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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > Sirani, Elisabetta Bologne, 8.01.1628 – Bologne, 29.08.1665 © Commune de Bologne
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Elisabetta Sirani (autoportrait)
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Peintre. Elisabetta Sirani naquit à Bologne le 8 janvier 1638, fille du peintre Giovanni Andrea et de Margherita. Elle montra un fort tempérament, ce qui profita à son histoire de femme artiste.
Les débuts dans le milieu artistique
Son père qui fut l'élève de Guido Reni, l'éduqua de façon répressive. Ses élans et ses opportunités de voyage en étaient freinés, comme il arrivait souvent aux femmes de cette époque. On ne sait que peu de choses sur son enfance : elle avait une prédilection pour l'étude de l'histoire et de la mythologie, elle cultivait une préférence pour la rhétorique, elle aimait jouer de la harpe et, animée par un fort sentiment religieux, elle se consacrait à autrui.
Comme son père souffrait d'arthrose, elle l'aidait souvent à réaliser plus rapidement les toiles qui lui étaient commandées. Ce fut le début de sa grande passion pour l'art de la peinture qui la mena à devenir un peintre affirmé en dépit de la norme générale qui privilégiait rigoureusement la pratique de cet art aux hommes. Parmi les sujets qu'elle se plaisait à peindre, il y avait des représentations allégoriques de son invention qui symbolisaient l'amour-propre ou la vanité.
A l'âge de vingt ans, on lui fit sa première commande : Le Baptême du Christ en 1658 (Bologne, église de San Gerolamo de la Chartreuse). Dans cette oeuvre, le regard de l'artiste est influencé par le style mûri par Guido Reni ainsi que par celui de son père Giovanni Andrea, fidèle disciple du grand artiste. Dans ses compositions, il est évident qu'Elisabetta Sirani puisa dans les travaux des grands maîtres. On peut saisir dans ses tableaux, certaines idées de Gessi, du Guerchin et de Ludovico Carracci qu'elle utilisa mais de façon éversive ; par exemple dans Le Crucifix des dix mille martyrs (Bologne, église de Santa Maria dei Servi), les volumétries cubiques, l'énergie de la gestualité et l'abaissement du point de vue déterminent un choix expressif personnel.
Dès le début, elle utilisa une technique différente. Pour l'application des couleurs, son père utilisait d'abord un mélange épais et qui absorbait peu les pigments, puis il procédait au glacis plus liquide ; tandis qu'Elisabetta Sirani utilisait une préparation plus fine surchargée de couleurs. L'effet de transparence du père contraste avec les assemblages fortement expressifs de la fille. Même ses contemporains soulignèrent souvent le « style audacieux » que la jeune artiste était en mesure d'appliquer dans sa peinture en disant : “...peint comme un homme et non par une femme” (Noel Coypel).
Dès un sentiment de tendresse et d'affection propre au regard féminin émergea de ses tableaux à caractère religieux, et créa un style de peinture qui accentue l'intimisme. Dans la Vierge à l'enfant en 1665 (Isola Bella, Collection Borromeo), l'enfant tend les bras vers la colombe que sa mère a entre les mains ; dans Saint Joseph à l'enfant (Faenza, Pinacothèque municipale), la toile vibre de tendre délicatesse, surtout dans la figure de l'enfant endormi ; et dans la Vierge à l'enfant (Faenza, Pinacothèque), les liens de parenté sont les protagonistes dans un cadre d'affectueuse chaleur protectrice.
Elisabetta Sirani et Bologne
Ses clients provenaient de la bourgeoisie bolonaise qui lui commandait des sujets sacrés, destinés à la religion et au culte privé. Sur la liste des clients qu'elle avait elle-même rédigée, on trouve le nom d'Andrea Albani qui était un astrologue bolonais, célèbre pour ses prévisions annuelles, qui a certainement intrigué le caractère créatif d'Elisabetta.
