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Henri III

Fontainebleau, 1551 - Saint Cloud, 1589
Source Encyclopédie Wikipédia


 


Henri III



Sommaire

     Biographie
         Jeunesse
         La période polono-lituanienne
         Retour en France
         Le début d'un règne marqué par la guerre
         Une puissance encore fragile
         Sa manière de gouverner
         La Ligue
     Le mystère Henri III
         Sa personnalité
         Henri III et ses maîtresses
         Henri III et ses favoris

 


Henri III (19 septembre 1551 à Fontainebleau - 2 août 1589 à Saint-Cloud) fut roi de France de 1574 à 1589.

Il est le quatrième fils d'Henri II, roi de France et de Catherine de Médicis. Il est, dans un premier temps, baptisé sous le prénom d'Alexandre-Édouard, et titré duc d'Angoulême. En 1560, à l'avènement de son frère Charles IX, il devient duc d'Orléans. Il prend lors de sa confirmation à Toulouse, le 17 mars 1565, le prénom de son père : « Henri ». Le 8 février 1566, il devient duc d'Anjou.

Le 11 mai 1573, il est élu roi de Pologne sous le nom d' Henryk Walezy (en polonais, Henri de Valois). Il règne sur la Pologne du 11 mai 1573 au 12 mai 1575. Le 30 mai 1574, son frère Charles IX étant mort, il quitte la Pologne en catimini pour le trône de France. Il est sacré à Reims le 13 février 1575 sous le nom d'Henri III et le 15 février il épouse Louise de Lorraine.

En montant sur le trône de France, Henri III a hérité d'un royaume divisé où son autorité n'est que partiellement reconnue. Son règne est marqué par de sérieux problèmes religieux, politiques et économiques. Quatre guerres de religion se déroulent sous son règne. Henri III doit faire face à des partis politiques et religieux soutenus par des puissances étrangères, qui finissent par venir à bout de son autorité, le parti des Malcontents, le parti des protestants et pour finir celui de la Ligue qui parvient à le faire assassiner. Il meurt à Saint-Cloud le 2 août 1589 après avoir été poignardé par le moine Jacques Clément.


Biographie

Jeunesse

   Henri, duc d Anjou    Portrait par François Clouet (1570) Le jeune prince se fait remarquer par son élégance et l entretien de son apparence
Henri, duc d'Anjou Portrait par François Clouet (1570) Le jeune prince se fait remarquer par son élégance et l'entretien de son apparence

Blason de Henri, duc d Anjou
Blason de Henri, duc d'Anjou

Jusqu'à la mort de son père, Henri grandit avec ses frères et sœurs aux châteaux de Blois et d'Amboise. Au sortir de la petite enfance, il est confié à deux précepteurs connus pour leur humanisme, Jacques Amyot et François de Carnavalet. C'est auprès d'eux qu'il apprend à aimer les lettres et les discussions intellectuelles.

Il exerce très tôt son rôle de prince royal. A 7 ans, il siège à côté de son frère le roi Charles IX aux États généraux de 1560. Il l'accompagne ensuite dans son grand tour de France et en 1565, à l'âge de quatorze ans, il est chargé dans le cadre de l'entrevue de Bayonne d'aller en Espagne chercher sa sœur la reine Elisabeth.

En grandissant, il devient l'enfant préféré de sa mère Catherine de Médicis qui désire qu'Henri devienne le plus ferme appui de la royauté. À seize ans, il est nommé lieutenant général du royaume. Cette très haute charge militaire fait de lui le second du royaume après le roi son frère. Malheureusement, cette élévation subite contrarie les ambitions politiques du prince de Condé, qui convoitait également cette charge. Leur mauvaise entente pousse Condé, qui est également chef des protestants, à quitter la cour et, subséquemment, à rouvrir les hostilités.

Henri s'investit alors personnellement durant les deuxième et troisième guerres de religion. Adroitement conseillé par Gaspard de Saulx-Tavannes, il s'illustre en remportant les batailles de Jarnac, au cours de laquelle Condé est assassiné par le capitaine des gardes du duc d'Anjou, puis de Moncontour. Henri laisse la dépouille princière être tournée en ridicule par le peuple et promenée pendant deux jours sur une ânesse, s'attirant ainsi la rancœur d'Henri Ier de Bourbon-Condé, le fils et successeur de Louis.

