Fils d’orfèvre et orfèvre lui-même, Henri-Louis Kaïn, dit Lekain (1729-1778), participait en amateur à des représentations privées lorsque Voltaire le remarqua en 1750. Frappé par son talent, celui-ci s’engagea à le faire travailler personnellement. Il le fit jouer, sous sa direction, à Cirey et à Sceaux, avant de le laisser débuter à la Comédie-Française, le 14 août 1750. Cette première apparition, dans le rôle de Titus du Brutus de Voltaire, suscita applaudissements et polémiques. L’inimitié tenace de la Clairon fit qu’il ne devint pensionnaire à part entière qu’en 1758, bien que ses succès fussent éclatants, particulièrement dans les tragédies voltairiennes.
Il participa aux créations de L’orphelin de la Chine, de L’Écossaise, de Tancrède, d’Olympie, d’Adélaïde du Guesclin ou encore des Scythes. Ce sont cependant les rôles éponymes d’Œdipe et de Mahomet, ainsi que ceux d’Orosmane dans Zaïre et de Ninias dans Sémiramis qui lui assurèrent un succès sans cesse croissant, jusqu’à sa retraite, quelques mois seulement avant sa mort. L’abbé Raynal lui trouvait une figure ignoble, la voix extrêmement faible et un jeu maniéré. Ce n’est qu’à force de travail qu’il parvint à vaincre ces défauts et à faire valoir le feu qu’il savait déployer « dans la passion ».
Ami de Voltaire auquel il rendit visite aux Délices en 1755 et à Ferney en 1762 et 1772, Lekain se fit le défenseur de ses théories dramatiques. Il œuvra à la suppression des bancs qui encombraient la scène et soutint sa réforme du costume vers plus d’exactitude. Sa déclamation naturelle était admirée de Voltaire, bien que celui-ci demeurât par ailleurs attaché à une certaine emphase.