte sont améliorés par Pierre Franco.

La révolution biologique du XVIIe siècle
Alors que les anatomistes achèvent de décrire le corps humain, la biologie va bénéficier d'une innovation majeure, le microscope, et de deux grandes découvertes: la circulation sanguine et les processus de la fécondation. Sanctorius (Santorio Santorio, 1561-1636) est l'un des premiers à vouloir appliquer à la médecine les connaissances de la physique: il se sert du thermomètre, de la balance et du pulsomètre, instruments qui ne seront pas utilisés, en pratique médicale courante, avant la fin du XIX e  siècle!  

Beaucoup de médecins, en accord avec la théorie mécanique de Descartes, comparent le corps humain à une machine; ces iatrophysiciens, ou iatromécanistes, s'opposent aux iatrochimistes, qui croient à l'omniprésence des réactions chimiques et des «ferments» dans le corps humain.  

Le monde de l'infiniment petit
Les premiers microscopes sont fabriqués à la fin du XVI
e  siècle par les Jansen, famille d'opticiens hollandais. En 1609, Galilée améliore la technique et met au point la lunette astronomique; mais c'est un demi-siècle plus tard que les premières grandes découvertes microscopiques sont rapportées. Robert Hooke mentionne pour la première fois la notion de «cellule» vers 1665, dans Micrographia. Antonie Van Leeuwenhoek, qui a construit plus de 250 microscopes, fait paraître ses œuvres complètes, Découvertes, de 1693 à 1718; il décrit notamment les globules rouges, les protozoaires (dits alors «infusoires»), les striations des fibres musculaires et les bactéries. Au XVIII e  siècle, le microscope permettra d'approfondir les investigations anatomiques et d'expliquer de nombreux mécanismes physiologiques, dont celui de la reproduction.  

Cette question touchant aux mystères de la vie n'avait pratiquement jamais été abordée au cours des siècles précédents, et on croyait volontiers, à l'exception de Francesco Redi, à la «génération spontanée», c'est-à-dire à la présence de «petits hommes» déjà formés dans le sperme. Reinier De Graaf, également connu pour ses travaux sur le suc pancréatique, donne la première description du follicule ovarien en 1672. Cinq ans plus tard, Louis de Hamm contribue à la découverte des spermatozoïdes. William Harvey propose la théorie de la formation de l'«œuf» dans son ouvrage Exercices sur la génération animale, paru à Londres en 1651, et quelques années plus tard le rôle du placenta est précisé.  

Controverses autour de la circulation sanguine
Harvey, médecin de Jacques I
er et de Charles I er d'Angleterre, découvre avant 1616 le principe de la circulation en réalisant des expériences sur des daims. Il publie en 1628, à Francfort, son ouvrage Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus («Exercice anatomique sur le mouvement du cœur et du sang chez les animaux»), dans lequel il démontre et décrit la circulation, les contractions cardiaques et l'hémodynamique artério-veineuse. Ce principe révolutionnaire déclenchera une polémique à travers toute l'Europe, et en particulier à la faculté de médecine de Paris. Deux «anticirculateurs» célèbres, Jean Riolan et Gui Patin, cibles préférées de Molière (le Malade imaginaire), conduisent le combat contre les théories de Harvey et persistent à croire que les artères contiennent de l'air et non du sang.  

Favorable à la thèse circulatoire, Louis XIV fait ouvrir en 1672 un cours d'anatomie au Jardin du Roy et charge Pierre Dionis d'y enseigner la circulation, mettant un terme au combat d'arrière-garde mené par la Faculté de Paris et le parlement. La circulation sera d'autant mieux comprise que Marcello Malpighi découvre les capillaires pulmonaires en 1661. Intégrant les connaissances nouvelles sur la circulation sanguine et le rôle du cœur, Richard Lower publie, en 1669, le premier grand traité de cardiologie (Tractatus de corde, item de motu et colore sanguinis). La découverte de la circulation sanguine par Harvey ébranle tout le système humoral hippocratique, qui domine encore la médecine, surtout lorsque Jean Pecquet démontre que la lymphe est aussi animée d'un mouvement circulatoire.  

