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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Contemporaine > Courbet, Gustave Ornans, 10.06.1819 - La Tour-de-Peilz (Vaud), 1877 © Hachette Multimédia/Hachette Livre
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Gustave Courbet Photographié par Nadar
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Peintre français
Imprégné des théories socialistes, c'est-à-dire révolutionnaires, de son époque, Gustave Courbet opère une remise en question des genres picturaux. De tempérament provocateur, il effectue une rupture, parfois bruyante, avec la peinture académique, qu'il s'agisse d'une traditionnelle scène de genre ou d'un nu. C'est à ce titre qu'il est le principal représentant du réalisme pictural.
Du romantisme au réalisme
Issu d'une famille de vignerons aisés et cultivés (dont les membres lui serviront souvent de modèles), il arrive à Paris en 1840 et se consacre à la peinture, qu'il étudie au Louvre. Il affectionne tout particulièrement Giorgione, Vélasquez et Zurbarán. C'est entre 1840 et 1848 que se situe sa grande période romantique (souvent méconnue), au cours de laquelle, manifestant un fécond narcissisme, il se représente dans de nombreux tableaux : l'Homme à la pipe, l'Homme blessé, Courbet au chien noir, les Amants dans la campagne.
En 1848, il se lie avec Proudhon, qui vient de définir les rapports de l'art et de la société dans son livre Du principe de l'art. Désormais, le socialisme proudhonien détermine toute l'orientation de la peinture de Courbet, quant à son sens et sa forme. En 1849, le Salon accueille l'Après-dîner à Ornans, en 1850, les Casseurs de pierres, que Proudhon qualifie de «première peinture socialiste». Effectivement, la puissance de Courbet a dépouillé définitivement le paysage romantique de ses accessoires allégoriques. Le réalisme succède, en art, à l'idéalisme.
Gloire et polémique
L'Enterrement à Ornans (1851) consacre la gloire de Courbet et suscite les plus vives réactions chez les critiques bourgeois, qui ne voient que laideur dans cette frise vériste. Les années suivantes, Courbet provoque une recrudescence de polémiques avec les Demoiselles de village en 1851 (œuvre représentant ses trois sœurs dans un paysage d'été) et les Baigneuses, qui rendent au nu l'érotisme dont le privait la peinture officielle. Ce tapage vaut au peintre l'amitié de l'amateur Bruyas, dont il immortalise la rencontre dans Bonjour, Monsieur Courbet !
En 1855, l'Atelier du peintre fait figure de manifeste réaliste ; Courbet, définit son ambition dans le catalogue de l'exposition qu'il organise chez lui : «Traduire les mœurs, les idées, l'aspect de mon époque, être non seulement un peintre, mais encore un homme, en un mot faire de l'art vivant.» L'Atelier est une épique composition manichéenne réunissant, à gauche les gens qu'il hait : la presse, l'Académie, la bourgeoisie, à droite ses amis : Champfleury, Baudelaire, Proudhon.
Du Second Empire à la Commune
À partir de 1856, la gloire de Courbet s'étend à l'Europe. Il voyage en Belgique et en Allemagne, où ses admirateurs organisent en son honneur des chasses somptueuses, qui lui inspireront la Remise des chevreuils et l'Hallali du cerf. Durant les cinq années précédant la chute du Second Empire, il peint des marines, sous l'influence de Boudin, qu'il rencontre à Honfleur, des portraits : la Femme au perroquet, et des nus : les Dormeuses.
En 1870, il prend une part active à la Commune et organise le déboulonnage de la colonne Vendôme, parce qu'elle magnifie les guerres impériales. Un an plus tard, il est incarcéré pour cet acte et il doit remonter, à ses frais, le monument. Poursuivi par la haine des milieux officiels, il s'exile près de Vevey en Suisse, où il meurt.
Un message ambigu
Avec le recul historique, le message de Courbet revêt une certaine ambiguïté : son appel à l'observation des faits (qu'on retrouve notamment chez des écrivains comme Flaubert) a paradoxalement contribué à renforcer diverses tendances académiques : on insistera sur la qualité du «métier», sur l'extrême lisibilité de l'image (quasi photographique) ; ainsi verra le jour toute une lignée de peintres laborieux : Legros, Regamey, Simon, etc., qui, loin d'avoir assimilé la leçon de Courbet, révolutionnaire et dynamique, font de ses remises en question de nouveaux poncifs. D'autre part, le socialisme de Courbet n'est pas très éloigné de l'héroïsme civique que développe David : tous deux soumettent l'art à la morale, et en diminuent le champ symbolique.
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