Certains tableaux se distinguent de la douce composition de certaines oeuvres que l'on pourrait relier à la dimension “domestique” des liens de parenté. Il s'agit de Saint Antoine (Modène, Galerie Estense) et Beati Ghisilieri (Bologne, sacristie de Madonna di Galliera) maltraités par les contrastes de clair-obscur et par la profondeur des teintes. Ce changement chromatique correspondrait à certaines attitudes psychologiques d'Elisabetta Sirani, pas encore approfondies par la critique, dont un penchant particulier à des réflexions de type philosophique et mystique.
Elle passa toute sa vie à Bologne, dans la maison paternelle de la Via Urbana (à l'actuel n°7), entièrement consacrée à l'art de la peinture, interrompue seulement par les prières. Elle voulut rédiger d'une façon méticuleuse un catalogue de ses oeuvres, qui fut publié par la suite par le chanoine Malvasia. Malgré cela, on ne connaît pas la quantité exacte de ses tableaux, parce qu'elle enregistrait uniquement ceux dont les gains de vente revenaient à son père, qui était l'unique administrateur des biens familiaux. Il manque par exemple, des notes des chef-d'oeuvres qu'elle offrait continuellement dans un élan de générosité à ses amis ou à ses admirateurs. Occasionnellement, elle dut peindre en cachette pour pouvoir obtenir de l'argent à donner à sa mère Margherita ; ce fut peut-être le seul aspect “secret” d'Elisabetta.
A Bologne, elle peignit pour les familles nobles des Sampieri, Caprara, Zambeccari et Ranuzzi. En effet, il existe un portrait de Vincenzo Ferdinando Ranuzzi enfant sous la forme de Cupidon (Varsovie, Musée National), oeuvre datée de 1663 rempli d'une grâce vivace.
Une vie, un défi
Sa facilité d'exécution est également reconnue dans les gravures dont on peut remarquer l'influence de l'artiste Simone Cantarini. Sa première gravure remonte à 1657, la production de gravures ne fut pas très riche, mais d'un raffinement technique remarquable, et elle connut un certain succès chez ses contemporains.
L'activité d'Elisabetta fut sans trêve, et ce fut surtout grâce à sa remarquable rapidité d'exécution. La commande à peine reçue, elle prenait note des idées qui lui passaient par la tête en ébauchant rapidement quelques dessins au crayon ombré avec l'encre d'aquarelle. On lui commanda aussi le portrait de Cosimo de Medici. Son atelier fut fréquenté assidûment par ses clients (souvent étrangers) et par d’autres personnes affectionnées. Ainsi, il devint un lieu célèbre et représentait presque une halte obligatoire pour qui visitait Bologne. Ces commandes prestigieuses facilitèrent l'enrichissement de son catalogue et confirmaient qu'elle jouissait d'une grande estime dans une période où le sexe féminin n'était pas encore considéré dans le monde artistique, qui était apanage du sexe masculin.
Son rôle à Bologne fut aussi innovateur, car elle rassembla autour d'elle une véritable école à laquelle participèrent ses sœurs Anna et Barbara, Veronica Franchi, Vincenza Fabbri, Camilla Laureti, Caterina Mongardi, Maria Oriana Galli, Teresa Coriolani, Lucrezia Bianchi qui travailla pour les Duchesses de Modène, et Veronica Fontana assez célèbre pour ses gravures. Elle exerça son rôle de “maître” avec succès, grâce à sa force communicative et à son excellente capacité de transmettre ses connaissances aux élèves. L'enseignement artistique au domicile correspondait au plan d'éducation domestique pour les femmes des familles de bonne condition sociale, diffusé dans l'Europe entière.
Elisabetta mourut soudainement le 29 août 1665. En cette période du romantisme, l'hypothèse d'un empoisonnement entraîna la figure de l'artiste dans un halo de mystère d'où découlèrent en époque romantique de nombreuses pages romanesques. Il y eut un procès après l'événement tragique dont il reste des actes juridiques contre la domestique, accusée de lui avoir administré une poudre rouge empoisonnée. Un de ses prétendants, d’un physique difforme, repoussé par l'artiste, fut suspecté. Comme l'indique l'un des nombreux rapports médicaux dressés afin de comprendre cette mort soudaine, ce serait très probablement pour cause d'une hémorragie interne conséquente à un ulcère chronique de l'estomac.
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