Le début des grandes classifications médicales
À la fin du XVII
e  siècle, les premières nosologies font leur apparition, et le phénomène s'amplifiera au siècle suivant. Thomas Sydenham, surnommé l'«Hippocrate anglais», recherche pour chaque maladie les symptômes précis qui en permettent l'identification. Fidèle à la médecine hippocratique, il veut surtout réaliser une description clinique de chaque affection et signaler les différentes variations symptomatologiques rencontrées dans chaque cas. Il individualise la goutte, l'érysipèle, la dysenterie, la scarlatine, la rougeole et les formes cliniques de la variole. Cette œuvre clinique, brillante, reste cependant très pauvre sur le plan thérapeutique, et la saignée fait figure de remède universel.  

Pourtant, certains produits nouveaux sont très en vogue, comme l'ipéca (vomitif), le thé et le café (deux nouveaux psychotoniques) et surtout le quinquina (fébrifuge rapporté du Pérou); de même paraît à Paris, en 1638, un registre des médicaments, le Codex medicamentarius seu pharmacopea Parisiensis - il en existe un autre à Lyon. C'est au XVII e  siècle que sont pratiquées les premières trachéotomies, dans le cas de la diphtérie, ainsi que les injections intraveineuses et les transfusions de l'animal à l'homme. Les épidémies aussi changent de nature: la syphilis perd de sa virulence, les dernières grandes léproseries ferment leurs portes, et l'on assiste à quelques résurgences de la peste, comme à Londres (1665). Le développement du transport maritime entraîne la diffusion du paludisme et de la fièvre jaune alors que certaines maladies de carence, comme le rachitisme, le béribéri ou le scorbut, sont l'objet de descriptions cliniques précises.  

La médecine du XVIIIe siècle
La médecine du siècle des Lumières, tout en s'acheminant vers la «modernité», reste entachée d'archaïsmes. La physiologie et l'anatomie pathologique connaissent de véritables avancées grâce au développement de l'expérimentation et aux progrès des sciences fondamentales. En revanche, la clinique reste engluée dans les systèmes et, surtout, dans des nosologies abstraites construites d'après les dogmes de l'Antiquité. Voltaire, comme l'avait fait Molière au siècle précédent, raille ces médecins qui citent Hippocrate et Galien pour masquer leur impuissance, et qui se querellent pour savoir s'il faut saigner du côté malade ou du côté sain. C'est pourtant à la fin de ce XVIII e  siècle, caractérisé par un foisonnement intellectuel, que se produit l'un des événements les plus importants de l'histoire de la médecine: la mise au point de la vaccination.  

La tentation des systèmes et des nosologies
À défaut de pouvoir désigner les causes exactes des maladies, les médecins cherchent à déterminer les modifications subies par l'organisme malade. Coexistent alors la théorie humorale et les nouvelles conceptions du XVIIe siècle liées à la découverte du principe de la circulation (congestion, stase, pléthore). Les iatrophysiciens et les iatrochimistes poursuivent leurs démonstrations sur le rôle respectif des lois physiques et chimiques gouvernant les mécanismes biologiques humains.  

Le vitalisme et l'animisme
Deux nouvelles théories font leur apparition: le vitalisme et l'animisme. La première doctrine prend naissance à Montpellier avec Théophile de Bordeu et Paul Joseph Barthez, qui considèrent que le corps humain est animé par un « élan vital » impossible à matérialiser mais dont l'altération provoque la maladie. Les animistes comme Georg Ernst Stahl pensent que, à l'intérieur du corps, les échanges sont réglés par une « âme sensible » qui s'oppose à la mort. De ces théories confuses allaient naître de nombreux systèmes de classification des maladies en espèces, classes, sous-espèces - catégories déjà utilisées en botanique, en zoologie ou en chimie. Les nosologies de François Boissier de Sauvages, de William Cullen et de Philippe Pinel sont parmi les plus célèbres.  

Le goût de l'expérimentation
L'anatomie pathologique et la physiologie connaissent un véritable essor grâce au développement des «cabinets d'expériences» et, plus tard, des laboratoires. Après avoir multiplié les dissections et les descriptions de tissus lésés, Jean-Baptiste Morgagni publie son œuvre monumentale, portant sur 600 autopsies, De sedibus et causis morborum per anatomen indagatis («Du siège et des causes des maladies étudiées à l'aide de l'anatomie»), en 1761. Pour chaque autopsie, Morgagni tente d'établir une corrélation entre la symptomatologie clinique et l'anatomopathologie.  

