Histoire

Voyage

Espace ludique  
Accueil
 
 



 

Histoire

Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > 

Titien

Pieve di Cadore, Vénétie, vers 1490 - Venise, 1576
© Hachette Multimédia/Hachette Livre


 


Autoportrait de Titien (Tiziano Vecellio)


Peintre italien

Dans une cité des Doges au faîte de sa puissance, haut lieu de la création artistique, Titien, le brillant élève de Giorgione, grâce à une exceptionnelle activité picturale due notamment à sa longévité, a donné à l'esprit vénitien sa plénitude classique et un rayonnement s'étendant bien au-delà des limites de l'Italie, et bien après la Renaissance.

 

Après les épreuves du début du cinquecento - pertes territoriales liées à la guerre contre la Sainte Ligue en 1509 et, deux ans plus tard, épidémie de peste -, Venise récupère en 1516 ses territoires perdus et entre dans une période de développement économique et de stabilité favorable aux embellissements architecturaux et aux commandes officielles. C'est dans cette cité florissante que Titien s'impose pendant plus de soixante ans comme le symbole par excellence de l'école vénitienne.



Les premières années

Tiziano Vecellio, dit en français Titien, est né entre 1488 et 1490 dans la petite ville de Pieve di Cadore, en Vénétie. Il est le deuxième fils d'une famille d'avocats et d'administrateurs. Dès l'âge de neuf ans, l'enfant est mis en apprentissage chez le mosaïste Sebastiano Zuccato avec son frère Francesco, qui restera son collaborateur. Puis il séjourne dans l'atelier des Bellini, Gentile et Giovanni. À dix-huit ans, il travaille étroitement avec Giorgione, dont il partagera pendant de nombreuses années les recherches sur le chromatisme.

 

Dès ses jeunes années, Titien participe ainsi à la révolution picturale vénitienne, incarnée, au tournant du siècle, par Mantegna, Bellini et surtout Giorgione, principal initiateur de la manière moderne. Les valeurs de l'humanisme, la redécouverte de l'Antiquité, les spéculations néoplatoniciennes orientent les choix d'une nouvelle clientèle et favorisent l'élargissement du répertoire iconographique. Les sujets, profanes ou antiques, mettent en scène la mythologie. La peinture de chevalet et les formats en largeur sont facilités par l'usage de la toile, qui supplante le bois.

 

La collaboration entre le maître et l'élève est d'abord si étroite – fresques du Fondaco dei Tedeschi, le Concert champêtre ou la Vénus de Dresde – qu'on dispute encore aujourd'hui de la paternité de certaines œuvres. Le Concert champêtre, redécouvert en 1803 par l'écrivain allemand Friedrich von Schlegel, et pour lequel sont connus de nombreux dessins de la main de Giorgione, est désormais attribué à Titien : celui-ci, jusque vers 1520, élabore son œuvre à partir des thèmes et des recherches de son maître, tout en adoptant une mise en page et une technique picturale qui lui sont propres. La Jeune Fille au miroir et Flore , toutes deux de 1515, reprennent le cadrage à mi-corps baigné de lumière naturelle des portraits de Giorgione, mais leur composition s'articule en plages colorées qui relèguent au second plan le dessin. Délaissant le profil pour une présentation de face ou de trois quarts, Titien entame une carrière de portraitiste qui connaîtra son apogée en 1533 avec le portrait de Charles Quint.

 

Parmi les thèmes favoris de Giorgione, celui du miroir sera traité à plusieurs reprises par Titien, notamment dans la Jeune Fille au miroir et dans la Vénus au miroir (1555). Le reflet renvoyé au spectateur évoque une réponse de la peinture à la sculpture, capable de montrer simultanément toutes les faces d'un même personnage, tandis que l'encerclement de la figure par l'artifice du miroir contribue à complexifier le schéma initial.

 

L'allégorie est alors au cœur de toute représentation. Avec Flore, Titien réalise son œuvre la plus accomplie sur ce thème. L'iconographie est issue directement de Léonard de Vinci, mais la figure elle-même, par référence à Boccace, est une image de la prostituée.

