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Simon, Michel

9 avril 1895, Genève - 30 mai 1975, Bry-Sur-Marne (Val-de-Marne)
Source : Association «Les Amis de Michel Simon»


 


Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir (1932)


Biographie

Michel Simon naît le 9 avril 1895, même année que le cinématographe, "un malheur n'arrive jamais seul", à Genève, en Suisse. Il s'affirme dès l'enfance : un esprit d'une vivacité peu commune, épris de liberté individuelle, un amour éperdu de toute forme de vie et un sens de l'observation extrêmement aigu.

 

Très tôt, cet anticonformiste abandonne tout, la charcuterie de son père, le calvinisme, les études et sa famille pour monter à Paris. Il y vit en plein cœur populaire, exerçant divers petits métiers pour subsister (donnant des leçons de boxe ou vendant des briquets de contrebande à la sauvette), dévorant tous les livres qui lui tombent sous la main (avec une prédilection pour les écrits de Courteline), et "approfondissant par l'expérience sa connaissance du genre humain ".

 

Il gîte à l'hôtel Renaissance, rue Saint-Martin, puis à Montmartre, et débute modestement dans le monde du spectacle en faisant le clown et l'acrobate pour "faire valoir " un numéro de danseurs (les Ribert's and Simon's), puis un prestidigitateur.

 

Rappelé en Suisse au moment de la guerre de 1914, il est le plus indiscipliné des soldats et passe le plus clair de son temps aux arrêts ou à l'ombre des cachots, si bien que sa santé s'en ressent, et il doit être hospitalisé. C'est en 1915, au cours d'une permission, que sa vocation se déclare : il voit Georges Pitoëff faire ses débuts d'acteur en langue française, dans l'Hedda Gabler, d'Ibsen, au théâtre de la Comédie de Genève. Ce n'est que cinq ans plus tard, pourtant, en octobre 1920, qu'il fera son apparition dans la troupe des Pitoëff en disant trois répliques de Mesure pour Mesure, de Shakespeare (le rôle d'un greffier).

 

Entre-temps, il s'est voué au métier de photographe, d'ailleurs avec talent...et il a tiré le portrait de la plupart des membres de la troupe, cette troupe dont Michel Simon suit le destin lorsqu'elle vint s'établir à Paris, à la Comédie des Champs-Élysées, au début de 1922.

 

Il la quitte pourtant l'année suivante, devient un acteur de Boulevard pendant quelque temps, jouant des vaudevilles de Tristan Bernard, d'Yves Mirande et de Marcel Achard. Ce dernier le présente à Dullin, dans la compagnie duquel Simon joue une pièce d'Achard (Je ne vous aime pas avec Valentine Tessier). Puis il est engagé par Louis Jouvet qui a remplacé Pitoëff à la Comédie des Champs-Élysées.

 

C'est avec Jouvet, dans une pièce d'Achard, Jean de la lune, que Michel Simon s'impose d'une façon éclatante, le 18 avril 1929. Son talent inimitable fait du rôle - au départ secondaire - de Cloclo, la principale attraction de la pièce : "Simon pétarada comme jamais, faisant de Cloclo un type inoubliable comme Arlequin, Sganarelle ou Pantalon, dont le ton chantant (en fausset) des innombrables répliques demeurées fameuses ne peut être dissocié des répliques elles-mêmes".

 

La carrière théâtrale de Michel Simon va se poursuivre, de succès en succès (il joue Shakespeare et Bernard Shaw, Pirandello et Oscar Wilde, Gorski, Bourdet et Bernstein), mais c'est le cinéma qui va lui apporter une immense popularité.

 

Il débute à l'écran en 1925, d'abord en jouant au côté de Ivan Mosjoukine dans Feu Mathias Pascal, de Marcel l'Herbier, d'après Pirandello, et presque en même temps en participant à un film réalisé en équipe en Suisse, avec Jean Choux : La vocation d'André Carel (selon les méthodes de productions artisanales tout à fait identiques à celles dont la " nouvelle vague " française de 1958 revendiquera l'originalité).

 

Au cinéma muet, il apporte surtout un étonnant physique et un visage peu banal, d'une exceptionnelle mobilité. Une mobilité qu'il prend grand soin de ne pas transformer en tics, comme il arrive trop souvent par facilité à ce genre d'acteurs : voir par exemple combien rapidement, à la même époque, le jeu de Fernandel va se scléroser ! Michel Simon joue de ses données naturelles avec une virtuosité infinie : de la laideur intelligente ou sympathique, de la bonté ou de la naïveté, à la laideur grotesque ou inquiétante, cocasse ou stupide, malicieuse ou cruelle.

 

Sa vraie carrière cinématographique ne commence qu'avec le " parlant " : on s'aperçoit que l'élocution et même le timbre de voix de l'acteur sont aussi originaux que son physique et son jeu. Et le comédien est " inclassable " : comique, dramatique, tragique, vaudeville, il peut tout jouer avec un égal talent, avec une intelligence des rôles à peu près unique, dans autant de diversité. Très vite Michel Simon s'affirme dans la comédie. A son actif, cinquante-cinq pièces de 1920 à 1965, et cent un films de 1925 à 1975.