La physiologie est dominée par les travaux d'Albrecht von Haller sur la contraction musculaire et la sensibilité nerveuse. Réaumur détermine la composition chimique du suc gastrique et en explique le mode d'action; Jean Astruc s'intéresse aux réflexes et aux sucs digestifs; Lazzaro Spallanzani, expérimentateur ingénieux, réalise d'importants travaux sur la reproduction, l'hémodynamique et la digestion; Stephen Hales réalise la première mesure des pressions sanguines artérielle et veineuse chez la jument; Luigi Galvani et Alessandro Volta étudient la physiologie neuromusculaire, et Lavoisier explique le mécanisme de la respiration.  

Ces découvertes physiologiques ne modifieront en rien la pratique médicale, qui s'effectue toujours sans aucun examen clinique du patient. Contrairement aux médecins, les chirurgiens savent palper et pratiquent les différents touchers (rectal, vaginal ou buccal), ce qui explique les grands progrès de l'acte chirurgical au XVIII e  siècle - et ce malgré l'absence de toute anesthésie.  

L'hygiène publique
Les épidémies (diphtérie, coqueluche, maladies éruptives, oreillons, peste, variole) continuent de décimer la population européenne. Le souci de l'hygiène publique et de la préservation de la santé publique anime les gouvernements; des enquêtes et des études statistiques sont effectuées. La prévention devient une priorité, comme le prouvent la publication en 1762 de l'ouvrage de S.A. Tissot Avis au peuple sur sa santé, ou Traité des maladies les plus fréquentes, destiné au grand public, mais aussi l'accumulation de rapports sur l'organisation des hôpitaux, l'aménagement des égouts, la réglementation des usines chimiques ou des abattoirs, le déplacement des cimetières hors des villes.

La vaccination
La découverte la plus importante est probablement celle de la vaccination antivariolique par Edward Jenner: il constate que les fermières ne contractent jamais la variole et que leurs mains sont en contact avec le pis des vaches lors de la traite; or ces animaux sont affectés par une maladie, le cow-pox (ou vaccine), qui semble être à l'origine de l'immunisation contre la variole. Après de nombreuses expérimentations, Jenner prouve que le pus de la vaccine introduit par scarification dans l'organisme humain le protège effectivement de la variole. Ce procédé nouveau divise encore les médecins, mais la vaccination finira par s'imposer au début du XIX
e  siècle, et des campagnes massives de vaccination seront organisées dans toute l'Europe.

La médecine au XIXe siècle
Tandis que la médecine se détache définitivement de la philosophie pour entrer dans l'ère moderne, la somme des connaissances et des découvertes médicales acquises entre 1800 et 1895 dépasse celle qui a été accumulée pendant les millénaires antérieurs. La clinique, la chirurgie et la physiologie progressent à pas de géant, laissant toujours à la traîne la thérapeutique, qui devra attendre le XX e  siècle pour devenir crédible. Pourtant, en moins d'un siècle, l'examen clinique, l'anesthésie, l'antisepsie, la bactériologie et, enfin, la radiologie bouleversent le pronostic médical et permettent d'allonger l'espérance de vie.  

La méthode anatomoclinique
Avec la Révolution française et l'Empire de Napoléon, la médecine va connaître un véritable essor sous l'impulsion des cliniciens français. L'enseignement médical est entièrement rénové et unifié sur tout le territoire de la République; les matières théoriques abstraites, de règle sous l'Ancien Régime, sont supprimées au profit d'une formation pratique obligatoire; le latin cède la place au français. L'hôpital, peu fréquenté jusqu'alors par les médecins, devient le garant d'une médecine de haut niveau: les établissements sont laïcisés, et des concours hospitaliers (comme l'internat, en 1802) organisés.  

Les médecins cherchent à examiner objectivement leurs patients, et surtout à comparer systématiquement les données de la clinique avec celles de l'anatomie pathologique. La médecine des systèmes est morte, seule compte la méthode anatomoclinique définie par Xavier Bichat dans ses deux célèbres ouvrages le Traité des membranes et les Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Bichat définit chaque membrane (tissu humain) selon sa structure anatomofonctionnelle et son rôle physiologique. Désormais, l'enseignement de l'anatomie se fera au niveau des tissus et non plus seulement des organes.  