Les hauts faits militaires d'Henri durant la guerre ont développé sa réputation en Europe et ont attisé en parallèle la jalousie du roi son frère, à peine plus âgé que lui. Sa grâce et sa popularité, ainsi que son ingérence politique, irritent Charles IX, avec qui Henri s'entend de plus en plus mal.

Très tôt, le duc d'Anjou est confronté à la politique. Plus proche des Guise que des Montmorency, il prône au sein du conseil royal - où sa mère l'a introduit - une politique de rigueur contre les protestants. Son ambition de gouverner et ses aptitudes à le faire font de lui, aux yeux de ses contemporains, un successeur potentiel très attendu. Catherine de Médicis a l'ambition de lui faire épouser une haute princesse, mais Henri n'a d'yeux que pour la belle Marie de Clèves. Tandis que la reine mère persiste à vouloir donner à son fils une couronne royale en Europe, les tractations avec Élisabeth Ire, reine d'Angleterre, échouent à cause des exigences religieuses du prince.

Durant les épisodes de la Saint-Barthélemy, Henri prend parti pour une action contre les chefs protestants : s'il n'est pas possible de prouver sa présence dans les rues au moment du massacre, il est en revanche certain que ses hommes participèrent activement au meurtre des militaires protestants.

En janvier 1573, le roi lui confie le commandement de l'armée pour s'emparer de la ville de La Rochelle, capitale du protestantisme français. Malgré les moyens utilisés, le siège s'avère un échec. Les pertes du côté catholique sont importantes et Henri lui-même est blessé. La trêve est sonnée quand Henri apprend de sa mère qu'il a été élu roi de Pologne.

La période polono-lituanienne

Henri III, roi de Pologne sous le nom d Henryk Walezy, par Jan Matejko, peintre polonais (XIX siècle)
Henri III, roi de Pologne sous le nom d'Henryk Walezy, par Jan Matejko, peintre polonais (XIX siècle)

Blason d Henryk Walezy, roi de Pologne
Blason d'Henryk Walezy, roi de Pologne

La reine Catherine avait envoyé l'évêque de Valence, Jean de Monluc, en ambassade extraordinaire pour soutenir devant la Diète la candidature de son fils au trône polonais, lors des élections libres de 1573. Grâce à son talent de diplomate, Montluc réussit à la convaincre et Henri est élu Roi de la Rzeczpospolita de Pologne-Lituanie sous le nom d'Henri IV de Valois (Henryk IV Walezy). Le 19 août 1573, une grande délégation polonaise composée de 10 ambassadeurs et 250 gentilshommes est envoyée en France pour aller le chercher. Le nouveau roi fut obligé de signer la première Pacta Conventa et « Les Articles du Roi Henry » ("Artykuły Henrykowskie"), que tous les souverains polono-lituaniens de l’avenir auront à respecter. Selon ces documents Henri devait arrêter les persécutions contre les protestants en France et estimer la tolérance religieuse en Pologne conforme avec la Confédération de Varsovie (Konfederacja Warszawska, 1573). Henri, n'étant pas pressé de partir, fit traîner son départ. Il dut s'exécuter devant les exigences du roi son frère, à qui il fit ses adieux en décembre 1573.

Parti de Fontainebleau, il arrive à Cracovie le 18 février 1574 après une traversée assez difficile des pays allemands. Il est accompagné par une troupe nombreuse de gentilshommes de qualité : Albert de Gondi, Louis de Gonzague, Charles de Guise, François d'O.

Le 21 février, le jeune prince de 23 ans est sacré roi, mais refuse d'épouser Anna Jagellon, sœur de Sigismond II Auguste, une femme quinquagénaire qu'il juge .

Il apprend par une lettre le 14 juin 1574 la mort de son frère Charles, et songe alors à quitter la Pologne. Un roi de Pologne n'a pas autant de pouvoir qu'un roi de France et Henri regrette la cour de France réputée dans toute l'Europe pour ses fêtes. Sans la permission de la diète polonaise, il s'échappe de nuit, en catimini, le 18 juin 1574 du palais royal Wawel.

