 Reconstitution d'un campement d'Homo erectus Home base d'Homo erectus. La présence d'un feu entretenu et d'un abri rudimentaire pourraient constituer des innovations importantes par rapport à la période précédente. (Texte Alain Gallay, professeur à l’université de Genève). © Dessin André Houot. Edition Errance La découverte du feu
Edouard et Vania, les deux héros du célèbre roman de Roy Lewis "Pourquoi j'ai mangé mon père", nous racontent avec beaucoup d'humour la découverte du feu à partir de feux naturels, initialement récupérés lors d'incendies de forêts dus à la foudre ou après des éruptions volcaniques, comme par exemple en Afrique orientale ou en Auvergne. On ne sait pas depuis quand les Hommes ont été capables de produire du feu, mais les premières traces de feu domestiqué incontestables sont des structures de combustion datant d'environ 500'000 ans.
Le feu rapproche les hommes qui aiment à se regrouper autour de cette source de chaleur et de lumière pour partager un rôti, palabrer ou chanter à la veillée. Il a sans nul doute dû jouer un rôle central dans la vie sociale et peut-être favoriser le développement de la communication et du langage. Savoir faire du feu a considérablement amélioré le confort de nos ancêtres.
La fabrication du feu
Avant l'invention des allumettes (qui
ne date que du 19
e
siècle), les hommes ont utilisé
différentes techniques pour produire du feu. Au
Paléolithique,
on pouvait le produire par friction (à partir de la chaleur
produite par le frottement d'un morceau de bois tendre sur un
bois dur) ou par percussion (étincelles nées du choc
d'une pierre dure comme le silex sur une pierre ferrugineuse
comme la pyrite). C'était d'autant plus difficile
qu'on se trouvait dans un milieu humide, et il était
probablement beaucoup plus facile de conserver le feu en
l'entretenant constamment pour ne pas le laisser
s'éteindre. On imagine que des tribus qui ne savaient pas
le faire ont pu essayer de se le procurer auprès d'autres
technologiquement plus avancées. C'est l'histoire de
"La guerre du feu", racontée par J.H. Rosny
Aîné dans son "Roman des âges farouches"
et porté à l'écran par Jean-Jacques Annaud en
1981.
Se chauffer
Dans sa nouvelle "Construire un
feu", Jack London, romancier américain du début du
20
e
siècle a magnifiquement décrit
la lutte contre le froid, pour la survie dans le grand Nord de
l'Alaska. Cette lutte a été de tout temps : au
Paléolithique les Hommes vivaient dans un environnement
beaucoup plus froid qu'actuellement en Europe, et se
chauffaient à l'aide de foyers. Cette maîtrise du feu
a permis le peuplement des régions septentrionales
inhospitalières, ayant un climat très rigoureux en
hiver.
Les foyers, aménagés en cuvette
ou délimités par de gros blocs de pierre ayant pour
rôle de contenir le feu et les braises, étaient au centre
des activités domestiques. Différents types de structures
de foyers peuvent être définis selon leurs fonctions. Les
combustibles employés étaient le bois et l'os. Mais
tous les bois n'ont pas le même rendement calorifique.
L'étude des charbons de bois qui se sont conservés
jusqu'à nous, nous renseigne sur les espèces
d'arbres utilisées.
S'éclairer
Contrairement à certains animaux qui
vivent cachés le jour et sortent pendant la nuit, comme le
renard, l'oryctérope en Afrique, hiboux et les chouettes,
les hommes s'activent du lever au coucher du soleil. Pour
prolonger ses activités plus tard dans la nuit, l'homme a
besoin de lumière. Au
Paléolithique
il disposait de trois types de source de lumière : les lampes,
les torches et les foyers. La présence de foyers dans un
habitat permettait de disposer de lumière après le
coucher du soleil. A l'inverse des foyers qui sont fixes et ont
d'autres fonctions domestiques, les lampes et les torches
étaient mobiles et jouaient le rôle de nos bougies et
lampes de poche actuelles.
Les lampes étaient en pierre, constituées d'une
partie creuse en forme de godet où on mettait de la graisse
animale (cheval, aurochs, renne, etc.) à brûler et une
mèche qui pouvait être en matière végétale
comme le lichen ou la mousse, et souvent d'une partie formant
un manche pour la préhension. De nombreuses lampes
paléolithiques ont été retrouvées, leur
utilisation permit aux premiers artistes de s'enfoncer dans les
grottes pour peindre et graver sur les parois et probablement y
pratiquer des rituels. Certaines lampes ont été
décorées, c'est le cas de celle trouvée dans
la grotte de
Lascaux en Dordogne.
La cuisson des aliments
Au début de l'Humanité les
hommes ne maîtrisaient pas le feu et ne disposaient pas
d'armes suffisantes pour chasser les grands herbivores avec
beaucoup d'efficacité. Ils étaient des charognards
récupérant des animaux crevés et mangeant de la
viande faisandée.
Au cours du
Paléolithique,
l'Homme est devenu un chasseur de plus en plus
expérimenté, disposant d'armes de plus en plus
efficaces. Il a ainsi pu acquérir du gibier frais et la
cuisson de la viande crue a très certainement facilité sa
digestion. Le feu éloigne les animaux dangereux comme les
serpents, ou les grands carnivores attirés par des odeurs de
carcasses dépecées.
Les aliments étaient cuits en grillades, rôtis
(à la broche), sur les braises, à
l'étouffée, ou bouillis à l'aide de pierres
chauffées. Les viandes pouvaient aussi être fumées,
ce qui permettait leur conservation.
Le feu, une énergie de transformation
L'homme a découvert que le feu
pouvait lui permettre de transformer une matière première
brute. Plusieurs millénaires avant l'invention de la
céramique et de la métallurgie, les hommes ont
chauffé préalablement des rognons de silex : le silex
chauffé change de couleur et de texture, il devient plus
facile à débiter et à retoucher. On a ainsi obtenu
de très beaux objets comme les pointes solutréennes
appelées par les préhistoriens "feuille de
Laurier".
L'ocre rouge est une matière première rare dans
la nature, mais fréquemment utilisée par les hommes du
Paléolithique pour le traitement des peaux, ou à des fins
esthétiques (peintures corporelles et sur les parois des
grottes). Cet ocre rouge a souvent été obtenu par
chauffage de l'ocre jaune. Le feu a également pu servir
à fumer les peaux de bêtes pour en faciliter le tannage,
comme on peut le voir chez certaines populations de
chasseurs-cueilleurs actuels.
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