L'auscultation naissante
La pratique médicale est révolutionnée par la découverte de deux nouveaux moyens d'investigation clinique: la percussion et l'auscultation. Jean Nicolas Corvisart traduit en 1808 un ouvrage de Johann Leopold Auenbrugger sur la percussion, dont la publication en 1761, à Vienne, était demeurée totalement inaperçue. Ainsi, les «cavernes» ou les «collections liquidiennes thoraciques» peuvent être diagnostiquées grâce à la percussion, technique simple applicable au chevet du malade. En 1807, Laennec découvre l'auscultation et met au point son célèbre cylindre en bois, qui deviendra le stéthoscope. Douze ans plus tard, il publie son Traité de l'auscultation médiate, dans lequel il fixe les règles de l'auscultation pulmonaire et cardiaque. Joseph Récamier bouleverse la pratique gynécologique grâce à son spéculum vaginal (1812).

Enfin, Pierre Charles Louis invente la «méthode numérique», qui consiste à suivre l'évolution des maladies - il s'intéresse notamment à la tuberculose et à la fièvre typhoïde - en notant régulièrement toutes les variations chiffrées accessibles à la clinique. De cette méthode allaient découler des études statistiques sur les maladies permettant de déterminer avec précision le pronostic, l'évolution clinique et l'efficacité thérapeutique.  

Ces apports considérables entraînent une redéfinition complète d'un grand nombre de maladies éparpillées dans les nosologies complexes du XVIII e siècle. Gaspard Laurent Bayle décrit la tuberculose; Jean Baptiste Bouillaud étudie le rhumatisme articulaire aigu; Orfila fonde la toxicologie et la médecine légale, et Bretonneau s'intéresse à deux grands fléaux du XIX e siècle: la fièvre typhoïde et la diphtérie.  

Enfin, Jean Cruveilhier publie de 1830 à 1848 son Traité d'anatomie pathologique générale, qui contient de multiples lithographies et décrit l'ulcère simple de l'estomac. L'école française fait des émules à travers toute l'Europe, et bientôt d'autres écoles enseignant la méthode anatomoclinique s'ouvrent en Autriche, en Angleterre et en Allemagne.  

De Magendie à Claude Bernard
Selon François Magendie, la méthode anatomoclinique est insuffisante pour rendre compte de l'évolution du processus pathologique. En d'autres termes, l'autopsie ne peut, à elle seule, remplacer les études physiologiques in vivo. Pendant un demi-siècle, il multiplie les expériences animales, et fonde sa méthode sur les lois de la physique et de la chimie. Sa grande œuvre, le Précis élémentaire de physiologie, sera rééditée de nombreuses fois. Magendie fonde la pharmacologie expérimentale, réalise le premier cathétérisme cardiaque et étudie la physiologie du système nerveux (formation de l'image rétinienne et rôle sensitif des racines postérieures de la moelle).  

Claude Bernard, élève de Magendie, lui succède au Collège de France. En publiant son Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, en 1865, il fixe les règles de la recherche en biologie et les techniques opératoires de l'expérimentation animale. Travailleur acharné, Claude Bernard étudie la fonction glycogénique du foie, le pancréas, les nerfs vasomoteurs, les glandes à sécrétion interne (endocrines) et à sécrétion externe (exocrines). Surtout, il affecte à chaque tissu une fonction et prouve que les variations du milieu intérieur peuvent avoir des répercussions à distance sur un organe. La méthodologie de Claude Bernard allait inspirer de nombreux chercheurs en France et en Europe, qui adopteront la même rigueur scientifique.  

La définition de nouveaux domaines médicaux
Gregor Mendel énonce les lois de la génétique; Etienne Jules Marey, physiologiste de génie, s'intéresse aux mouvements musculaires, à l'hémodynamique, et réalise avec Auguste Chauveau les premiers tracés électriques du cœur; Emil Du Bois-Reymond fonde l'électrophysiologie; Carl Ludwig travaille sur la physiologie de la mécanique cardiaque. Rudolf Virchow étudie l'anatomie pathologique sous l'angle cellulaire et publie en 1858 son ouvrage Pathologie cellulaire, théorie fondamentale en histologie physiologique et pathologique, qui permet une approche microscopique de la maladie. En prolongeant les travaux de Bichat, Virchow prouve que la cellule confère sa spécificité au tissu, et identifie certaines leucémies et quelques variétés de tumeurs. L'amélioration technique des microscopes, la découverte de nouveaux colorants cellulaires par une industrie chimique naissante et la pratique des biopsies par Ernest Besnier permettent au diagnostic médical de s'appuyer sur une preuve histopathologique.  
 Ces découvertes fondamentales en physiologie et en histologie entraînent une avalanche de descriptions cliniques et l'individualisation de très nombreuses maladies. Certains médecins ont acquis leur notoriété dans une discipline particulière, et leur service hospitalier s'est spécialisé. La cardiologie, la neurologie, la dermato-vénéréologie, la pédiatrie, la psychiatrie sont les premières spécialités médicales à émerger du tronc commun.  