Après un interrègne de dix-huit mois, la diète élira Étienne Bathory, souverain de la Transylvanie, comme nouveau roi de Pologne (1575).

Retour en France

Henri arrive à Vienne en Autriche, le 23 juin où il rencontre l'empereur Maximilien II.
  Henri III fuyant la Pologne  , par Artur Grottger, 1860, Varsovie, musée national.
Henri III fuyant la Pologne, par Artur Grottger, 1860, Varsovie, musée national.
La capitale autrichienne l'accueille avec faste et il y dépense près de 150000 écus. Il atteint ensuite l'Italie et s'y arrête plus longuement.
Louise de Lorraine (1575)
Louise de Lorraine (1575)
La magnificence avec laquelle la République de Venise le reçoit à son tour émerveille le jeune souverain. Il a là une brève liaison avec la courtisane Veronica Franco. Il passe ensuite à Padoue, Ferrare et Mantoue. En août, il est à Monza où il rencontre Charles Borromée qui l'impressionne vivement. À Turin, Henri III retrouve sa tante Marguerite de France, puis le duc de Savoie vient le chercher pour l'emmener à Chambéry. Il traverse donc les Alpes à bord d'une litière vitrée.

Il arrive à Chambéry le 2 septembre 1574 où il retrouve son frère François d'Alençon et son cousin Henri de Navarre. Le 6 septembre il est accueilli à Lyon par sa mère. Il souhaite l'annulation du mariage de Marie de Clèves afin de l'épouser, mais le 30 octobre, alors qu'il vient d'arriver à Avignon, il apprend la mort de celle-ci. Cette nouvelle l'anéantit et il refuse de s'alimenter pendant dix jours.

Le 13 février 1575, Henri troisième du nom, est sacré dans la cathédrale de Reims par le cardinal de Guise. Le 15 février, il épouse Louise de Vaudémont-Nomény, princesse de Lorraine. Il n'aura pas d'enfant de ce mariage d'amour.

Le début d'un règne marqué par la guerre

   Henri III   Portrait équestre d avènement (1574) Le roi apparaît sur un fond de ruines comme l élu qui restaurera la France
Henri IIIPortrait équestre d'avènement (1574) Le roi apparaît sur un fond de ruines comme l'élu qui restaurera la France

Dès son avènement, Henri III est confronté à la guerre menée par Henri de Montmorency comte de Damville, dit roi du Languedoc. À la Cour, il doit faire face aux complots fomentés par son frère François d'Alençon, qui mène le parti "des Malcontents", et le roi de Navarre, le futur Henri IV, lesquels finissent par s'enfuir de la cour et prendre les armes. Tandis qu'Alençon s'allie avec le parti protestant, le roi de Navarre retourne à la religion calviniste. La campagne qui s'engage alors est désastreuse pour le roi. Le prince de Condé a fait appel au fils du comte palatin du Rhin Jean Casimir, qui vient avec ses mercenaires menacer Paris. Malgré la victoire du duc de Guise à Dormans sur l’avant-garde, Henri III doit s'incliner. Le 6 mai 1576, il accorde l'édit de Beaulieu, autrement appelé la paix de Monsieur dont son frère François est le principal gagnant. Henri III lui accorde le titre de duc d'Anjou. Les protestants obtiennent quant à eux de très nombreux avantages, ce qui renforce la rancœur des catholiques et contribue à faire naître les premières ligues.

Humilié, Henri III ne cherche qu'à reprendre sa revanche. Il doit tout d'abord réunir à la fin de l'année les États généraux à Blois dans le but de combler les déficits budgétaires causés par la guerre. Sous la pression des députés catholiques, Henri III décide de reprendre la guerre contre les protestants. Auparavant, il a pris soin de se réconcilier avec son frère qui, comblé de bienfaits, marche à ses côtés. Henri de Montmorency se rallie également à la cause royale. Ainsi débute la 6 guerre de religion dont le déroulement aura lieu principalement en Languedoc. La ville de Montpellier, prise par les protestants, voit sa citadelle rasée par les troupes catholiques. Le 17 septembre 1577, la paix de Bergerac est signée entre les belligérants et l'édit de Poitiers restreint quelque peu les libertés accordées aux protestants dans l'édit précédent.