 

Ce "sacré grand-père" est un "monstre" de gentillesse, toujours à cheval entre la grogne (qui n'était jamais sérieuse !) et le rire, haut perché et malicieux. Il donne du corps à bon nombre de films, qui sont devenus des chefs-d'œuvre en partie grâce à lui : "La chienne", "Boudu sauvé des eaux", "La poison" et l'inénarrable "Drôle de drame"... Les cinéastes Renoir, Vigo, Carné ont trouvé en Michel Simon non seulement un acteur, mais aussi une âme et une voix !

 

"Vous avez dit bizarre ? ..." Non ! Quand on voit le talent de Michel Simon éclater sur l'écran, cela n'a rien de bizarre. Sa carrière éblouissante, il la doit à lui-même, et à personne d'autre. Jamais on oubliera "le vieil homme et l'enfant", car, c'est dans ce film que des millions de français ont trouvé leur " grand-père " idéal : à l'image du pays : bon comme le pain blanc...

 

Michel Simon décède le 30 mai 1975, en ayant marqué son époque et bien d'autres, s'imposant comme le plus grand acteur du monde de ce premier siècle du cinéma. Michel Simon repose au Cimetière au Grand-Lancy à Genève auprès de ses parents, selon ses dernières volontés.



Filmographie

1925

La puissance du travail (ou La vocation d'André Carrel) de Jean Choux

Feu Matthias Pascal de Marcel L'Herbier

 

1926

L'inconnue des six jours de René Sti

 

1927

Casanova d'Alexandre Volkoff

 

1928

La passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer

Tire-au-flanc de Jean Renoir

 

1929

Pivoine d'André Sauvage

 

1930

L'enfant de l'amour de Marcel L'Herbier

 

1931

Jean de la Lune de Jean Choux

On purge bébé de Jean Renoir

La Chienne de Jean Renoir

Baleydier de Jean Mamy

 

1932

Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir

 

1933

Miquette et sa mère d'Henri Diamant-Berger

Du haut en bas de Georg-Wilhelm Pabst

Léopold le bien-aimé d'Arno-Charles Brun

 

1934

L'Atalante de Jean Vigo

Lac aux dames de Marc Allégret

Le bonheur de Marcel L'Herbier

 

1935

Le bébé de l'escadron (ou Quand la vie était belle) de René Sti

Ademai au moyen âge de Jean de Marguenat

Amants et voleurs de Raymond Bernard

 

1936

Sous les yeux d'occident (ou Razumov) de Marc Allégret

Moutonnet de René Sti

Les jumeaux de Brighton de Claude Heymann

Le mort en fuite d'André Berthomieu

Jeunes filles de Paris de Claude Vermorel

Faisons un rêve de Sacha Guitry

 

1937

La bataille silencieuse de Pierre Billon

Naples au baiser de feu d'Augusto Genina

Boulot aviateur (ou Fripons, voleurs et Cie) de Maurice de Canonge

Drôle de drame de Marcel Carné

Mirages (ou Si tu m'aimes) d'Alexandre Ryder

Choc en retour de Georges Monca et Maurice Keroul

 

1938

Les disparus de Saint- Agil de Christian-Jaque

Le quai des brumes de Marcel Carné

Les nouveaux riches d'André Berthomieu

La chaleur du sein de Jean Boyer

Le ruisseau de Maurice Lehmann

Belle étoile de Jacques de Baroncelli

 

1939

Eusèbe député d'André Berthomieu

Le dernier tournant de Pierre Chenal

Noix de coco de Jean Boyer

La fin du jour de Julien Duvivier

Cavalcade d'amour de Raymond Bernard

Circonstances atténuantes de Jean Boyer

Fric-frac de Maurice Lehmann (et Claude Autant- Lara)

Derrière la façade de Georges Lacombe

Les musiciens du ciel de Georges Lacombe

Paris- New York D'Yves Mirande et Claude Heymann

 

1940

La comédie du bonheur de Marcel L'Herbier

La Tosca de Carl Koch

 

1941

Le roi s'amuse de Mario Bonnard

 

1942

La dame de l'ouest de Carl Koch

 

1943

Au bonheur des dames d'André Cayatte

Vautrin de Pierre Billon

 

1945

Un ami viendra ce soir de Raymond Bernard

 

1946

Panique de Julien Duvivier

 

1947

Non coupable d'Henri Decoin

Les amants du pont Saint Jean d'Henri Decoin

La carcasse et le tord-cou de René Chanas

 

1948

Fabiola d'Alessandro Blasetti

 

1949

La beauté du diable de René Clair

 

1950

Les deux vérités d'Antonio Leonviolla

 

1951

La poison de Sacha Guitry

 