 

De ses premiers travaux à la fresque, Titien transpose en 1511 des conceptions formelles étrangères aux formats réduits : monumentalité des personnages et, surtout, élargissement du champ visuel. Dans ses recherches visant à se dégager des contraintes rigides de la perspective linéaire, il explore plusieurs voies qui aboutissent à vider les premiers plans et à faire circuler la lumière sur une matière picturale fragmentée, renforçant ainsi les moyens déjà existants : sfumato, vapeurs voilant les espaces lointains, effets de contre-jour ou tonalités des ciels. Avec le Miracle du nouveau-né, le tableau est désormais construit par masses chromatiques juxtaposées. Et le résultat de ces premières recherches est mis en œuvre dans le Noli me tangere de 1511-1512.

 

En 1519, Titien reçoit une commande d'importance : un retable de cinq panneaux pour l'église Santi Nazaro e Celso à Brescia. L'ensemble sera achevé en 1522. Ces années où il s'affranchit de l'héritage de Giorgione marquent un tournant dans la carrière de Titien, dont l'atelier s'agrandit considérablement.



La maturité

En 1525, Titien conçoit une Mise au tombeau où l'ombre qui s'étend sur le visage et le buste du Christ le dérobe en partie aux yeux du spectateur et devient un reflet, chargé de sens, de l'obscurité du tombeau qui va absorber la dépouille. L'année suivante, le peintre termine le retable Pesaro de l'église des Frari à Venise, dont il avait reçu commande en 1519. S'appuyant sur les textes sacrés, il renouvelle l'iconographie et la composition : délaissant la frontalité traditionnelle, il décentre le trône sur lequel Marie est assise entre deux immenses colonnes. C'est ce même renouvellement iconographique que l'on retrouve dans le programme de décor de mosaïques du plafond de la sacristie de Saint-Marc, pour lequel Titien fait les cartons.

 

La période est propice aux commandes officielles, qui affluent et au nombre desquelles il faut signaler celles des fresques pour le Fondaco dei Tedeschi et le palais des Doges. En 1527, le sac de Rome conduit à Venise l'Arétin, qui se lie d'amitié avec le peintre et qui jusqu'à sa mort lui servira d'intermédiaire auprès des princes et des mécènes italiens et européens. C'est ainsi que Titien assiste au couronnement de Charles Quint à Bologne, qu'il travaille pour les Gonzague, les Este, les Rovere et les Farnèse.

 

Les années 1530 sont caractérisées par une grande sérénité, sensible dans des œuvres comme la Vierge au lapin, laquelle servira de modèle aux «saintes conversations» ultérieures. Longuement élaborée, cette toile témoigne des recherches constantes de Titien sur le rapport des figures à l'espace et au paysage. Il n'abandonne pas pour autant la tradition de la peinture narrative et réalise en 1534-1539 la Présentation de la Vierge au Temple, dont le décor architectural s'inspire de Sebastiano Serlio, architecte, sculpteur et théoricien qui résidait à Venise depuis 1528. Ces mêmes années voient se répandre les nouvelles conceptions romaines et toscanes par le biais de la gravure, qui répond à la demande d'une clientèle cultivée. Les commandes se font si nombreuses que Titien doit organiser son atelier de Biri Grande de façon à y répondre et qu'il multiplie les copies de ses œuvres. Il s'éloigne alors du naturalisme classique qui l'avait inspiré jusque-là et, dans son Couronnement d'épines réalisé de 1540 à 1542, il atteint ce que l'historien d'art italien R. Pallucchini appelle «le stade ultime de cette violence où la forme acquiert une autonomie abstraite par rapport à la couleur».

 

Titien voit sa réputation européenne de portraitiste s'enrichir en 1542 avec l'exécution du portrait de Ranuccio Farnèse, jeune neveu de Paul III, œuvre qui le pose comme le premier grand portraitiste de l'enfance.

 

En 1545, le peintre entreprend une série de longs séjours loin de Venise. En octobre, il arrive à la cour pontificale et, en mars de l'année suivante, il reçoit la citoyenneté romaine. Mais il échoue dans sa tentative d'obtenir un bénéfice ecclésiastique pour son fils Pomponio. En janvier 1548, il est invité à Augsbourg par Charles Quint. Il s'y rend avec son fils Orazio et réalise de nombreux portraits, dont celui de son hôte à cheval. Puis, à la demande de Marie de Hongrie, il entreprend une série sur les Métamorphoses d'Ovide. Sa manière évolue lentement et annonce le chromatisme dissous des dernières années. Destinataire de nombreuses toiles, Philippe II d'Espagne, qui succède à son père, entretient avec le vieux maître des relations fidèles et amicales.