Une puissance encore fragile

La flotte française se fait écraser par la flotte espagnole le 26 juillet 1582 aux Açores
La flotte française se fait écraser par la flotte espagnole le 26 juillet 1582 aux Açores


Henri III laisse à sa mère Catherine de Médicis le soin de parfaire la paix. Elle effectue un séjour à Nérac où elle réconcilie le couple Navarre et signe le 28 février 1579, un édit accordant aux protestants trois places de sûreté en Guyenne et onze places en Languedoc, pour une durée de six mois. Elle entame ensuite un grand tour du royaume de France. Les efforts de la reine-mère n'empêchent pas la guerre de se rallumer très brièvement. En 1580, la 7 guerre de religion appelée "Guerre des Amoureux", éclate en France. Elle sera de très courte durée et le frère du roi François, duc d'Alençon et d'Anjou négocie la paix de Fleix le 26 novembre 1580. Les négociateurs prévoient une trêve de six ans.

Toujours sur les conseils de sa mère, Henri III soutient les ambitions du duc d'Alençon aux Pays-Bas, tout en le désavouant devant l'ambassadeur espagnol. Conscient des fragilités du pays, le roi ne veut pas se risquer à un conflit ouvert avec l'Espagne. Ses relations avec Philippe II d'Espagne sont alors au plus bas. En 1582, La France soutient Antoine, prétendant au trône du Portugal, alors que Philippe II occupe le pays. Commandée par Philippe Strozzi, la flotte française est lourdement mise en échec aux îles Canaries, à la Bataille des Açores. Les Français sont exécutés sans pitié et Strozzi trouve la mort.

La même année, les Français échouent également aux Pays-Bas avec la retraite désastreuse de François d'Anjou. Après la furie d'Anvers, le prince français doit se retirer faute de moyens, ce qui amène les Espagnols à reprendre le contrôle de la Flandre, qu'ils avaient perdu.
Devant la montée en puissance de l'Espagne, Henri III resserre plus que jamais l'alliance avec la reine d'Angleterre et reçoit l'ordre de la Jarretière.

Sa manière de gouverner

Le Ballet comique de la reine
Le Ballet comique de la reine
Henri III est un chef d'Etat qui aime prendre connaissance des affaires du royaume et entend être au courant de tout. Dans son conseil, il s'entoure de juristes compétents, comme le comte de Cheverny, ou Pomponne de Bellièvre.

A la cour, il aime promouvoir des hommes de noblesse moyenne, à qui il va donner de très hautes responsabilités. Henri III veut s'appuyer sur ces hommes neufs pour régner. La cour d'Henri III voit donc apparaître des favoris qui connaissent, grâce au roi, une fortune fulgurante et qu'on va appeler vulgairement les mignons. Le roi a l'intention d'avoir autour de lui des hommes qui lui sont complètement dévoués. Pour concrétiser ce projet, il crée, en 1578, l'Ordre du Saint-Esprit, un ordre de chevalerie très prestigieux qui rassemble autour de la personne royale, les gentilshommes les plus distingués de la haute société.

Le roi aime impressionner ses sujets et organise des fêtes somptueuses, comme celles données en l'honneur du duc de Joyeuse en 1581. À cette occasion, on donne à la cour le somptueux Ballet comique de la reine. Le roi donne également d'importantes sommes d'argent, en récompense, aux serviteurs les plus zélés. Toutes ces dépenses, fortement critiquées ne manquent pas d'approfondir la dette du royaume, mais, pour le roi, qui n'hésite pas à emprunter d'importantes sommes au Grand Prévôt Richelieu (père du cardinal de Richelieu) ou au financier Scipion Sardini, la restauration de la puissance royale demeure la priorité.