L'anesthésie et l'antisepsie
En 1830, un chirurgien opérait en tenue de ville, sans gants; il pouvait passer d'une séance de dissection à une intervention sans même se laver les mains, portait rarement une blouse, ne désinfectait pas les plaies ni la peau du patient et, enfin, opérait à vif, sans anesthésie! La mortalité per- et postopératoire était énorme, sans évoquer les souffrances du patient. D'ailleurs, les bons chirurgiens, comme Jean Dominique Larrey ou Guillaume Dupuytren, tiraient leur réputation de la vitesse à laquelle ils pouvaient désarticuler une épaule ou extraire une masse tumorale. Pourtant, l'idée de supprimer la souffrance pendant une opération chirurgicale est très ancienne (comme en témoignent l'usage de la pierre de Memphis par les Egyptiens ou celui des éponges somnifères au Moyen Age), mais l'anesthésie n'est mise au point qu'en 1846, aux Etats-Unis; un an plus tard, la technique gagne l'Europe, ce qui donne lieu à des débats tumultueux. Cependant, de nombreux modèles de masques sont inventés, et le chloroforme est expérimenté avec succès. L'anesthésie intraveineuse ne sera possible qu'après la mise au point, par Gabriel Pravaz, de la seringue à piston.  

Les règles de l'antisepsie sont édictées par Joseph Lister, qui invente un appareil à pulvériser de l'acide phrénique dans le champ opératoire. Il recommande de laisser tremper les instruments dans le phénol, de panser les plaies avec des compresses phénolées, d'utiliser un fil à suture résorbable et de veiller à la propreté méticuleuse des mains et des blouses. Les travaux de Louis Pasteur sur le rôle pathogène des microbes le conforteront dans ses recherches. Les obstétriciens seront les premiers à appliquer ces nouvelles directives antiseptiques et constateront une très nette diminution de la mortalité après les accouchements. Parallèlement, l'industrie médicochirurgicale se développe et de nouveaux instruments sont fabriqués, comme la pince hémostatique de Jules Péan ou celle de Theodor Kocher. Les chirurgiens deviennent plus audacieux.

La bactériologie
En 1877, Louis Pasteur commence ses travaux sur le rôle des «microbes» dans la survenue des maladies infectieuses. Le savant est déjà célèbre, car ses études sur la fermentation, le vin, la bière, le vinaigre, la «pasteurisation» et les maladies des vers à soie se rapportent directement à la vie quotidienne des Français. Pasteur a abattu définitivement le mythe millénaire de la «génération spontanée» et démontre que le choléra des poules est bien une maladie contagieuse provoquée par une bactérie. N'étant ni médecin ni vétérinaire, il devra batailler ferme pour faire admettre, en 1878, sa théorie des germes et ses applications à la médecine et à la chirurgie aux membres de l'Académie de médecine de Paris. Pasteur isole le staphylocoque (1878), le streptocoque (1879) et prépare le premier vaccin humain à virulence atténuée contre la rage (1885).  

 Ses travaux bouleversent, une fois de plus, le diagnostic et le pronostic des maladies contagieuses, qui relèvent toutes désormais d'une cause identifiable. En outre, les chirurgiens, qui avaient déjà dû assimiler les règles de l'antisepsie, doivent se conformer aux nouvelles conceptions pastoriennes sur l'asepsie: blouses, instruments, bandages, compresses et gants doivent systématiquement passer à l'autoclave ou être stérilisés par ébullition selon les recommandations d'Octave Terrillon et de Louis Félix Terrier. Les gants de caoutchouc, mis au point en 1885 aux Etats-Unis, apparaîtront en Europe vers 1889.  

