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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Contemporaine > Cézanne, Paul Aix-en-Provence, 1839 - id, 1906 © Hachette Multimédia/Hachette Livre
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Paul Cézanne (vers 1861)
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Peintre français.
Attiré par l'impressionnisme avant de s'en démarquer, Cézanne a inventé un style qui a ouvert la voie à l'art du XXe siècle : ses paysages - notamment ses fameuses vues de la montagne Sainte-Victoire - doivent leur construction en profondeur au seul traitement de la couleur ; ses natures mortes et ses portraits jouent sur une géométrisation des formes annonciatrice du cubisme.
Menant une existence solitaire éloignée de la capitale, Cézanne ne connaît la célébrité qu'en 1904, lors de la rétrospective que lui consacre le Salon d'automne.
Du même coup, son influence sur les jeunes artistes devient très importante, au moment où s'achèvent sa vie et son œuvre, qui, encore inscrite dans l'art figuratif du XIXe siècle, annonce déjà l'abstraction.
Une carrière difficile
Paul Cézanne naît à Aix-en-Provence le 19 janvier 1839, dans un milieu aisé ; son père, négociant chapelier, deviendra banquier en 1847 : Cézanne ne connaîtra jamais d'inquiétude matérielle. Il commence par faire des études classiques, durant lesquelles il se lie avec son condisciple Émile Zola, puis s'inscrit à la faculté de droit, tout en suivant des cours de dessin. En 1861, contre la volonté de son père, il monte à Paris pour se consacrer entièrement à la peinture, mais ne réussit pas à entrer à l'Ecole des beaux-arts.
Déçu par la capitale, au sein de laquelle il aura pendant toute son existence du mal à s'intégrer, Cézanne partage jusqu'en 1870 son temps entre Aix et Paris, où il fréquente quelques futurs impressionnistes, entre autres Pissarro, Renoir, Sisley et Monet. Ne réussissant pas à exposer ses premières créations au Salon, il présente une œuvre au célèbre Salon des refusés, en 1863. Cézanne poursuit en ce temps plusieurs directions différentes. Tantôt il étudie les grands maîtres du Louvre, dont il est un visiteur assidu, et imite le style de Delacroix ou de Corot (la Pendule noire) ; tantôt il travaille sur des portraits, pour lesquels il utilise une matière épaisse étalée au couteau, ou sur des œuvres reflétant ses obsessions (l'Orgie, la Tentation de saint Antoine).
En 1871, avec son fils Paul et sa compagne, Hortense Fiquet – qui devient son épouse en 1886 –, Cézanne s'installe à Pontoise, puis à Auvers-sur-Oise, où il rencontre le docteur Gachet, qui devient un des grands collectionneurs de ses œuvres. En compagnie de Camille Pissarro, il commence à travailler en plein air. Il joue d'une palette éclaircie que l'on remarque notamment dans la Maison du pendu, montrée à la première exposition des Impressionnistes, chez le photographe Nadar, en 1874. L'œuvre fut l'objet de vives critiques, en raison de sa composition apparemment relâchée et de l'épaisse matière employée. À l'exposition suivante du groupe, en 1877, Cézanne envoie une œuvre d'un caractère différent : les Baigneurs révèlent un souci du sujet et de la grandeur qui le distingue des impressionnistes, dont il se démarque dès lors nettement ; choisissant un parcours original, il décide de «faire de l'impressionnisme un art de musée», c'est-à-dire de concilier les recherches picturales les plus récentes avec les leçons des maîtres du passé.
Cherchant son inspiration dans des paysages divers, de l'Estaque, proche de Marseille, à Melun ou à La Roche-Guyon, Cézanne parvient à se faire admettre au Salon de 1882, mais il y fait scandale. Dans l'Œuvre, roman publié en 1886, son ami d'enfance Zola mettra en scène Claude Lantier, peintre révolutionnaire mais impuissant, qui, échouant dans son désir de création artistique, en arrive au suicide. Voyant dans cette œuvre une allusion à son propre destin, Cézanne se brouillera définitivement avec l'écrivain. La même année, son père meurt, lui laissant un important héritage : le peintre sera jusqu'à la fin de ses jours à l'abri du besoin. Il peut dès lors travailler en solitaire ( les Joueurs de cartes, le Jeune Homme au gilet rouge, le Vase bleu ); il séjourne de plus en plus souvent à Aix-en-Provence, et travaille inlassablement «sur le motif», dans la campagne environnant la montagne Sainte-Victoire.
Même si deux expositions personnelles lui sont consacrées à la galerie Vollard, en 1895 et en 1898, même s'il participe aux Expositions universelles de 1889 et de 1900 à Paris, Cézanne mène une vie recluse à Aix-en-Provence, où de nombreux admirateurs viennent lui rendre visite. Le 15 octobre 1906, dans la campagne aixoise, il est surpris par un orage ; il meurt une semaine plus tard.