Par ailleurs, Henri III organise plusieurs réformes importantes, notamment des réformes monétaires devant régler les problèmes financiers du royaume. Henri III rend aussi l'étiquette de la cour plus stricte, préfigurant ainsi celle de Versailles un siècle plus tard. Comme Louis XIV plus tard, Henri III cherche à mettre sa majesté en valeur. C'est ainsi qu'apparaissent les barrières qui empêchent les courtisans de s'approcher de la table et du lit royal.

La Ligue

   Henri III    Portrait par François Quesnel (vers 1588) Marqué par les malheurs de son temps, le roi adopte une vie austère et consacrée à la prière
Henri III Portrait par François Quesnel (vers 1588) Marqué par les malheurs de son temps, le roi adopte une vie austère et consacrée à la prière

La paix relative qui s'est installée pendant quelques années dans le royaume est minée lorsque François, le frère du roi, meurt de tuberculose en 1584 sans enfant. Henri III lui-même ne parvient pas à en avoir. Enceinte au début de son mariage, la reine Louise n'a eu que de faux espoirs. La dynastie des Valois est donc condamnée à s'éteindre. Selon la loi salique, l'héritage de la couronne reviendrait à la maison de Bourbon dont le chef est Henri, roi de Navarre. Le fait que celui-ci soit protestant cause un énorme problème pour les consciences catholiques pour qui il est impossible de voir un protestant monter sur le trône. Pour les catholiques, la réconciliation entre le roi de France et le roi de Navarre est en elle-même inacceptable.

Le duc de Guise, craignant l'arrivée sur le trône d'Henri de Navarre, signe avec l'Espagne un traité secret. Contre 50'000 écus mensuels, le duc s'engage à empêcher Henri de devenir roi de France et à placer plutôt le cardinal de Bourbon, catholique, sur le trône.

Sous la pression de la Ligue et de son chef, le très populaire duc de Guise, Henri III se voit contraint de signer le traité de Nemours le 7 juillet 1585. Le roi s'y engage à et à faire la guerre à Henri de Navarre, son propre héritier. La huitième et dernière guerre de religion commence. Elle est appelée "Guerre des trois Henri", car Henri de Guise, Henri III, et Henri de Navarre en sont les trois belligérants.

Le 20 octobre 1587, à la Bataille de Coutras, les troupes catholiques du roi dirigées par le duc de Joyeuse se heurtent à celles d'Henri de Navarre, en route depuis La Rochelle pour rallier une armée de 35000 huguenots qui doit marcher sur Paris. Pour l'armée catholique, la confrontation tourne à la catastrophe : 2000 de ses soldats y périssent, alors qu'Henri de Navarre n'en perd que quarante. Le duc de Joyeuse est tué, ainsi que son frère Claude de Saint-Sauveur.

Les ambitions de la Ligue catholique et l'ampleur du mouvement qu'elle représente font ombrage au roi qui la prend en haine. Henri III tente par tous les moyens de freiner son expansion. Très vite, un fossé se creuse entre lui et les milieux catholiques urbains. Les catholiques lui reprochent son manque de vitalité et d'utilité dans la guerre contre les protestants. Henri III, en effet, est plus préoccupé des ambitions de la Ligue que des protestants. L'image du roi, ridiculisé par les pamphlets de la Ligue et par les sermons des curés parisiens, se détériore considérablement dans les milieux populaires. Le 8 mai 1588, le duc de Guise, malgré l'interdiction qui lui en avait été faite, entre à Paris. Craignant une prise de pouvoir des ultra-catholiques, Henri III fait, le 12 mai, entrer les Suisses et les Gardes-Françaises dans la capitale, ce qui déclenche une insurrection. C'est la journée des barricades. Le 13 mai 1588, le roi quitte Paris pour Chartres.

Le 1er août 1588, Catherine de Médicis et Henri de Guise se rendent à Chartres et demandent au roi de revenir à Paris. Il refuse. Dissimulant son intention de se débarrasser de la Ligue, il signe à Rouen l'édit d'Union qui fait siennes les intentions de la Ligue. Dans le but d'obtenir des crédits pour poursuivre la guerre, il convoque les États généraux à Blois et congédie les membres de son conseil les plus fidèles, Bellièvre, Cheverny et Villeroy. Même le duc d'Épernon, bête noire de la Ligue est officiellement disgracié.