Les «pastoriens»
Ils continuent l'œuvre du maître: Alexandre Yersin isole le bacille pesteux en 1894 et met en évidence, avec Emile Roux, la toxine diphtérique (1888). En Allemagne, Robert Koch découvre le bacille de la tuberculose en 1882 et le vibrion cholérique en 1883. En outre, les techniques de coloration des bactéries mises au point, notamment, par Hans Gram permettent d'affiner l'identification des germes. Enfin, les premiers sérodiagnostics sont découverts par Fernand Widal pour la typhoïde et par Almroth Edward Wright pour la brucellose. La plupart des bactéries pathogènes sont identifiées à la fin du XIX e siècle; en revanche, les recherches sur les virus ne se développeront que dans les années 1930.  

Les débuts de la «technique médicale»
Grâce au développement des techniques d'investigation sur le corps humain, les médecins allaient enfin trouver ce qu'ils cherchaient depuis toujours: la preuve objective permettant de porter un diagnostic avec davantage de sûreté.  

Les rayons X et les radiographies
Le 8 novembre 1895, le physicien allemand Wilhelm Röntgen découvre les rayons X. Trois mois plus tard, les premières radiographies médicales sont réalisées en Angleterre, en Autriche, en France, aux Etats-Unis. La radiologie médicale est enseignée dès 1897 dans la plupart des grandes nations occidentales: elle intervient dans le dépistage systématique de la tuberculose pulmonaire.  

Fait rare dans l'histoire de la médecine, une invention met moins de deux ans pour être adoptée dans le monde entier. Outre leur immense intérêt diagnostique, les «rayons Röntgen» ont un pouvoir thérapeutique, rapidement mis en évidence par Leopold Freund, en dermatologie.  

Les premiers radiologues ne se protégeaient pas et ignoraient les risques de radiodermite, et les patients devaient garder la pose pendant plus de vingt minutes, car les premières ampoules radiographiques étaient de faible puissance. En 1896, Henri Becquerel découvre la radioactivité, dont l'application médicale sera plus tardive. Deux ans plus tard, Pierre et Marie Curie isolent le radium.  

Les premières méthodes d'investigation
L'endoscopie, permettant l'exploration interne des organes et des conduits creux, se développe grâce à Max Nitze, qui améliore la technique - déjà ancienne (1807) - par l'introduction d'un circuit de refroidissement à eau dans les instruments. La source lumineuse (une bougie ou une lampe à incandescence) dégageait une quantité de chaleur importante, qui limitait la durée de l'examen. L'électricité et l'emploi de tubes en caoutchouc flexibles achèveront de populariser l'endoscopie. La ponction lombaire, qui permet d'examiner la composition chimique, cellulaire et bactériologique du liquide céphalo-rachidien, est standardisée par Heinrich Quincke en 1890.  

Ensuite, Scipione Riva-Rocci propose son sphygmomanomètre, ancêtre du tensiomètre, grâce auquel la tension artérielle est prise correctement et facilement. À cette époque, en effet, les médecins commencent à mesurer les constantes biologiques du corps, à faire usage de la balance, du thermomètre médical et de nombreux autres instruments permettant de poser un diagnostic plus sûr. Les premiers laboratoires d'analyses médicales commencent à intégrer l'hôpital sous l'impulsion de Widal; ils peuvent quantifier l'urée (1828), la glycémie, la glycosurie (1848), l'albuminurie (1874).

Les grandes découvertes thérapeutiques
La thérapeutique progresse grâce au développement considérable des connaissances fondamentales en chimie analytique, à l'amélioration des procédés d'extraction chimique et à la fondation des premiers grands laboratoires pharmaceutiques industriels. La capsule est un procédé breveté en 1834; les comprimés apparaissent en 1843, et les premières injections sous-cutanées en 1845.  

La respiration artificielle est proposée en 1858 par Silvester, et, vers 1860, Auguste Nélaton invente la sonde urinaire flexible en caoutchouc. Mais c'est surtout l'extraction des principes actifs de plantes employées depuis des millénaires qui permet un nouvel ajustement de la thérapeutique et la naissance de la chimie de synthèse: la morphine est isolée en 1817, la quinine (un antipyrétique) et la caféine en 1820, le chloroforme en 1831, l'acide acétylsalicylique (aspirine) en 1856, la digitaline (pour le traitement de l'insuffisance cardiaque) en 1871, le bleu de méthylène en 1876 et la trinitrine (pour le traitement de l'angine de poitrine) en 1879.