Les dernières années   En 1551, après un dernier voyage à Augsbourg, où il brosse quelques portraits historiques dans un style noble (Philippe II en armure), le peintre revient définitivement à Venise, où il est élu membre de la Scuola Grande di San Rocco. Véritable capitale européenne, Venise est alors un cadre où musique, théâtre, architecture s'épanouissent dans un climat de grande liberté de pensée mais aussi d'inquiétude latente. Malgré l'intense activité de l'atelier, Titien se sent de plus en plus isolé. Sa manière est incomprise de la plupart, et ses préoccupations s'expriment dans des œuvres comme la Sainte Marguerite (1559, au musée du Prado) et le Martyre de saint Laurent (achevé en 1567). À partir de 1560, il délaisse le portrait, ne réalisant qu'un autoportrait (1562) où le contraste entre le fini et l'informe, qui choquait ses contemporains, donne une forte puissance d'expression aux images. En 1566, il est élu membre de l'Académie florentine.

 

Ses amis meurent, sa maison se vide. En 1575, un an avant sa mort, il peint le terrible Apollon et Marsyas : les contours semblent imprécis, la pâte paraît sale, le travail avec les doigts y concurrence celui du pinceau pour donner à l'ensemble un sentiment de violence poignante. Titien s'éteint le 27 août 1576 dans un atelier déserté, au cœur d'une Venise dévastée par la peste.



Le dessinateur

Le premier à Venise, Giorgione signe ses dessins de paysages. Pour Titien, le dessin est un outil essentiel, mis au service de sa réflexion sur les rapports de la figure au paysage. Sous l'influence de Dürer, dont il partage la conception cosmique de la nature, Titien s'applique à rendre dans ses dessins un nouveau regard sur l'espace ; travaillant sur les contrastes d'ombre et de lumière par grands plans articulés, il crée une profondeur qui renouvelle l'art du paysage.

 

Les dessins de Titien trouvent un prolongement important dans la gravure sur bois. Les productions de son atelier diffusent largement cette nouvelle conception du paysage, où les formes s'organisent par masses lumineuses et où la figure s'intègre harmonieusement dans la nature.

 

Mais c'est essentiellement sur le genre du portrait que s'établit la réputation européenne de Titien. Mûri lentement en l'absence du modèle, chaque portrait est pour le peintre l'occasion d'une réflexion approfondie sur le rendu de la personnalité et la mise en page du modèle. Dans la série qu'il crée au cours des années 1520, le nonchalant Homme au gant est le manifeste d'une nouvelle conception de l'individu et de la relation qui unit le peintre à son modèle. Dans leur austérité, la sobre gamme de couleurs et le fond neutre, sans paysage ni éléments architectoniques, donnent à la figure ainsi isolée un réalisme et une vérité psychologique inédits, qui seront repris par le portrait romantique.

 

Parmi les œuvres d'un classicisme non déguisé, le Portrait de Laura Dianti de 1525 apparaît porteur d'éléments Baroques. Le mouvement des deux figures tournantes, le jeu des couleurs froides et dorées, le visage du page se découpant sur la blancheur de la manche de Laura : autant d'inventions qui connaîtront une longue postérité. En 1529, le Portrait de Frédéric Gonzague conclut cette série et annonce celle des commandes de cour.

 



Le portraitiste

En 1533, Titien est le maître incontesté du portrait : Charles Quint, Philippe d'Espagne, Paul III Farnèse sont ses modèles : les bons offices de l'Arétin portent leurs fruits. Titien se plie aux souhaits de ses commanditaires sans renier son idéal esthétique, et sait allier son raffinement chromatique et ses recherches naturalistes à la nécessité de figurer le statut social et moral du modèle.

 

Le courant maniériste qui traverse les années 1540 transparaît dans les portraits de ces mêmes années. Le rendu objectif devient parfois impitoyable, et la recherche du caractère le plus profond du modèle est accompagnée d'une technique d'exécution plus rapide qui confine parfois à l'esquisse. Le Portrait de l'Arétin et le Portrait d'un gentilhomme (appelé aussi le Jeune Anglais ou l'Homme aux yeux glauques ) relèvent tous deux de cette nouvelle manière. Le portrait peut alors devenir un véritable document historique, comme le montre celui du pape Paul III en 1543.





 
Lieux à visiter

Italie


 
Lieux liés

Italie


 

 
Thèmes liés

Peinture


 
Périodes liées

Epoque moderne


 
Accueil   |   Copyright   |   Contact   |   Réalisation Media Welcome