Jacques Clément, ligueur fanatique, assassine le roi d un coup de couteau
Jacques Clément, ligueur fanatique, assassine le roi d'un coup de couteau

Le 23 décembre au matin, il fait assassiner le duc de Guise et le lendemain, son frère le cardinal de Guise à coup de hallebarde jugé aussi dangeureux que son frère le duc de Guise. À Blois, il fait arrêter les ligueurs et les membres de la famille des Guise. Le 5 janvier 1589, il est au chevet de sa vieille mère qui meurt dans la nuit. L'assassinat du duc de Guise provoque le soulèvement immédiat de la France ligueuse. À Paris, la Sorbonne délie de son serment de fidélité le peuple de France, alors que les prêcheurs appellent au meurtre. Toutes les villes et les provinces suivent, à l’exception de Tours, Blois et Beaugency, proches du roi, et Bordeaux (tenue par Matignon), Angers (d’Aumont) et le Dauphiné (d’Ornano). Isolé, traqué par le duc de Mayenne près d’Amboise, Henri III se voit contraint de se réconcilier et traite avec le roi de Navarre le 3 avril 1589. Les deux hommes (Henri III et Henri de Navarre futur Henri IV) se rencontrent au Plessis-les-Tours le 30 avril 1589 . Les troupes royales et les troupes protestantes s'unissent alors pour combattre la Ligue. Les royalistes se rallient peu à peu, et permettent aux rois de France et de Navarre de faire campagne pour aller assiéger Paris, plongé dans un délire fanatique. Les deux rois ont réuni une armée de plus de 30000 hommes qui s'apprête à assiéger la capitale. Paris est alors défendue par 45000 hommes de la milice bourgeoise, armée par le roi d'Espagne Philippe II.

Le 1589, Henri III, installé à Saint-Cloud dans l'attente du siège de Paris, est assassiné sur sa chaise-percée par Jacques Clément, moine dominicain ligueur. Alors que celui-ci vient de le poignarder, le roi s'exclame : . Après une lente et douloureuse agonie, il décède au matin du 2 août 1589. Son cousin Henri de Navarre lui succède sous le nom d'Henri IV.

Henri III est le dernier souverain de la dynastie des Valois, laquelle aura régné sur la France de 1328 à 1589.

Le mystère Henri III

« Ce Roy étoit un bon prince, s’il eût rencontré un meilleur siècle. » Ce sont les mots utilisés par le chroniqueur Pierre de L'Estoile à la mort du roi pour rappeler qu'en dépit de sa personnalité particulière et de l'explosion de haine qu'il a pu susciter, Henri III avait aussi ses qualités. Aujourd'hui encore, sa personnalité fait l'objet de discussions, notamment à propos de sa sexualité.

Sa personnalité

Bal à la cour des ValoisLe roi tient deux bals par semaine au Louvre
Bal à la cour des ValoisLe roi tient deux bals par semaine au Louvre

Henri III est un homme de contrastes qui présente plusieurs facettes : celle d'un homme fier aux manières distinguées et solennelles, mais aussi celle d'un homme extravagant qui aime les divertissements et ses plaisirs. Sa personnalité est complexe. Son apparente douceur cache un esprit nerveux et inflexible.

Henri III est un homme élégant qui incarne la grâce et la majesté d'un roi. Il apprécie la mode et ses extravagances (boucles d'oreilles et fraise imposante). C'est aussi un homme d'une grande douceur qui abhorre la violence et évite toute confrontation belliqueuse. Il délaisse les activités physiques, bien qu'il soit une des plus fines lames du royaume. Son dégoût de la chasse et des activités guerrières, privilèges des nobles, comme son goût pour la propreté et l'hygiène, lui valent des critiques acerbes de la part de ses contemporains, dont beaucoup considèrent que c'est un comportement efféminé.

Éduqué dans un milieu humaniste, le roi encourage le monde des lettres en soutenant financièrement des écrivains (Desportes, Montaigne, Du Perron). Il s'adonne lui-même à la philosophie et malgré son hostilité aux protestants fait venir l'imprimeur Estienne à Paris.