Le chemin parcouru par la médecine au cours du XIX e  siècle est immense, surtout en physiologie et en clinique. En un siècle, les nosographies confuses et les systèmes auront disparu au profit d'une médecine objective, à laquelle manque encore la réussite thérapeutique, car de grands fléaux - tuberculose, fièvre typhoïde, grippe, choléra, peste - ravagent encore le monde. Dominée par les nations européennes, la recherche médicale va devoir tenir compte d'un nouveau participant: les Etats-Unis.

La médecine du XXe siècle
Au cours des siècles, le savoir médical s'est progressivement déplacé du macrocosme vers l'exploration du microcosme. Des théories philosophiques de l'Antiquité aux descriptions anatomiques de la Renaissance, en passant par l'étude des organes et de leur fonction, puis à la physiopathologie tissulaire et cellulaire, la médecine est désormais en mesure de déceler des variations biologiques à l'échelle moléculaire. Le XX e  siècle a encore reculé les limites de l'investigation humaine grâce à la multiplication des examens complémentaires, qui autorisent une approche de plus en plus sélective des processus pathologiques pouvant ne concerner qu'un seul élément de la cellule (organites, noyau, membranes).  

La thérapeutique est la seconde bénéficiaire de cette remarquable avancée scientifique, car les traitements (médicaux et chirurgicaux) peuvent eux aussi être imaginés à l'échelle de la molécule, du gène ou de la cellule, même si la limite entre physiologie et pathologie est de plus en plus difficile à discerner. L'acte médical apporte aujourd'hui, le plus souvent, une réponse efficace à la souffrance et à la demande du patient en s'appuyant sur l'investigation scientifique, quelquefois au détriment de la relation humaine entre médecin et malade. Les découvertes et les innovations du XX e  siècle sont si nombreuses qu'il est difficile de les recenser de façon exhaustive - comme il est souvent impossible pour l'historien de désigner avec certitude l'équipe de chercheurs effectivement responsable de telle ou telle découverte.  

L'ère des examens paracliniques
Conçus et imaginés dans les laboratoires, les examens complémentaires se développent après la Première Guerre mondiale; ils permettent au médecin d'affiner son diagnostic et de suivre l'évolution des maladies.  

L'apport de l'imagerie médicale
La radiologie ne cesse d'améliorer sa technique: remplacement des plaques de verre par des films, emploi de produits de contraste afin de cerner un organe ou une cavité, utilisation de sondes d'exploration.  

Depuis la mise au point de la tomodensitométrie (scanner) et de la résonance magnétique nucléaire, dans les années 1970, l'imagerie médicale fournit au praticien une topographie tridimensionnelle et montre la nature exacte de lésions pathologiques de moins de 1 cm de diamètre (plus facilement accessibles au chirurgien). La médecine nucléaire a perdu son seul pouvoir curatif pour devenir aussi une technique exploratoire.  

Depuis les années 1950, grâce à la scintigraphie (ou gammagraphie), à l'utilisation de cellules marquées par un isotope, il est possible d'étudier le métabolisme des organes. L'endoscopie a profité des mêmes progrès avec la miniaturisation de l'appareillage et l'adjonction de pinces permettant les biopsies. Aujourd'hui, les endoscopes sont capables d'explorer les articulations interphalangiennes! La plupart des organes peuvent également subir des biopsies. De plus, il est maintenant possible de déceler in utero les grandes maladies génétiques du fœtus. Deux grandes innovations marquent le XX e siècle: l'ultrasonographie, appliquée à la médecine dans les années 1960 (détection de calculs, de collections liquidiennes, d'anomalies des parois vasculaires), et les enregistrements électriques, comme l'électrocardiogramme (1903) ou l'électroencéphalogramme (1921).  