1952

La fille du fouet de Jean Dréville

Brelan d'as d'Henri Verneuil

Monsieur Taxi d'André Hunnebelle

Le rideau rouge d'André Barsacq

Le chemin de damas de Max Glass

La vie d'un honnête homme de Sacha Guitry

Le marchand de Venise de Pierre Billon

Femmes de Paris de Jean Boyer

 

1953

L'étrange désir de M. Bard de Geza Radvanyi

Saadia d'Albert Lewin

Par ordre du Tsar d'André Haguet

Quelques pas dans la vie d'Alessandro Blasetti

 

1955

L'impossible M. Pipelet d'André Hunnebelle

Mémoires d'un flic de Pierre Foucaud

 

1956

La joyeuse prison d'André Berthomieu

 

1957

Les trois font la pair de Clément Duhour

Un certain M. Jo de René Jolivet

 

1959

Ca c'est passé en plein jour de Ladislav Vajda

La femme nue et Satan de Victor Trivas

Austerlitz d'Abel Gance

Simenon De Jean-François Hauduroy (CM)

 

1960

Pierrot la tendresse de François Villiers

Candide de Norbert Carbonnaux

Mon ami Lazlo, (CM)

 

1961

Le bateau d'Emile (Le homard flambé) de Denys de La Patellière

 

1962

Le diable et les dix commandements de Julien Duvivier

Cyrano et D'Artagnan d'Abel Gance

 

1964

Le train de John Frankenheimer (et Bernard Farrel)

Steinlein d'Alain Saury

 

1965

Deux heures à tuer d'Yvan Govar

Ecce Homo d'Alain Saury (CM)

Michel Simon d'Ole Roos (CM)

 

1966

Le vieil homme et l'enfant de Claude Berri

 

1967

Ce sacré grand-père de Jacques Poitrenaud

 

1970

Contestation générale (Concerto pour trois flûtes) de Luigi Zampa

La maison de Gérard Brach

 

1971

Blanche de Walerian Borowczyk

 

1972

La plus belle soirée de ma vie (La panne) d'Ettore Scola

 

1974

Le boucher, la star et l'orphelin de Jérôme Savary

 

1975

L'ibis rouge de Jean-Pierre Mocky



Le chanteur

On connaît le comédien Michel Simon, un moins le chanteur. Dès 1925, il fait du cinéma où son étonnant  visage et son physique lui permettent de faire passer tous les émotions.  Avec la venue du parlant, sa diction, le timbre de sa  voix, son élocution le rendent encore plus remarquable.

 

En 1934, il s'essaie même à l'opérette : Le  bonheur Mesdames de Willemetz et Christiné. Cette opérette est aujourd'hui oubliée sauf pour  deux chansons, Elle est épatante, cette petite femme-là et Amour  en noir et blanc, créées des années auparavant par Mayol, la première  en 1898, la deuxième en 1906.

 

Mémère

Paroles Bernard Dimey, musique D. Wight, éditions Chappell (1970).

 

Mémère, tu t'en souviens, de notre belle époque,

C'était la première fois qu'on aimait pour de bon.

A présent, faut bien l'dire, on a l'air de vieux schnocks,

Mais c'qui fait passer tout, c'est qu'on a la façon.

Tu t'rappell's ta guêpière, à présent quand j'y pense

J'en rigol' tout douc'ment mais c'est plus fort que moi,

Comment qu'tu f'rais maint'nant pour y loger ta panse ?

On a pris d'la bouteille tous les deux à la fois.

Mémère, tu t'en souviens comm' t'as fait des histoires

Pour me laisser cueillir la marguerite aux champs,

Et pourtant c'était pas vraiment la mer à boire,

Ça t'a fait des ennuis mais c'était pas méchant...

Tu t'rappell's comm' j'étais, je n'savais pas quoi dire ;

Y a des coups, pour un peu, j't'aurais bien dit des vers.

T'as bien changé, mémère. Quand je vois ta tir'lire,

Comment qu'ça m'donne envie d'fair' la route à l'envers !

 

Mémère, tu t'en souviens des p'tits diabolos menthe,

Des bouteill's de mousseux du quatorze juillet !

Un éclair au café, j'veux bien mais faut qu'tu chantes !

Chérie, t'as renversé ton verre, faut l'essuyer.

Mon Dieu, c'est pourtant vrai que je t'app'lais chérie

Il n'faut pas m'en vouloir, mais je n'm'en souv'nais plus.

On parle des souv'nirs, mais c'est fou c'qu'on oublie.

J'te d'mande pardon, chérie, et qu'on n'en parle plus.

 

Mémère, si j'te dis ça, c'est pour te dir' que j't'aime,

Te l'dire comm' ça, tout cru, c'était trop dur pour moi,

Mais au fond, j'suis content, j'vois qu't'as compris quand même,

Et j'peux te l'dire, mémère, j'ai jamais aimé qu'toi.


 
Pour en savoir plus
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