Henri III est un roi plus apte à s'affairer dans son cabinet avec ses ministres qu'à guerroyer sur un champ de bataille. Ce qui ne l'empêcha point de faire plusieurs campagnes militaires et de rester ferme, donnant l'ordre d'exécuter à coups de pistolet le prince de Condé à Jarnac. C'est un homme très intelligent, qui fait généralement preuve de mansuétude vis-à-vis de ses adversaires et des villes rebelles qu'il reconquiert, recherchant des solutions diplomatiques, ce qui lui vaut parfois quelques revers.

Henri III est un homme pieux, profondément catholique. Avec l'âge, sa piété se développe. Les malheurs qui l'accablent à la fin de son règne lui donnent parfois un goût pour le macabre. Il s'adonne de manière ostentatoire aux processions des pénitents. De nature nerveuse, le roi est un grand malade. Henri III croit que ses malheurs (dont l'absence d'héritiers) et ceux de son royaume sont causés par ses péchés. Il passe donc son temps à se mortifier dans des monastères où, pendant quelques jours, il prend une retraite spirituelle.

Henri III et ses maîtresses

Henri III et Louise de Lorraine. Estampe populaire du XIXème siècle
Henri III et Louise de Lorraine. Estampe populaire du XIXème siècle

Les contemporains d'Henri III nous ont décrit le roi comme un homme aimant beaucoup les femmes. Si celles-ci furent assez peu connues, c'est qu’Henri III ne leur conféra jamais le titre de maîtresse officielle.

Dans sa jeunesse, Henri III se fait remarquer par une fréquentation des femmes particulièrement poussée, au point que sa réputation et sa santé, en pâtissent. En 1582, un ambassadeur italien disait : .

Ses maîtresses les plus célèbres sont Louise de La Béraudière (de plus de vingt ans son aînée), Mme d’Estrées (mère de Gabrielle d’Estrées) et Renée de Rieux, issues de la moyenne noblesse. Il fréquente également lors de son périple italien qui le ramène de Pologne en juin 1574, la belle Veronica Franco, une courtisane vénitienne fort renommée à l'époque. À la même date, il entretient aussi une relation platonique avec la princesse de Condé, Marie de Clèves, pour qui il éprouva une passion démesurée. Sa mort survenue brutalement le 30 octobre 1574 amena le roi à prendre un deuil particulièrement ostensible qui étonna la cour.

Après son mariage avec Louise de Lorraine, les aventures d’Henri III se firent plus discrètes. Par respect pour son épouse qu’il aimait, il organisait ses rendez-vous avec les dames galantes, à l’écart du palais, dans des hôtels particuliers parisiens. Fait exceptionnel, Henri III avait choisi Louise de Lorraine pour sa beauté et son esprit et non pas pour des raisons politiques, comme c’était le cas pour la plupart des mariages royaux. Louise de Lorraine tenait une place très importante dans la vie sentimentale et spirituelle du roi. Un jour que Catherine de Médicis entra dans ses appartements sans se faire annoncer, elle la surprend en intimité sur les genoux de son mari. Cette intimité quasi-exceptionnelle du couple royal n'empêche toutefois pas le roi de poursuivre ses aventures furtives avec une multitude de jeunes filles belles et enjouées (mesdemoiselles d’Assy, de La Mirandole, de Pont, de Stavay, ou encore une des sœurs de Gabrielle d’Estrées). Louise de Lorraine et Catherine de Médicis, toutes les deux fort pointilleuses sur la moralité à la cour, avaient alors suffisamment d’influence sur le roi pour faire chasser ces maîtresses d’un jour.