La révolution cézannienne
Après un début marqué par des formes baroques, comme dans Une moderne Olympia (1873) – tout aussi moquée que l'œuvre de Manet qu'il parodie –, et à la suite de l'insuccès de l'exposition des Impressionnistes de 1877, Cézanne invente progressivement une manière personnelle de peindre. Il passe par une période constructive (1877-1886), avant d'en arriver à un art de synthèse (1886-1906).
Son premier souci est de réagir contre le caractère relâché des créations impressionnistes et de structurer solidement ses tableaux : travaillant sur des paysages familiers, Cézanne tente de mettre en valeur les formes qui les constituent en soulignant les lignes principales et les points de force (le Pont de Maincy, 1879). Dans Maison et ferme du Jas de Bouffan (1887), le peintre privilégie les arêtes et les lignes géométriques, et crée ainsi une composition architecturée extrêmement rigide.
Ses fameuses natures mortes révèlent un même souci d'organisation logique des formes essentielles. L'absence de sujet littéraire permet à la recherche picturale de ressortir avec une intensité d'autant plus grande. A l'aide de quelques éléments simples posés sur une table – une tasse, un verre, des fruits, un couteau –, Cézanne invente une véritable dramaturgie.
C'est à partir de 1888 qu'il donne sa pleine mesure, s'attachant à des séries d'un caractère répétitif. Ses nombreuses vues de la campagne aixoise, notamment de la montagne Sainte-Victoire, qu'il peint jusqu'à sa mort, révèlent une conception nouvelle de la peinture. Désireux d'être fidèle à la nature, de sauvegarder ce qu'il nomme sa «petite sensation», Cézanne invente une construction en profondeur grâce à la juxtaposition de couleurs froides et chaudes, les premières ayant tendance à s'enfoncer vers le lointain et les secondes, au contraire, à se rapprocher du spectateur.
Dans la série des Baigneurs et Baigneuses, qui commence en 1875 et culmine avec les Grandes Baigneuses, de 1898-1905, Cézanne, en intégrant des figures humaines au paysage, mène une entreprise classique, qu'il réalise avec des moyens modernes. Il se montre novateur en rajeunissant les traditions, avec l'ambition de transformer l'œuvre «en un Poussin réel, de plein air, de couleur et de lumière».
Cézanne et l'art du XXe siècle
Depuis sa mort, Cézanne s'est vu entouré de la plus grande considération, en raison de l'écho qu'ont reçu ses inventions dans l'art de notre siècle.
Les fauves, farouches défenseurs de la couleur pure, et surtout les cubistes semblent avoir continué dans la voie qu'il avait tracée. Ainsi, les cubistes, en particulier Braque et Picasso, ont défendu une géométrisation des formes qui apparaît comme la mise en pratique du mot d'ordre que Cézanne lançait en 1904 : il souhaitait, dans une lettre à son ami le peintre «synthétiste» Émile Bernard, «traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône», et avait, dans ses œuvres, utilisé ce principe. Les maisons ou les paysages se trouvent souvent transformés en cubes ou en volumes (le Rocher rouge, 1900) ; jusque dans ses portraits, comme la Femme à la cafetière (1892), le peintre joue sur des volumes géométriques dont l'emboîtement constitue le corps humain.
Mais l'héritage de Cézanne est aussi à chercher dans la peinture abstraite. Certes, ses œuvres sont restées figuratives ; on sait l'importance que l'artiste accordait à l'étude de la nature, qui se manifeste particulièrement dans le temps qu'il passait à travailler en plein air. Toutefois, on peut créditer Cézanne d'avoir, plus que tout autre, mis en lumière la crise du sujet. Dédaignant le plus souvent les thèmes littéraires, il a réalisé presque toutes ses œuvres sur les mêmes sujets, des portraits, des paysages et des natures mortes.
Que sont ces fameuses pommes qu'il s'est si souvent plu à représenter, sinon des prétextes à peindre des volumes, des couleurs et des matières? Nul mieux que lui n'a montré combien l'essentiel, en peinture, tient aux questions de forme, de couleur et de composition, le sujet n'étant rien de plus que l'occasion de créer une œuvre. Picasso, évoquant l'influence de Cézanne à partir de 1906, le souligne : «Je comprenais que la peinture avait une valeur intrinsèque, indépendamment de la représentation des objets.»
Dans cette priorité accordée à la peinture elle-même par rapport à ce qu'elle figure, Cézanne se montre encore moderne en donnant de l'importance à la dimension matérielle de la création artistique. Le poète Joachim Gasquet, qui l'a longuement fréquenté, souligne qu'«être un bon ouvrier, bien remplir son métier était pour lui la base de tout». De fait, Cézanne accorde à la couleur, en tant que vibration et en tant que matière posée par le pinceau, une place nouvelle. La liberté de sa touche l'atteste. Dans son Autoportrait de 1880, on voit même que la toile, avec son grain rugueux, joue dans l'œuvre un rôle capital.
Cézanne préfigure ainsi les courants de l'art du XXe siècle, qui se sont appuyés sur une valeur sans précédent accordée au matériau et au jeu des formes. Il est surtout l'un des premiers à avoir considéré la peinture comme un art possédant son propre langage, et porteur, dans sa matière même, des aventures spirituelles les plus nobles.
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