Les acquis en biochimie
La biochimie a bénéficié des immenses progrès des techniques d'examen (ultracentrifugation, 1926; électrophorèse, 1937; immunoélectrophorèse, 1948); désormais, grâce à l'électronique, des autoanalyseurs ont été mis au point. Les réactifs biologiques purifiés et des trousses de réactifs permettent de porter des diagnostics ambulatoires pour réaliser des dépistages de masse. Les intradermo-réactions sont proposées dès 1907 pour diagnostiquer la tuberculose; le test de grossesse est mis au point en 1928. Mais c'est surtout le sang qui fait l'objet de toutes les investigations depuis la découverte des groupes sanguins par Karl Landsteiner, en 1900. L'étude de l'hémostase et de l'immunologie (coagulation) débute avec R. Coombs en 1945. L'identification et la synthèse de la plupart des vitamines et des hormones sont réalisées entre 1920 et 1940. Enfin, la génétique a connu un développement considérable dans les années 1950, sous le contrôle rigoureux des principes de l'éthique médicale. En 1953, les structures moléculaires des acides nucléiques sont déterminées par Watson et Crick, qui proposent leur modèle de la double hélice de l'ADN. Dès lors, le génome humain et celui des organismes vivants pathogènes (bactéries, virus) peuvent être identifiés.  

L'efficacité thérapeutique
Après la Seconde Guerre mondiale, l'industrie du médicament s'est dotée de moyens considérables permettant d'entreprendre des recherches longues et coûteuses sur des substances naturelles ou de synthèse. La fabrication industrielle de la pénicilline dès 1943, pour répondre aux besoins des hôpitaux pendant la guerre, amorce une ère thérapeutique nouvelle. D'autres antibiotiques sont découverts - la streptomycine (1943) ou l'isoniazide (1951), actifs contre le bacille de Koch (tuberculose) -, si bien que la plupart des infections bactériennes deviennent accessibles au traitement; un terme (provisoire) est mis à des millénaires d'épidémies face auxquelles l'homme restait impuissant.  

Mais chaque succès a son revers: les bactéries peuvent, en modifiant leur matériel génétique (mutations), devenir résistantes à un traitement antibiotique - d'où la nécessité pour les chercheurs de mettre constamment à la disposition des patients de nouveaux antibiotiques. De même, des infections nouvelles apparaissent, et le traitement curatif des viroses demeure toujours incertain, malgré l'apparition des premiers antiviraux spécifiques au début des années 1980.  

Le traitement de l'hypertension artérielle et de la plupart des maladies cardio-vasculaires a profité des découvertes médicamenteuses, et notamment du traitement anticoagulant (à l'héparine, 1937) et des diurétiques (au cours des années 1950). En fait, toutes les spécialités médicales ont vu apparaître des produits qui ont transformé des maladies dites jusqu'alors «incurables» en maladies «rémissibles».  

La psychiatrie est marquée par l'apparition des neuroleptiques dans les années 1950; l'endocrinologie, par celle de l'insuline (1924) et de la cortisone (1948); la cancérologie, par l'hormonothérapie, dans les cancers de la prostate (1940), et les antimitotiques, qui empêchent la multiplication des cellules (dans les années 1970). Enfin, parmi les innovations thérapeutiques récentes peuvent être cités le rein artificiel (Kolff et Merill, 1944), la stéréotaxie en neurochirurgie intracrânienne (Spiegel, 1947), l'exsanguino-transfusion (Tzanck et Bessis, 1948), la prothèse de hanche en acrylique (Judet, 1950), le respirateur artificiel (Engstrom, 1952), la vaccination antipoliomyélitique (Salk puis Sabin, 1954), la circulation extracorporelle (Lillehei, 1953).

La médecine du IIIe millénaire
L'espérance de vie de l'homme médiéval était de 25 ans, elle avoisine aujourd'hui les 80 ans dans les pays occidentaux. Ce constat est cependant terni par les disparités criantes entre les nations, ce qu'essaie de combattre l'Organisation mondiale de la santé (OMS), fondée en 1948. Si la variole a été éradiquée de la planète, de nouvelles infections sont apparues, comme le sida, qui implique la concentration de gros efforts de recherche sur la structure intime des virus, les processus immunitaires et les molécules antivirales.

En effet, des maladies nouvelles ne cessent d'apparaître, en raison des modifications que l'homme apporte à son environnement et à son mode de vie; sans compter, bien entendu, l'évolution propre des organismes pathogènes. Si l'espérance de vie s'allonge encore dans les années à venir, ce sera grâce aux technologies nouvelles, comme le laser, l'assistance par ordinateur, l'imagerie médicale et les biomatériaux, qui permettent de remplacer un tissu lésé, voire un organe malade.

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