Henri III et ses favoris

Vision romantique de l assassinat du duc de Guise, par Duprat,  peintre du XIXe siècle.<br/>Cette scène rassemble divers élément qui ont fait la  légende rose  d Henri III. Sur la droite, se trouvent deux mignons rendus ridicules par leur attitude maniérée et leur costume de couleur jaune et rose. L artiste n a pas omis de mettre entre les mains de l un d entre eux un bilboquet, qui donne au personnage un caractère frivole. La scène n a rien d historique, d une part à cause de la présence de ces deux figures théatrales, pur produit de l imagerie populaire,  et d autre part, par le mépris ici manifesté au cadavre du duc de Guise.
Vision romantique de l'assassinat du duc de Guise, par Duprat, peintre du XIXe siècle.
Cette scène rassemble divers élément qui ont fait la "légende rose" d'Henri III. Sur la droite, se trouvent deux mignons rendus ridicules par leur attitude maniérée et leur costume de couleur jaune et rose. L'artiste n'a pas omis de mettre entre les mains de l'un d'entre eux un bilboquet, qui donne au personnage un caractère frivole. La scène n'a rien d'historique, d'une part à cause de la présence de ces deux figures théatrales, pur produit de l'imagerie populaire, et d'autre part, par le mépris ici manifesté au cadavre du duc de Guise.

Longtemps, l'image véhiculée d'Henri III a été indissociable de celle de ses favoris plus couramment appelés mignons. Au XIXe siècle, c'est un thème à la mode et plusieurs peintres et auteurs romantiques s'y sont essayés. Henri III est alors décrit et représenté entouré d'éphèbes efféminés, aux costumes excentriques et grotesques. Cette image caricaturale du roi est encore très répandue.

A cause des nombreux témoignages sur le côté entreprenant d'Henri III auprès des femmes, l'homosexualité stricte du roi longtemps véhiculée a été remise en cause avec raison par quelques historiens. La seule source qui évoque des aventures masculines est une source partisane, celle du diplomate savoyard Lucinge. Cet ennemi de la France avait écrit que le roi a été initié aux amours masculines par René de Villequier. Les autres textes allusifs à l'homosexualité ne sont que des pamphlets rédigés par des ligueurs radicaux ou des calvinistes intransigeants ou encore par des membres du parti des Malcontents dans l'entourage du frère du roi François d'Angoulême ayant perdu la faveur royale qui promeut alors des hommes nouveaux appartenant à la « noblesse seconde » du royaume dans l'entourage du dernier valois. Le raffinement des costumes, les nouvelles pratiques de cour, l'accès plus restreint au roi sont autant d'éléments qui irritent la haute-noblesse traditionnelle et remettent en cause le mode de gouvernementalité qui prévalait jusqu'au milieu du XVIe siècle selon lequel le roi gouvernait par conseil de sa noblesse. Les écrivains comme L'Estoile ou Brantôme, pourtant connus pour leurs informations scabreuses n'accordent aucun crédit à ces rumeurs et mettent en exergue, quant à eux, la passion du roi pour les femmes.

L'ambiguïté de l'image d’Henri III trouve peut-être également son explication dans la propagande particulièrement violente, suscitée contre lui par la Ligue. L'appel au soulèvement a été accompagné dans les derniers mois de son règne, d'une violente vague de calomnies destinées à pervertir l'image du roi dans l'esprit des Français. Le changement de dynastie n'a pas vraiment permis d'établir le portrait le plus impartial de ce roi attaqué et l'image trouble d'Henri III a continué de se perpétuer. En dépit des efforts de la reine Louise et de la duchesse d'Angoulème pour obtenir un soutien en faveur du défunt roi, ni Henri IV, trop soucieux de complaire aux Guise, ni l'Église n’examinèrent objectivement la vie privée de ce roi, ni ne cherchèrent même à punir les coupables de son assassinat.

En l'état actuel des recherches, il est donc impossible de conclure à la seule homosexualité du roi, de même qu'à sa stricte hétérosexualité. Les perceptions contradictoires quant à la sexualité d'Henri III se retrouvent dans les œuvres de fiction : si, dans le roman La Reine Margot d'Alexandre Dumas, le prince est décrit comme hétérosexuel, l'adaptation cinématographique du roman réalisée en 1954 par Jean Dréville le représente, sous les traits de Daniel Ceccaldi, comme un homosexuel efféminé, tandis que la version suivante, réalisée en 1993 par Patrice Chéreau et où il est interprété par Pascal Greggory, en fait un pervers décadent, avant tout homosexuel mais également attiré par les femmes (en l'occurrence par sa sœur Marguerite).


 
Pour en savoir plus
Les Valois



 
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