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Sade, marquis de

Paris, 1740 - Charenton, 1814
© Hachette Multimédia/Hachette Livre


 


Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le marquis de Sade


Ecrivain français

«Chef-d'œuvre de l'infamie et de la débauche», comme l'écrit Maurice Blanchot, la vie du «divin marquis» est celle d'un «coupable de pur et simple libertinage».

 

Sade reconnaît l'aspect maladif de son expérience dans la lettre qu'il adresse à sa femme, du donjon de Vincennes, le 20 février 1791: «Oui, je suis un libertin, je l'avoue: j'ai conçu tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n'ai certainement pas fait tout ce que j'ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel ni un meurtrier».



Un perpétuel prisonnier

Issu d'une vieille famille provençale, il entre chez les jésuites de Louis-le-Grand (1750-1754), puis fréquente le collège de Cavalerie royale. Nommé capitaine, il participe à la guerre de Sept Ans (1756-1763). Démobilisé après le traité de Paris, Sade épouse Renée de Montreuil (17 mai 1763) avec «l'agrément de la famille royale». Un ordre (29 octobre 1763) le fait interner au donjon de Vincennes «pour débauche outrée». Désormais, Sade est «repéré». Sa singularité s'affirme, en même temps qu'une inquiétante réputation s'attache à sa personne. Ses multiples liaisons, ses libertinages lui valent de nombreuses incarcérations. En 1768 éclate l'affaire Rose Keller, une ouvrière réduite à la mendicité qui s'échappe par la fenêtre d'une maison que Sade occupe à Arcueil. Elle se plaint dans le village d'avoir été séquestrée puis flagellée. Une peine frappe Sade.

 

En 1772, à Marseille, où il vit avec son valet Latour, il est accusé de flagellation, d'homosexualité et d'utilisation de pastilles empoisonnées. Quatre filles publiques, qui souffrent de douleurs d'entrailles, accusent Sade de sodomie. Il fait un nouveau séjour en prison, mais il s'évade et voyage en Italie sous le nom de comte de Mazan.

 

En 1774, Mme de Montreuil, sa belle-mère, le fait enfermer à Vincennes. Il semble aujourd'hui que l'importance des délits de Sade soit exagérée ; on en commettait bien d'autres à l'époque, qui n'ont pas valu à leurs auteurs la malédiction qui a frappé Sade. Aussi l'hostilité de Mme de Montreuil peut-elle être considérée comme déterminante. On notera, de surcroît, que les rapports de Sade et de son épouse étaient bons, comme le prouve sa correspondance avec elle.

 

En 1784, le prisonnier est transféré à la Bastille, puis à Charenton. C'est durant cette période qu'il écrit les Cent Vingt Journées de Sodome ou l'École du libertinage (1785) et Justine ou les Infortunes de la vertu (1787).

 

Libéré (1790), il publie Justine (1791). Arrêté pour « modérantisme », il est conduit aux Madelonnettes puis transféré aux Carmes, à Saint-Lazare et à la maison de santé de Picpus. De nouveau libéré, il publie la Philosophie dans le boudoir (1795), Aline et Valcour (1795), la Nouvelle Justine (1797), les Crimes de l'amour (1800). Ces ouvrages font scandale et l'auteur de «l'infâme Justine» se retrouve emprisonné par le régime bonapartiste, d'abord à Sainte-Pélagie, à Bicêtre, enfin à Charenton, où il meurt misérablement, au milieu des malades, en 1814. Dans son testament, admirable, il exprime sa volonté de ne laisser aucune trace de son passage sur la Terre et demande à être enterré dans le parc de sa propriété, sans aucune inscription.



«L'esprit le plus libre»

Héritier du naturalisme de Diderot et de Jean-Jacques Rousseau, Sade, «l'esprit le plus libre» (Apollinaire), a poussé cette philosophie jusqu'à ses extrêmes conséquences. Il s'en est servi pour justifier l'expansion sans limites de l'individu. «Si la nature désapprouvait nos goûts», proclame un des personnages, «elle ne nous les inspirerait pas». Aussi la débauche et la cruauté prennent-elles chez lui les dimensions de la folie et du mythe. L'œuvre peut inspirer l'épouvante. En y projetant, sans retenue, ses obsessions et ses fantasmes, Sade n'en a pas moins apporté aux philosophes un document exceptionnel, et les surréalistes ont reconnu en lui le symbole de l'homme qui s'insurge contre tous les interdits.

                              

De fait, la pensée de Sade a un caractère politique, ce qui le rapproche de tout le courant libertin, si vigoureux au XVIIIe siècle. Sade, qui veut réconcilier Éros et Nature («Tout est dans la nature», soutient-il), s'est opposé au déisme, à l'Être suprême de Robespierre, qu'il accuse d'étouffer la révolution totale, laquelle doit être aussi celle des mœurs. C'est ce qu'il exprime dans son texte célèbre, «Français, encore un effort !», inclus dans la Philosophie dans le boudoir.

 

L'esprit du crime s'apparente chez Sade à un rêve démesuré de la négation que les lointaines possibilités pratiques dégradent: le projet destructeur dépasse infiniment les hommes. Si l'homme « sadique » paraît singulièrement libre à l'égard de ses victimes, dont dépendent ses plaisirs, la violence envers ces victimes vise autre chose qu'elles et ne fait que vérifier frénétiquement l'acte destructeur par lequel « il a réduit Dieu et le monde à rien » (Maurice Blanchot).

 

La facilité du crime est dérisoire. L'acte destructeur est simple. Mais le monde où l'homme sadique s'avance est un désert. À l'aube des Cent Vingt Journées, le duc de Blangis dit aux femmes réunies pour le plaisir de quatre libertins: «Vous êtes enfermés dans une citadelle impénétrable, qui que ce soit ne vous y sait, vous êtes soustraites à vos amis, à vos parents, vous êtes déjà mortes au monde».



Une morale du vice

Sade introduit dans le roman une nouvelle dimension qui veut «offrir partout le vice triomphant et la vertu victime de ses sacrifices <…> dans la seule vue d'obtenir l'une des plus sublimes leçons de morale que l'homme ait encore reçues: c'était, on en conviendra, parvenir au but par une route peu frayée jusqu'à présent».

 

C'est ainsi que Sade, voulant prouver que la vertu est la seule raison du malheur de Justine, fait alterner les scènes d'orgies (succession de viols, d'incestes, de monstruosités sexuelles) et les «dissertations morales». Jean Paulhan a souligné ce mode de l'accumulation répétitive, qui fait songer «aux livres des grandes religions».





 
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